Catherine Major, jamais plus près de chez elle

Catherine Major
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Catherine Major

Littéralement, Catherine Major était à deux pas. De l’Outremont à sa maison d’Outremont, d’un toit à l’autre, on pourrait s’envoyer la main. Quasiment. Ce théâtre, c’est un peu beaucoup chez elle, son île, sa maison, son monde. De quoi se sentir à l’aise pour présenter une première montréalaise un jeudi soir de mars, à plus forte raison un spectacle qui porte le nom d’un album de très grande intimité, son quatrième, La maison du monde.

Un album d’extrême proximité, qui parle de maternité, d’enfants, la première « maison du monde » étant le ventre de la mère. Mais également l’album d’un monde de musique assez radicalement différent pour la chanteuse et la musicienne : des arrangements à base de guitares et d’électro, où le piano n’est plus le centre de l’univers. C’est un album qui demande du temps, qui suppose que l’on s’abandonne à ses grooves avant de pouvoir vraiment pénétrer à l’intérieur, et accéder aux textes. Un peu comme le grand escalier qui mène chez le couple Catherine Major-Jeff Moran : il y a beaucoup de marches et c’est plutôt vertigineux.

Comment faciliter l’accès, comment se rendre au propos proche du privé, tout en permettant d’accueillir ces sons moins familiers ? Fort habilement, Catherine s’est d’abord amenée seule, retrouvant son ami le grand piano. « J’ai décidé de faire ma première partie », a-t-elle badiné à moitié. Il s’agissait, en six chansons, de refaire le parcours jusqu’à La maison du monde. Du Bach, pour commencer. On pourrait même dire : pour recommencer.

Après une minute ou deux, on constatait : grand calme. Pour la première fois, je sentais Catherine Major rassurée d’emblée, paisible : il ne lui faudrait pas, comme d’habitude, la moitié du spectacle pour se détendre. Ourse, Dans ton dos, Sahara, Le piano ivre étaient affectueusement revisitées, sans hâte, sans non plus que la chanteuse s’enroule sur elle-même ou s’en prenne plus ou moins violemment à l’instrument (ses gestes habituellement irrépressibles). Pas de ça : délicatesse, douceur. À la fin de la courte première partie, Catherine s’est levée, et tout l’Outremont a constaté qu’elle est très, très enceinte.

C’était dans le spectacle, ce ventre à moitié dans un justaucorps, montré si manifestement qu’il y avait forcément une intention : tout était lié, l’album, la réalité du moment, la façon de chanter, de jouer, de bouger. Spectacle en prise directe avec la vie. De sorte que les grooves des nouvelles chansons nous ont bel et bien plongés dans « la maison du monde » : les guitares et les « bidules » de Maxime Audet-Halde (je cite le programme), la batterie et les « bidules » de Martin Lavallée, tout l’Outremont baignait, si je puis dire, dans le liquide amniotique. Tous, nous étions en dedans d’elle. Ou presque. Au plus près d’elle, certainement. Flottants et pas mécontents.

Les synthés accentuaient la sensation, et enveloppaient les chansons du nouvel album, la chanteuse et les spectateurs en même temps. On se laissait transporter, au gré des ambiances et des styles, doux country dans Nos délicats, tout aussi douce petite sonate avec les mots de Moran dans Le feu, folk électro dans la magnifique Pupille, qui résumait bien la soirée : « Mon ventre est un bateau/Ma gorge est un étau/Je suis la mère du dernier sanglot/Ton nom sera Margot… »

Ce spectacle aura au moins une supplémentaire, apprenait-on. La semaine prochaine ? Non. Aux FrancoFolies de Montréal ? Non plus. Ça aura lieu… en novembre, au Gesù, dans le cadre du Coup de coeur francophone. D’ici là, un enfant aura franchi le seuil de « la maison du monde ».