La jeune fille aux perles pop

Laurence Nerbonne sort son premier album solo.
Photo: Annik MH de Carufel le devoir Laurence Nerbonne sort son premier album solo.

Pourrions-nous déjà avoir déniché la trame sonore de l’été à venir ? XO, premier album solo de Laurence Nerbonne, est un condensé de pop dansante électronique qui donne la réplique, en français s’il vous plaît, aux bombes radiophoniques anglo-américaines. Un tout nouvel univers musical à découvrir, à la fois familier mais rafraîchissant de la part de cette violoniste et peintre de formation révélée au sein du défunt groupe indie-pop-rock Hôtel Morphée.

Les fleurs fanées sur fond fuchsia qui illustrent la pochette de XO portent la signature des coups de pinceau de Laurence Nerbonne, qui expose ces jours-ci à la galerie Montcalm, à Gatineau, sa région d’origine. L’artiste, également présente chez des galeristes de Toronto et Miami, s’est fait un nom dans le milieu de l’art grâce à ses portraits peints sur des toiles grand format.

« C’est très lent, la peinture. Pas comme la musique », ose comparer l’artiste, retrouvée dans un café près de son studio maison.

« C’est comme si la peinture était quelque chose de stable, parce que le processus est lent et que [le milieu de l’art visuel] est un milieu qui bouge lentement, explique-t-elle. Pour moi, peindre, c’est un peu comme un travail, un job. En ce sens, ça me fait moins peur. Quand je peins, je me dis que ça va aller, j’entre dans le processus. La musique, c’est tout le contraire. C’est sporadique, les modes se succèdent, les courants, tout bouge vite. Ce sont deux énergies différentes, contradictoires. »

La peinture et la musique seraient son yin et son yang, pour ainsi dire. Complémentaires, même si envahissantes ces jours-ci : entre la parution de cet album et la préparation d’une nouvelle exposition à Toronto, Laurence en a plein les bras. « Oui, faire de la musique prend du temps à la peinture, mais c’est sain, note-t-elle. Peindre, c’est un travail solitaire et répétitif, tu fais toujours les mêmes gestes. Tu risques plus facilement d’entrer dans des habitudes. La musique me permet de prendre du temps à réfléchir à ma production et d’éviter d’avoir l’impression de refaire la même toile. »

Si l’un nourrit ainsi l’autre, on imagine que sa production de toiles se portera mieux, puisque la musique occupe beaucoup l’artiste depuis quelques années. À l’automne 2014, alors chanteuse, violoniste et guitariste au sein d’Hôtel Morphée, paraît un premier album du groupe sur étiquette Audiogram ; quelques mois plus tard seulement, le groupe se sabordait.

« Ça a été une surprise pour toi autant que pour moi », confie Laurence, qui a trouvé dans cette rupture soudaine une motivation pour aller de l’avant avec son projet solo. Elle avait des chansons, l’idée d’être son propre orchestre en composant des rythmes et des arrangements à l’ordinateur, et enfin le culot d’aller tirer la langue à Beyoncé et de foncer dans la pop.

« J’ai toujours écouté de la pop, mais j’étais timide face à elle. J’avais envie d’en faire, mais j’étais timide, pas prête à me compromettre. J’ai finalement décidé de foncer dans la grosse pop » et de faire ses devoirs en écoutant de tout, de Madonna à Diplo et Major Lazer. Ce dernier, ses productions dance aux tons caribéens du dancehall jamaïcain, constituent la principale influence musicale sur XO.

« Il m’a fallu comprendre comment ça marche. Ça a l’air facile, la pop, mais ça demande beaucoup de rigueur et de précision. Puis, l’idée de réussir à en faire en français m’a beaucoup motivé. »

Son ami Philippe Brault l’a épaulée à la réalisation, jouant avec les sonorités des claviers et des percussions pour arriver à cette pop pétillante, maculée de sons percussifs (marimbas, cloches, etc.) et vaguement mélancolique. Elle a modulé sa manière de chanter, aussi : plus énergique et affirmée avec Hôtel Morphée, Laurence Nerbonne se transforme en séductrice sur les plus accrocheuses chansons de son premier album, Montréal XO, le premier extrait au parfum dancehall, ou encore Si ton coeur bat.

Un disque parfait pour l’été, disions-nous. Racoleur et léger. « Léger ? Ce n’est pas le mot qui définit l’album, corrige Laurence. Je dirais plutôt que c’est direct, immédiat. Tu sais, c’est compliqué d’arriver à un résultat qui paraisse simple sans tomber dans le quétaine. Ensuite, il y a les thèmes des chansons ; Reste pour la soirée, ce n’est pas une chanson légère. Absinthe non plus. J’évoque beaucoup la désillusion sur mon album, comme dans Tinder Love. Y’a rien de léger à ce que les gens soient sur leur téléphone à chercher une date. » D’accord, Laurence. XO n’est pas un disque de pop légère.

Elle se ressaisit et sourit : « Bon, ensuite, ce n’est pas nécessaire d’écouter les paroles pour apprécier le disque. Mais y’a un deuxième degré aux chansons, et j’espère que les gens vont l’entendre. »


Laurence Nerbonne - Montréal XO