Violon 2016, un concours plus international

Marc Bouchkov, 1er Prix CMIM Violon 2013
Photo: Gunther Gamper Marc Bouchkov, 1er Prix CMIM Violon 2013

Le Concours musical international de Montréal (CMIM) a rendu publique le 8 mars dernier la liste des 24 candidats sélectionnés pour son édition Violon 2016. La diversité de l’origine des jeunes violonistes qui viendront se mesurer à Montréal témoigne d’une stature croissante de cette manifestation dans le monde musical.

Le succès de Charles Richard-Hamelin, 2e Prix du Concours Chopin 2015 à Varsovie, après avoir été révélé en 2014 à Montréal, par un second prix également, ne pouvait pas nuire à l’image du Concours musical international de Montréal (CMIM). Mais focaliser sur le cas du pianiste québécois serait oublier un peu vite la somme de révélations de talents grâce au CMIM depuis 2002.

Lancé par les Jeunesses musicales du Canada sous la houlette de la basse Joseph Rouleau et de l’ancien ministre André Bourbeau, la première édition du CMIM, seul concours annuel international d’Amérique du Nord présentant en alternance sur un cycle de trois ans les disciplines piano, violon et chant, avait révélé des chanteurs tels Measha Brueggergosman ou Joseph Kaiser, dont la carrière fut ensuite remarquable.

Photo: CMIM Benjamin Beilman, 1er Prix CMIM Violon 2010

Déficit de notoriété

Cette baraka ne s’est pas démentie par la suite puisque les violonistes Yossif Ivanov ou Benjamin Beilman (qui vient de signer un contrat d’enregistrement avec Warner), les pianistes Beatrice Rana, David Fray (artistes Warner également) et Nareh Arghamanian se sont fait connaître à Montréal. Les palmarès passés sont souvent les meilleurs ambassadeurs d’un concours. Malgré cela, le CMIM souffrait d’un déficit de notoriété et devrait attirer davantage.

La prépondérance, à hauteur de deux tiers des candidats, des chanteurs canadiens et coréens pour Chant 2015, a été le signe pour la direction du CMIM qu’il fallait prendre le taureau par les cornes et son bâton de pèlerin. Le résultat est impressionnant : augmentation de 70 % du nombre de candidatures, allant jusqu’à un doublement des soumissions européennes.

Christiane LeBlanc, directrice générale du concours, explique la recette au Devoir : « Nous avions coutume d’envoyer des dépliants et des affiches dans les établissements d’enseignement supérieur de la musique, alors que les concurrents nous avaient surtout connus par des amis, sur Internet, via Facebook et que, surtout, la décision de participer ou non à un concours était prise avec les professeurs. Nous avons donc fait une recherche exhaustive pour repérer les meilleurs professeurs partout dans le monde et leur avons écrit directement. C’est ce qui explique cette augmentation. »

Dans les faits, les 24 violonistes (16 femmes et 8 hommes) retenus pour se mesurer à Montréal du 22 mai au 2 juin prochain proviennent de 13 pays différents. Leur moyenne d’âge est de 23 ans. L’ensemble des candidatures émanait de 34 pays. Dommage collatéral : il n’y aura pas de finaliste canadien. « Traditionnellement, les candidatures canadiennes étaient plus fortes en chant que dans les disciplines instrumentales », note Christiane LeBlanc.

Le défi de l’intégrité

Parmi les facteurs d’attraction de la compétition montréalaise, outre l’ambiance familiale chaleureuse et conviviale (« nous insistons beaucoup sur le côté humain »), Christiane LeBlanc souligne que « rares sont les concours qui ont un orchestre de la trempe de l’OSM ». Madame LeBlanc remarque aussi que « Montréal est vue comme une belle porte d’entrée en Amérique du Nord » par nombre de postulants.

Dans la draconienne présélection, écartant sept prétendants sur huit, les candidatures en vidéo ont été discriminées par un jury composé de Jonathan Crow, Boris Kuschnir, Douglas McNabney, Lucie Robert et Andrew Wan grâce à un outil informatique développé in situ.

Pour juger le concours lui-même, qui distribuera des prix d’une valeur totale de 86 500 $, le CMIM a fait appel à une brochette de pédagogues de renom, dont Pierre Amoyal, Boris Garlitski, Ida Kavafian et Mihaela Martin, de vraies « vedettes » dans leur domaine.

Le choix, certes prestigieux, ne manque pas de surprendre à une époque où beaucoup s’interrogent sur le fair-play des compétitions musicales, au point où le Concours Van Cliburn, au Texas, a décidé de recourir davantage à des artistes en carrière. « Ils sont surtout allés chercher de nouvelles personnes », remarque Christiane LeBlanc, qui a voulu réunir à Montréal en mai prochain des jurés « qui vont avoir une influence sur les futurs candidats dans trois, six ou neuf ans. Tous sont nouveaux, car je recherche des ambassadeurs pour augmenter le nombre et la qualité des concurrents futurs. »

Pour Christiane LeBlanc, « la réputation de droiture et d’objectivité » du CMIM n’est plus à faire : « Les professeurs doivent signer une déclaration sur leurs liens et n’ont pas le droit de voter pour leurs élèves. Dans le manuel du jury est aussi stipulé que les membres du jury ne peuvent discuter des candidats. On ne les suit pas au bar de l’hôtel, certes, mais cette partie du règlement est répétée souvent par le président du jury ».

Sur le fond, Christiane LeBlanc avoue avoir vu des manigances dans « des jurys d’interprètes » et conclut : « Ce n’est donc pas la fonction, mais l’intégrité de l’être qui compte. J’aime croire que quelqu’un est professionnel. C’est aussi vrai pour un interprète que pour un professeur. » Et, pour cela, comme pour les candidats qui émergeront de la compétition, le CMIM a pu jusqu’à présent compter sur sa bonne étoile.


Violon 2016

Quarts de finale (du 23 au 25 mai) et demi-finale (les 27 et 28 mai) à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal. Finale (les 30 et 31 mai) et Concert gala (2 juin) à la Maison symphonique. Orchestre symphonique de Montréal. Direction : Giancarlo Guerrero. Billets : salle Bourgie : 514 285-2000, option 4. Maison symphonique : 514 842-2112. Renseignements : www.concoursmontreal.ca