Francis Corpataux a rassemblé plus de 2000 enregistrements

Francis Corpataux au Bénin, pays qui sera l’objet de son prochain disque.
Photo: Pascale Lydie Yoro-Dagb Francis Corpataux au Bénin, pays qui sera l’objet de son prochain disque.

Professeur émérite à l’Université de Sherbrooke, Francis Corpataux est aussi ce globe-trotter qui parcourt la planète depuis 25 ans à la recherche des chants ou des jeux chantés des jeunes. À son crédit, 19 disques de la collection « Le chant des enfants du monde » ; en tout, plus de 2000 enregistrements terrain, dont plusieurs sont légués au Musée du quai Branly à Paris. En 2005, il a reçu le prix Coup de coeur de l’Académie Charles-Cros, qui lui a également décerné deux autres mentions spéciales. Avant les Fêtes, il a fait paraître le 19e volume de sa collection qui porte sur le Québec et l’Acadie. Le prochain révélera des chants du Bénin. Partout, le professeur se pose la même question : malgré toutes les possibilités technologiques, les enfants continuent-ils de se transmettre les chants de leur tradition ?

« Je reste dans le domaine de la chanson qui est transmise d’une façon non académique par imprégnation ou par participation à des activités communautaires. Je n’enregistre pas les enfants ou les adolescents qui apprennent des chants pour un concours. » Partout où il passe avec son épouse, il est à l’écoute en travaillant à l’horizontale, et non dans une logique d’autorité verticale. Partout, il voyage avec un sac à dos contenant un petit studio d’enregistrement. A-t-il remarqué des changements chez les jeunes depuis son quart de siècle de pratique ?

« Oui, il y a une évolution sur le plan sémantique et sur celui des contenus. Les adolescents adaptent à des lignes mélodiques traditionnelles des textes qui reflètent leur réalité. On chante sur la drogue dans les milieux urbains et on parle de sida dans certains milieux. Au Bénin, on a des chants qui touchent Ebola. En plus de ces thèmes directs, on trouve aussi des chants chez les filles qui présentent l’évolution de la femme. Et il y a des chants très centrés sur la négritude à Chicago, et d’autres qui affirment la fierté de l’identité en Afrique ou en Chine. On sent aussi que dans les pays animistes que j’ai visités, l’Église et le missionnariat perdent de leur influence. On y retrouve dans les chants beaucoup plus de sujets qui touchent les croyances traditionnelles. »

Répertoire universel

Chez les plus jeunes, il existe partout dans le monde un répertoire de chants-jeux chantés, les comptines, qui sont parfois scandées, criées, composées et décomposées. Malgré les variantes trouvées d’un pays à l’autre, le type de répertoire est universel. Qu’en est-il du Québec et de l’Acadie, les territoires du plus récent disque ? « Ici, des jeux de rondes sont disparus et des jeux de balle au mur, je n’en ai pas trouvé, répond le professeur Corpataux. Mais ce qui est frappant est de voir que les enfants, en dehors de ce monde scolaire organisé et de tous les codes des adultes, se créent un espace de liberté et continuent de chanter. »

Sur un pan international, quel est le rapport avec les technologies ? « Elles ne favorisent pas le jeu chanté. Ce que j’ai pu constater, c’est que là où la techno est la plus poussée, les jeunes deviennent beaucoup plus des auditeurs que des pratiquants de musique. » Et avec toutes ces zones de guerre, jusqu’à quel point l’actualité internationale limite-t-elle le travail de collecte ? « Dans ces cas, je me dis que les enfants ont peut-être d’autres choses à faire que de chanter leurs petites chansons, quoique certains reportages nous permettent de voir que dès qu’il y a une forme de liberté, les enfants se remettent à jouer. C’est la suite du monde, même si on la massacre. Il y a toujours une énergie qu’on retrouve chez les enfants. Le soleil se lève tous les jours pour eux et ils vivent le monde au présent même dans le tragique. Mais lorsqu’il y a un petit rayon de soleil, ils ont l’air heureux. Et effectivement, ils le sont, l’espace de ce moment. »



Groupe d'enfants, 8 et 9 ans Caraquet - Ma grand-mère joue

Québec et Acadie. Chants de cours d’école

Le chant des enfants du monde volume XIX, enregistré et réalisé par Francis Corpataux, Arion. franciscorpataux.com