Chanson - Les années d'apprentissage de Martha

Martha Wainwright est en retard. Il fallait l'attraper avant l'unique spectacle qu'elle donne à Québec, ce soir à Rouje. Une intervention auprès de son producteur et elle finit par rappeler. Visiblement, les entrevues, ce n'est pas trop son truc... Pas facile de tracer son chemin vers le succès sans perdre son âme.

Bon, parlons d'abord du spectacle. Ceux qui l'ont entendue à l'automne en première partie de son frère Rufus, au Grand Théâtre, se retrouveront en terrain connu avec le récital de ce soir, promet-elle. Et tant mieux puisque nous avions été nombreux à craquer pour son chant doux et tourmenté. Moins peace que sa mère, Kate McGarrigle, plus relax que son frère, Martha a sa sensibilité bien à elle. Et ce je ne sais quoi qui rend certaines personnes lumineuses derrière un micro.

En plus de ses compositions folk en anglais, elle se garde un petit air de Barbara «parce que c'est important de chanter au moins une chanson en français quand on vient au Québec». Âgée de 27 ans, Martha s'est installée à New York il y a quelques années. «Je voulais sortir de Montréal parce que j'étais entre mon frère, ma famille, et c'était important d'aller ailleurs.» À la question de savoir si son background familial est plus un avantage qu'un inconvénient, elle répond que c'est «les deux» et «qu'ils s'annulent». Ce n'est pas simple et elle ne s'en cache pas. Apparemment, Martha Wainwright n'est pas le genre de fille à se raconter des histoires.

Ce qui est important...

En grandissant dans l'univers de papa Loudon Wainwright et de maman Kate McGarrigle et en restant proche du frérot couronné mais quand même usé par sa récente renommée, Martha a fait ses apprentissages. «Je suis très consciente de la façon dont ça marche dans l'industrie de la musique depuis que je suis toute jeune. C'est une bonne chose, ça évite de se faire des fantasmes par rapport à ça.» Quand même, la jeune femme dit aussi avoir été déçue de ne pas avoir encore décroché de contrat de disque à New York, elle qui croyait que ce serait plus facile. «Chaque fois que je me fais une idée sur ce qui va arriver, ça ne se passe pas comme ça», lance-t-elle en rigolant avant de balancer, cynique, que «la vie, c'est quand même assez spécial!».

Et dans cette drôle de vie-là, elle trouve surtout l'inspiration en dedans. «La peur de la vie, du futur, je crois que c'est ce que je chante en ce moment.» Écrire, c'est une façon de se comprendre elle-même. «Il faut trouver une manière de mettre les pensées dans un ordre comprenable», explique-t-elle dans un français parfois maladroit. À trois reprises, elle conclura réflexions et questionnements par un «mais ce qui est important au bout de la journée, c'est la musique». Au fond, c'est ce qui compte vraiment pour elle, et c'est déjà gigantesque. «J'aime beaucoup chanter. C'est la chose la plus facile, la chose qui me distingue des autres. C'est un don et j'aime avoir ça. Sans ça, je ne sais pas ce que je ferais.»
- Ce soir à 21h30 à la Galerie Rouje, 228, rue Saint-Joseph Est à Québec.