L’OSM à New York: plaisir et risques

Kent Nagano et l’OSM mardi à Carnegie Hall, à New York
Photo: Fany Ducharme Kent Nagano et l’OSM mardi à Carnegie Hall, à New York

L’Orchestre symphonique de Montréal a donné mardi à New York un concert très nuancé et très chaleureusement accueilli par un public qui remplissait le Carnegie Hall à ras bord.

N’ayant plus Denis Coderre (voir notre compte rendu du concert de Washington) sous la main pour me souffler des idées et impressions, je suis allé, dans la même veine, pallier mon prétendu manque d’imagination auprès de Kent Nagano lui-même, dans sa loge, une discussion, fort hélas ! moins privée que la veille.

Les deux mots à retenir cette fois sont « plaisir » et « risques ». Le plaisir de faire de la musique et de prendre des risques dans une salle dont « l’acoustique permet d’entendre d’autres choses ». Kent Nagano a voulu diriger le Sacre « le plus osé possible », en élargissant l’éventail dynamique et en creusant les caractères « ivresse, amour, sarcasme et joie de vivre ».

Kent Nagano a aussi vanté le reste des prestations, dont La valse de Ravel, un rappel placé en début de concert parce que l’organisateur n’avait pas voulu de Jeux de Debussy. Dans cette satisfaction très globale du chef, on voit que les artistes ne sont pas les meilleurs critiques de leur travail, car cette Valse, certes excellente en apparence, manquait plus d’une fois de coulant, de subtilité et de liant dans les transitions. Par ailleurs, la fin doit faire saillir les contre-chants de trompettes de manière bien plus décadente.

Les choses s’étaient bien mises en place en après-midi lors d’une séance de travail à laquelle Le Devoir avait (enfin) été convié — heureusement d’ailleurs, puisqu’elle était publique ! Kent Nagano demandait ici et là « plus d’ombre » dans La valse, insistait sur un « son mystérieux, mais un rythme brillant » au début du 3e Concerto de Beethoven, répété très méticuleusement. Le chef a aussi repris quelques rares passages du Sacre qui lui avaient paru fragiles sur les plans de l’ensemble et de l’intonation la veille. Le travail, sérieux et concentré, est très agréable à observer, pour qui connaît surtout les répétitions d’orchestres français : point de dissipation ou de commérages dans les rangs ici.

Les points travaillés en répétition se sont positivement concrétisés en concert. Il était heureux de revoir le tandem Pires-Nagano monter en puissance et en excitation au fur et à mesure du 3e Concerto de Beethoven. Ici, comme à Montréal, énormément de finesses dans le dialogue et une vraie et profonde culture esthétique beethovénienne.

Dans les commentaires, il est tentant de ressortir telle ou telle individualité de l’orchestre. Certes, le geste de Kent Nagano offrant, en bis, au flûtiste Timothy Hutchins un Prélude à l’après-midi d’un faune à Carnegie Hall a été un honneur remarqué et mérité. Mais il faut profiter de cette occasion pour souligner la forme olympique des cordes de cet orchestre. Le crédit de cette caractéristique désormais spectaculaire est entièrement à porter au compte des dix ans du mandat de Nagano. Car ce sont les cordes, leur grain, leur hargne, leur flexibilité qui ont vraiment marqué le concert. Il reste huit représentations du Sacre du printemps dans la tournée pour continuer à avancer dans l’oeuvre et mettre davantage en relief les cors et générer encore plus de saine hystérie dans la section de percussions, par exemple, et entendre enfin les éclairs cuivrés et cinglants du tam-tam.

Christophe Huss était à New York à l’invitation de l’Orchestre symphonique de Montréal.

Orchestre symphonique de Montréal

Concert au Carnegie Hall de New York. Ravel : La valse. Beethoven : Concerto pour piano no 3 (soliste Maria Joao Pires). Stravinski : Le sacre du printemps. Direction : Kent Nagano. Le mardi 15 mars 2016.

2 commentaires
  • Andrée Dagenais - Abonnée 17 mars 2016 09 h 52

    Quelle prétention vous avez parfois M. Heuss

    Au risque de vous décevoir: "une discussion, fort hélas ! moins privée que la veille" Maestro Nagano a, sans doute, d' autres personnes de marque que vous avec qui discuter. "Dans cette satisfaction très globale du chef, on voit que les artistes ne sont pas les meilleurs critiques de leur travail, car cette Valse, certes excellente en apparence, manquait plus d’une fois de coulant, de subtilité et de liant dans les transitions. Par ailleurs, la fin doit faire saillir les contre-chants de trompettes de manière bien plus décadente." Maestro vous a-t-il demandé d'être son professeur de direction? Il y a place pour plus d'une interprétation émouvante et convaincante dans le très large spectre de l'imagination musicale et artistique. A. Dagenais

  • Christophe Huss - Abonné 17 mars 2016 13 h 30

    Mauvaise interprétation

    Pour votre édification, Madame, je fais simplement référence au fait que les propos que M. Nagano a échangé avec moi à destination des lecteurs du Devoir ont été accaparés et rapportés avec grand empressement par un autre média qui se trouvait là.
    Je vous rassure que j'ai bien laissé passer bien poliment tous les VIP.