Concerts classiques - Le grand piano de Yefim Bronfman

Le concert commence avec du Ravel, encore. Cette fois-ci, pourtant, on ne s'en plaint pas. Andrew Litton, le chef invité cette semaine, sait quoi faire avec l'OSM et cette musique et cela sonne avec tout ce que Ravel demande d'à-propos — sauf pour des écarts un peu troublants chez les cuivres qui ont besoin d'un petit coup de bâton pour maintenir le niveau.

Sur cette belle entrée en matière arrive Yefim Bronfman. Son interprétation du Ier Concerto pour piano de Chostakovitch ne va pas faire mentir les nombreux admirateurs qui l'appellent un des rares empereurs du clavier aujourd'hui. Tout ce qui s'appelle maîtrise technique, sonorité lourde comme raffinée, palette dynamique complète et subtile, tout cela prend vraiment un sens vivant quand il joue. D'une oeuvre qu'on pourrait juger assez ordinaire il invente un jeu de l'esprit, use de l'ironie, part de l'intérieur et d'un sentiment assez particulier de cette esthétique voguant entre deux eaux qui se révèle ici hautement efficace. Un grand pianiste donc, au service du grand interprète qui cohabite en lui.

Les cordes de l'OSM l'accompagnent à ravir sous la baguette attentive et elle aussi nuancée et précise de Litton. Pas un seul flottement n'est à souligner dans les fort nombreux changements de tempos et de caractères. L'homogénéité de compréhension est parfaite. Il aurait simplement fallu que la trompette s'affirme plus solidement. La fragilité, en ce cadre, fait un peu chuter la tension, mais passons.

Généreux, Bronfman a offert deux rappels. Un puissant et inoubliable finale d'une sonate de Prokofiev et une Danse hongroise, de Brahms, avec Litton pour la donner à quatre mains avec lui.

Le poème symphonique Ein Heldenleben a, lui aussi, été l'occasion pour l'OSM de briller et de sonner à qui mieux mieux. Litton n'est peut-être pas aussi inspiré qu'en première partie, mais il reste d'une redoutable efficacité pour tout mettre en place et faire que, dans les trous de la partition, l'ennui ne se pointe pas trop. S'il n'arrive pas à faire croire à la grande oeuvre, ce qui ici n'est pas un grave défaut, il sait au moins en faire ressortir tout le contenu narratif et autobiographique, rendant même plus nettes les diverses autocitations de Strauss. Alors on se met à écouter ce Heldenleben avec quelque profit, un petit exploit dans cette page si galvaudée. En tout cas, avec un chef de cette trempe, on retrouve un OSM qui semblait, ailleurs, s'étioler.