L’Orchestre symphonique de Montréal à la conquête des États-Unis

En dix ans, c’est la première tournée de l’OSM et Kent Nagano chez nos voisins du Sud.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir En dix ans, c’est la première tournée de l’OSM et Kent Nagano chez nos voisins du Sud.

L’Orchestre symphonique de Montréal quitte la Maison symphonique pour deux semaines et met le cap sur les États-Unis. C’est la première tournée américaine du tandem Kent Nagano-OSM.

Ce projet d’importance a mobilisé l’OSM depuis de nombreuses années. Pour le concrétiser, l’institution a même engagé comme consultant Zarin Mehta, frère de Zubin, ex-directeur général de l’Orchestre philharmonique de New York.

Sur le papier, il s’agit, nous dit l’OSM, de « la neuvième [tournée] de l’Orchestre aux États-Unis [la dernière ayant eu lieu en 2000], et d’un 27e passage au Carnegie Hall ». Cela a l’air presque banal, mais cela ne l’est pas. L’OSM a certes visité les États-Unis à neuf reprises, mais souvent de manière locale. Ainsi, la tournée de 2000, qui consistait en cinq concerts en Floride, n’est en rien comparable à ce qui se prépare présentement et amènera l’orchestre de la côte est à la côte ouest. Des voyages de cette ampleur, on en trouve un en 1989 et un autre en 1981, ce dernier panachant États-Unis et Canada. Il y eut aussi un long déplacement de 11étapes en 1986, mais cantonné à de petits sauts de puce dans l’est du pays.

Un marché difficile

Même si sur le papier cela s’intitule pareillement « tournée aux États-Unis », il est difficile de comparer un périple de type « Miami Beach, Miami, West Palm Beach, Sarasota, Clearwater… » (le début de la tournée de 1986) avec un itinéraire menant l’orchestre des capitales musicales de l’Est (Washington, New York, Boston), à San Diego et San Francisco (Berkeley), en passant par Chicago.

En dix ans, c’est la première tournée de l’OSM et Kent Nagano chez nos voisins du Sud. Selon les sains préceptes en vigueur à l’OSM, toute tournée doit s’autofinancer. Il s’agit donc d’un projet spécial, drainant des commandites dédiées. En d’autres termes, le voyage de notre orchestre aux États-Unis n’a pas d’incidence néfaste sur le budget alloué aux concerts à Montréal. Heureusement, car « tourner aux États-Unis est très cher. Peu d’orchestres vont là-bas, car le contexte économique a beaucoup changé. Nous avons soupesé le budget avec beaucoup de soin », déclare Kent Nagano au Devoir. Paradoxalement il est plus « facile » — même si rien n’est facile en la matière — de voyager au Japon qu’aux États-Unis, car les déplacements à l’intérieur du pays sont plus courts et, surtout, le rapport entre les cachets versés et les dépenses engagées pour les récolter sont très défavorables en Amérique du Nord.

Kent Nagano nous indique également que « la structure de la présentation des concerts aux États-Unis a aussi beaucoup changé. Il n’y a plus de grande structure qui peut absorber et organiser une tournée. Il faut davantage prendre soi-même en charge la promotion et les risques ». Et, au bout du compte, la responsabilité de remplir les salles de concert change de camp.

« Le fait d’avoir beaucoup de partenaires a rendu la chose possible au final », conclut le directeur musical de l’OSM.

Savoir-faire

L’orchestre s’exportera avec Debussy, Prokofiev et Stravinski, comme au bon vieux temps. « J’ai voulu proposer un répertoire lié avec l’orchestre depuis sa naissance. Le sacre, Debussy, Ravel, Prokofiev font partie du répertoire depuis Wilfrid Pelletier, bien avant Nagano, bien avant Charles Dutoit ou Zubin Mehta », affirme le chef, qui y voit « la tradition de l’orchestre ».

Petit bémol. Vérification faite, selon Claude Gingras, dans son livre très documenté Notes, la création canadienne(!) du Sacre remonte au 5 mars 1957, à Montréal, sous la direction d’Igor Markevitch, bien après l’époque Pelletier.

« L’orchestre doit avoir une raison de faire une tournée aussi majeure. Si nous nous voyons comme des ambassadeurs, il faut y aller avec un reflet de notre tradition francophone et avec un répertoire qui fait une claire référence à notre passé », un passé que Nagano voit très ancré dans la musique du XXe siècle. « Les présentateurs ont été séduits. Oui, tout le monde joue Le sacre du printemps, mais pas tout le monde comme l’OSM. On va le jouer avec notre manière, notre esthétique, notre culture et nos traditions. »

Le choix du répertoire se veut aussi positivement « provoquant », selon le chef : « En tant qu’Américain, je vois que nous traversons une période de transition. Ce que nous tenions pour acquis, ce que nous croyions stable ou différent, ne l’est pas. Les changements sont très rapides, dans les médias, l’industrie, la société. Et on peut dire que la période du Sacre du printemps et celle du jeune Prokofiev à Paris au début du XXe siècle est aussi une période de mutations. »

À l’exception du concert à Carnegie Hall, qui débutera par La valse de Ravel, Debussy ouvrira tous les concerts, avec Jeux, pour les promoteurs les plus audacieux, et Prélude à l’après-midi d’un faune pour les plus conservateurs. S’ensuivra le 3e concerto de Prokofiev avec Daniil Trifonov (sauf pour Carnegie Hall, qui entendra le 3e de Beethoven avec Maria João Pires). En seconde partie, l’OSM jouera Lesacre du printemps, sauf à Ann Arbor et Santa Barbara, dont les spectateurs entendront L’oiseau de feu.

Retour à Montréal à Pâques. Le prochain concert de la saison régulière, les 6, 9 et 10 avril, sera marqué par la venue du violoniste Gil Shaham dans le Concerto de Mendelssohn.


Tournée de l’OSM aux États-Unis

Concerts à Washington, New York, Boston, Chicago, Ann Arbor, Palm Desert, San Diego, Santa Barbara, Rohnert Park et Berkeley. Du 14 au 26 mars.