L’OSM affûté pour sa tournée

Daniil Trifonov en avril 2014
Photo: Junfu Han / Kalamazoo Gazette MLive Media Group / AP Daniil Trifonov en avril 2014

Debussy, Prokofiev et Stravinski. Tout se passe comme si rien n’avait changé en 15 ans. Il en va ainsi de la rémanence des réputations et c’est dans ce répertoire et avec ce programme que l’OSM se présentera aux États-Unis à partir de la semaine prochaine. Heureusement que Kent Nagano est aussi à l’aise que Charles Dutoit dans ce répertoire !

De Jeux de Claude Debussy, le chef et l’orchestre donnent une version fluide et transparente. L’avancée est permanente et les épisodes coulent les uns dans les autres. Le débat ici est de savoir si l’on ralentit un peu pour mieux caractériser le caractère ironique ou joyeux de tel ou tel passage. Nagano choisit de filer droit, d’aplanir un peu, mais avec la souplesse et la finesse requises par une partition sur laquelle on peut parfois lire la rare indication « sans rigueur ».

Le sacre du printemps est fort bien cadré. C’est net et (presque) sans bavure. Quand une trompette entre un temps trop tôt dans la Danse sacrificielle (chiffre 158), elle se ravise très vite et l’orchestre ne sort jamais de ses rails. On pardonnera volontiers l’impair au trompettiste, car tout le pupitre a été une nouvelle fois glorieux. Les sons infinitésimaux avec sourdines au début de la 2e partie sont très impressionnants. Si je me fie à ma mémoire, il me semble que Le sacre de Kent Nagano version 2016 est un peu plus rageur. En tout cas, les pizzicatos de violons dans la première partie sont si hargneux qu’on s’attend à voir une corde sauter quelque part.

Là aussi, il sera question de fluidité, puisque les passages notés « tranquille » ne sont jamais avachis. L’interprétation devrait faire son petit effet en tournée, même si Le sacre est une oeuvre très largement recuite dans les programmes d’orchestres en parade et que les oreilles risquent d’être blasées.

Le clou du concert est probablement la vision très personnelle de Daniil Trifonov et Kent Nagano du 3e Concerto de Prokofiev. On se rend compte que de grandes plages aux atmosphères lunaires marquent les trois volets de l’oeuvre. Trifonov et Nagano les sculptent et les burinent, peut-être à l’excès. Mais c’est devenu une mode de romantiser Prokofiev…

Ce qui impressionne, c’est la finesse du toucher et l’intelligente accentuation du pianiste. Il y a aussi une recherche dans la similarité de phrasé entre le piano et l’orchestre. Il sera intéressant de voir la réaction du public américain, plutôt habitué au Prokofiev plus musclé et sonore de Yefim Bronfman. En rappel, Trifonov a joué avec le plus extrême raffinement la transcription par Pletnev de la Fée d’argent, extrait de La belle au bois dormant.



Le sacre du printemps, dirigé par Kent Nagano

Debussy : Jeux. Prokofiev : Concerto pour piano no 3. Stravinski : Le sacre du printemps. Daniil Trifonov (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique, mardi 8 mars 2016. Reprises mercredi et jeudi.

2 commentaires
  • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 10 mars 2016 18 h 40

    Rappel.

    Une question, M.Huss. Étiez-vous au concert de mardi? Le rappel comme le concerto a dû être superbe! Mercredi soir, dans un genre très différent, D.Trifonov a joué : "Études d'exécution transcendante d'après Paganini, S.140, no.6" de Franz Liszt. Je n'ai pas trouvé ça toute seule! J'ai demandé au gens de l'O.S.M. Vous devez certainement connaître cette pièce qui me rappelait les "Caprices" pour le violon. D.Trifonov en a fait une interprétation délirante! Nous avions le souffle coupé! Ginette Masse-Lavoie

  • Georges Langlois - Abonné 11 mars 2016 16 h 41

    Et un autre rapel...

    Lors du concert de jeudi, en plus du rappel de Trifonov, nous avons eu droit à un "cadeau" rare de l'orchestre et de son chef : un rappel ! Ce fut La Valse de Ravel, interprétée de façon électrisante. Mémorable concert !