Les quatre mondes en un d’Irem Bekter

Irem Bekter a vécu le plongeon dans l’inconnu au moins quatre fois dans sa vie.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Irem Bekter a vécu le plongeon dans l’inconnu au moins quatre fois dans sa vie.

Vaincre le vertige, plonger vers l’inconnu, se déraciner, s’adapter, s’enraciner à nouveau, de l’errance à l’espoir, avec toutes les joies et les peines de l’existence : Irem Bekter a vécu cela au moins quatre fois dans sa vie. Enfance en Turquie, adolescence en Angleterre, deux décennies en Argentine et maintenant une vie ici : la chanteuse-danseuse-conceptrice est de celles qui adoptent la culture du pays qui la reçoit. À Montréal, elle a découvert non seulement la culture québécoise, mais également celle de diversité, ce qui l’a amenée à remettre en question son identité, une fois de plus, d’où la superbe création Vertige en 4 temps, qu’elle offre sur scène depuis deux ans en espagnol, en français, en turc et en anglais, en choisissant des musiques dans chacun de ses univers. Avec huit musiciens, sous la direction de l’excellent Luzio Altobelli, elle monte ce jeudi sur la scène du Rialto.

Si le spectacle incarne la vie d’Irem avec ses quatre mondes, ses quatre systèmes de valeurs et ses quatre cultures, il ouvre une voie pour les déracinés de la terre : « Je suis de plus en plus convaincue par cette oeuvre, parce qu’elle n’est pas pour moi. Ce n’est pas le trip d’Irem Bekter, ce ne sont pas que des chants et des danses, c’est vraiment au sujet d’avoir une voix, celle des autres. Nous pouvons partager ces voix des immigrants et des réfugiés », fait valoir la créatrice.

Nouveau vertige

Depuis 2011, elle retourne presque chaque année en Turquie, le pays qui l’a vue naître, mais qu’elle n’avait pas revu depuis 32 ans. Cela a provoqué chez elle un autre nouveau vertige et une nouvelle phase de création. Ce pays, elle avait fini par le voir de loin ; elle y retrouve maintenant une forte partie d’elle-même.

« Oui, je venais de la Turquie, mais pour moi, c’était comme un pays perdu. Quand j’étais en Angleterre et en Argentine, je n’étais pas consciente de ce qui se passe dans ce côté du monde. D’y être retournée m’a permis de me rappeler certaines choses de mon enfance et je voulais ramener tout ça dans mon spectacle. Ce sentiment de saveurs, de moments et de surprises, je voulais le partager. » Parmi ses nouvelles réalités : la découverte des réfugiés syriens en Turquie. À cause de cela, une partie des profits de Vertige en 4 temps sera redistribuée à la Syrian Kids Foundation, un organisme qui vient en aide aux réfugiés arrivés ici.

Tout cela contribue à transformer le spectacle, qui est mis en scène par Igor Ovadis. Il donne du rythme au vertige et le plonge dans l’absurdité pendant qu’Irem intègre tous ses mondes de danse, de théâtre et de chants ; de jazz et de musique populaire, d’Harmonium aux folklores turcs ou argentins, jusqu’au tango… qu’elle a approfondi au Québec, comme dans un besoin de retourner à l’une de ses sources.

Quels sont les autres changements apportés à la version 2016 de Vertige en 4 temps ? « L’oudiste Nicolas Royer remplace Ismail Fencioglu. Il possède également la saveur turque. Nous avons aussi invité le chanteur Khalil Moqadem, de l’ensemble Zaman, et Luis López s’ajoute au projet. Il est très reconnu comme danseur de folklore. Il fait le zapateo et danse avec les boleadoras. Il jouera aussi les percussions sud-américaines », explique Irem.

Elle termine l’entrevue : « C’est ici que je me suis trouvée avec ces quatre coins. C’est ici que j’ai voulu raconter cette histoire. Ça ne s’est pas passé en Angleterre ni en Argentine. Ça s’est passé ici et c’est important. » Elle fut d’abord formée en ballet classique, puis elle a interprété les grands classiques du théâtre britannique, influencé l’histoire de la comédie musicale à Buenos Aires, porté le folklore du nord du pays de La Negra et lorgné les pistes de la musique improvisée à partir de la tradition. Elle chante maintenant la femme, interprète les mots de la liberté et intègre tout son bagage à son Vertige en 4 temps.


Vertige en 4 temps

Au Théâtre Rialto, jeudi 10 mars à 20 h