Frisell à la rencontre de Brando, Hepburn, Fonda, Douglas

Bill Frisell publie un album consacré à des chansons et musiques de films.
Photo: Eva Hambach Agence France-Presse Bill Frisell publie un album consacré à des chansons et musiques de films.

Aujourd’hui, on va concocter un coup double : du jazz, on va coloniser le cinéma. Aussi bien le noir et blanc que le coloré. Grâce à qui ? Le guitariste qui est né là où naquit Edgar Allan Poe, à Baltimore, qui a été formé là où Kerouac et Neal Cassady ont fait des arrêts sur images et paroles, à Denver, et qui vit là où siègent Boeing, Microsoft et Amazon, à Seattle. Soit Bill Frisell, qui se distingue comme suit : il est aussi brillant que curieux que prolifique.

Le souriant Frisell vient de publier un album consacré tout entier à des canons du cinéma. Il reprend et décline les pièces composées par E. Bernstein pour To Kill a Mockingbird avec Gregory Peck, adapté du roman signé par Harper Lee décédée ces derniers jours ; par John Barry pour You Only Live Twice avec Sean Connery dans le rôle de James Bond ; par Bernard Herrmann pour Psycho d’Hitchcock ; par Johnny Mandel et Paul Webster pour The Shadow of Your Smile, chanson-thème du film The Sandpiper avec Richard Burton et Elizabeth Taylor ; par Jay Livingston et Ray Evans pour le feuilleton télé Bonanza ; par Ennio Morricone pour Il était une fois dans l’Ouest ; par Leigh Carline et Ned Washington pour When You Wish Upon a Star, la chanson-thème du Pinocchio de Walt Disney (c’est aussi le titre de l’album) ; par Johnny Mercer et Henry Mancini pour Moon River pour le film Diamants sur canapé avec Audrey Hepburn ; par Nino Rota pour Le parrain ; par David Raksin pour The Bad and the Beautiful, film noir de Vincente Minnelli avec Lana Turner et Kirk Douglas, et enfin Happy Trails écrite par le guitariste Dale Evans pour The Roy Rogers Show.

À sa manière, toujours joyeuse, le guitariste qui a joué avec tout ce qui bouge depuis une trentaine d’années a mis en lumière les nuances mélodiques des morceaux évoqués en compagnie d’Eyvind Kang au violon, Thomas Morgan à la contrebasse, Rudy Royston à la batterie et parfois de Petra Haden à la voix, la fille de Charlie Haden. Le résultat est à l’image du bonhomme : parfois c’est brillant, toujours c’est plaisant.

 

Ami lecteur, si en mars il fallait n’acheter qu’un mensuel, alors on vous conseille vivementle JazzTimes. Cette revue américaine vient de mettre en marché un numéro unique. Le topo est le suivant : comme beaucoup d’excellents musiciens ont rejoint au cours des 12 derniers mois le big band que Duke Ellington dirige dans l’au-delà, l’éditeur a décidé d’accorder un article à chacun d’entre eux. Signe que l’éditeur est digne de sa fonction ? Il a demandé à d’excellents musiciens d’écrire sur leurs pairs disparus. Cela donne un numéro exceptionnel.

En voici le programme : Branford Marsalis revient sur Ornette Coleman qui fait d’ailleurs la couverture de JazzTimes, Regina Carter sur Marcus Belgrave, grand trompettiste, Tim Ries, saxo notamment des Stones, sur Bob Belden, Bill Frisell sur B. B. King, Terri Lyne Carrington sur Natalie Cole, Larry Carlton sur Wilton Felder, Matthew Shipp sur Paul Bley, Michael Cuscuna sur Bruce Lundvall, Randy Brecker sur Lew Soloff, Tony Bennett sur Ralph Sharon, Irma Thomas sur Allen Toussaint, Brian Lynch sur Phil Woods. On fait l’impasse sur quelques-uns d’entre eux pour mieux souligner que Terry Gibbs a signé un texte consacré au contrebassiste Howard Rumsey. Ce fut le choc, Rumsey. Car si Art Pepper, Gerry Mulligan, Chet Baker et autres Shelly Manne furent les figures emblématiques du « cool jazz », Rumsey en fut la cheville ouvrière. Snif, snif, snif…

 

Le 25 mars, le film Born to Be Blue, avec Ethan Hawke dans le rôle de Chet Baker, le rôle principal, sera à l’affiche d’un certain nombre de cinémas. La version vidéo de ce « biopic » réalisé par Robert Bureau sera disponible à compter du 31 mars. Quant au CD sur étiquette Rhino Records, il sera dans les bacs à compter du 18 mars. On peut visionner la bande-annonce sur le site du magazine Down Beat.

 

Le 15 avril, le très attendu Miles Ahead, réalisé et produit par Don Cheadle, qui campe Miles Davis, sera à l’affiche avec Ewan McGregor dans le rôle d’un journaliste. Récemment, à Berlin, Cheadle a expliqué les difficultés à financer son projet comme suit : « Il y a l’idée, non prouvée, que les films avec seulement des acteurs noirs ne peuvent pas connaître une carrière internationale. Avoir un acteur blanc est vraiment devenu un impératif financier. » Allô, les Oscar, allô Charlotte Rampling ? La bande-annonce est disponible sur le « ouaibe ».

 

À la suite de l’article publié il y a une quinzaine sur Amazon et les indépendants, un lecteur a porté à notre attention l’existence du magasin Peaches situé à La Nouvelle-Orléans. Le site : peachesrecordsandtapes.com. Grazie mille.

 

À la rubrique « vidéo de la semaine », on inscrit celle-ci : Bill Frisell – The Disfarmer Project (2011) – Jazz en Seine 28e édition. Avec Carrie Rodriguez au violon, Victor Krauss à la contrebasse et Greg Leisz aux guitares.

 

L’album affranchi du temps : Shelly Manne His Men Play Peter Gunn – Music by Henry Mancini. Un bijou de bout en bout.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 mars 2016 09 h 18

    Robert Budreau

    et non

    Robert Bureau