Comment ne pas dire adieu à Gainsbourg

Stefie Shock a farci l’album de clins d’oeil, c’est le mélomane et le DJ qui savent que la création est toujours un mélange goûteux d’ingrédients existants. 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Stefie Shock a farci l’album de clins d’oeil, c’est le mélomane et le DJ qui savent que la création est toujours un mélange goûteux d’ingrédients existants. 

Avec le timbre plus grâââve que grâââve qu’il a, sa tête de chou, les références musicales en voulez-vous en v’là, la science du DJ, le diplômé en groove qu’il est, ça lui revenait… de droit. Aussi bien que ce soit Stefie, on se dit. Le coup de l’album hommage pour les 25 ans de la mort de Serge Gainsbourg, on n’allait pas y couper. Réalisation Shock, interprétation chic en duo avec des chanteuses et des actrices de chez nous, ça allait quasiment de soi, quoi.

« Ça allait être souligné, quelque chose allait sortir autour du 2 mars 2016, la date anniversaire du décès. Au début, je ne voulais pas trop, mais à l’insistance de quelqu’un de mon entourage, j’ai fini par penser : est-ce que je veux être celui qui l’a pas fait ? »

C’était en 2014. Ça donnait à Stefie Shock le temps d’essayer. De tâter du Serge. De tenter des pairages. De traficoter des arrangements. De titiller le désir. « Au bout de quelques chansons enregistrées, j’allais bien voir si je me sentais à ma place. » Aux premières chansons décortiquées, dès les premières amies chanteuses impliquées (Suzie McLelove des Breastfeeders, Marie-Pierre Arthur), il a su. « C’était parti du bon côté, pas la grosse affaire “ corpo ”, mais des versions à mon goût, les participantes n’étaient pas interchangeables, chacune avait sa personnalité et ça s’entendait. C’est là que j’ai signé avec Simone Records. »

Contrat gratiné, tout un fromage que cet hommage après tous les hommages. On a en effet beaucoup repris, détourné, traduit, trahi, détroussé, copié-collé du Gainsbourg depuis le dernier paquet de Gitanes parti en fumée. « J’ai tout réécouté, les versions originales, les reprises, pour avoir un portrait complet. Et puis j’ai plongé dans la nuit. » Comprendre : sans tout réinventer, à tout le moins « repenser chaque chanson ». Comprendre aussi : littéralement, Stefie l’animal nocturne a tout vécu en troglodyte de sous-sol. « Ça a duré des mois, dans mon petit studio. Je commençais à 10 h-11 h le soir. J’étais dans le coeur de l’affaire autour de 2-3 h du matin, et puis sur mon élan jusqu’à ce qu’il ne me reste plus rien, vers 6 h. Toutes les nuits. »

Meilleur après minuit

Ça donne un album de nuit, même s’il y a parmi les choisies la fameuse chanson d’Anna,le téléfilm-culte, Sous le soleil exactement (avec Marie-Pierre Arthur, justement). J’en témoigne, pour avoir essayé l’album à la clarté comme à la noirceur en auto sur le trajet Montréal-Lacolle, ça se vit après minuit, comme si on était dans une boîte de nuit avec des roues : Stefie sait créer des ambiances. Je le lui dis, il sourit un peu nerveusement de son côté de la table, au milieu du bistrot. C’est un anxieux, Stefie, mais qui se soigne. En jouant de la musique. « Je joue toutes les batteries, c’est toujours mon beat, mais je suis allé chaque fois à la rencontre d’une chanson et d’une chanteuse. »

« Par exemple, La Javanaise, avec Gaële, on s’est mis d’accord tout de suite pour la “ dévalsiser ”. Toute Française qu’elle est, Gaële voulait la débarquer de son socle, la sortir du moule jazzy chanson française. J’ai sorti mon petit clavier Casio, joué des sons cheapettes, on est passés par l’électro avant de la ramener un peu au jazz, avec de la contrebasse et du piano. Déconstruire pour reconstruire, ça a été pas mal ma manière de m’approprier les musiques. »L’anamour, avec Fanny Bloom, s’est lovée autour d’un riff de guitare. « On voulait quelque chose de sautillant, c’est à peu près le même groove que Mr. Big Stuff, te souviens-tu de ça ? » Soul du début des années 1970. « Du slow disco. Parfait pour Fanny. »

Stefie a farci l’album de clins d’oeil, c’est le mélomane et le DJ qui savent que la création est toujours un mélange goûteux d’ingrédients existants. La séquence instrumentale à la fin de Dépression au-dessus du jardin (fort beau duo avec Sophie Beaudet) se termine sec, très exactement « comme I Want You (She’s so Heavy) des Beatles. C’est voulu. » Pour L’hôtel particulier, chanson de l’album mythique Histoire de Melody Nelson (donnée ici avec Pascale Bussières), Stefie a trouvé la solution en faisant « le même beat de drum que Pigs de Pink Floyd !!! »

Chaque relecture est ainsi une aventure, en compagnie de ses « belles », club très sélect qui inclut également Klô Pelgag (Comme un boomerang), Laurence Nerbonne (Comment te dire adieu), Anne Dorval (Je suis venu te dire que je m’en vais), Marième (Overseas telegram), Évelyne Brochu (Quoi) et Stéphanie Lapointe (Baby Alone in Babylone). « C’est sûr qu’un spectacle va suivre, une tournée même, à géométrie variable, selon les disponibilités de chacune, jubile d’avance Stefie. Et on va faire d’autres chansons. Gainsbourg, il en a pas juste 12, des bonnes… »


Stefie Shock avec Sophie Beaudet - Dépression au-dessus du jardin

12 belles dans la peau. Chansons de Gainsbourg

Stefie Shock et invitées, Simone Records

3 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 2 mars 2016 09 h 25

    Oserais-je le dire ?

    Gainsbourg est surfait.

    • Claudette Boisvert - Abonnée 2 mars 2016 12 h 58

      Cette fois-ci, je ne suis pas de votre avis: il avait vraiment du talent le gars.
      :-)

      JM

  • Yann Leduc - Abonné 2 mars 2016 21 h 35

    Les reprises et les hommages

    Surfait ça reste à prouver mais trop repris, peut-être. On vit à l'heure des reprises et des hommages, mais qui sont les nouveaux poètes de la chanson francophone ? Bonne question.