Un bijou de concert didactique

Bernard Labadie cultive depuis longtemps la passion de transcrire ou adapter Bach pour ses Violons du Roy.
Photo: Annick MH de Carufel Le Devoir Bernard Labadie cultive depuis longtemps la passion de transcrire ou adapter Bach pour ses Violons du Roy.

Coincé entre le concert du grand retour (Messe en ut et Requiem de Mozart) et la Passion selon saint Matthieu de Bach, les 9 et 10 mars à Québec, puis le 12 à Montréal, ce « petit concert » donné à la Salle Bourgie, n’avait rien de petit.

Au contraire, il permettait d’approcher la dimension suprême du métier d’interprète, celle qui consiste à « optimiser » la mise en valeur d’un texte musical. Ce sont les choix que doivent faire, dans le plus grand anonymat, les musiciens aux prises avec nombre de partitions du XVIIe siècle. La représentation d’un opéra de Monteverdi, par exemple, nécessite nombre de décisions cruciales, notamment en ce qui a trait à l’instrumentation, qui vont bien au-delà du primaire « plus vite-moins vite » et « plus fort-moins fort » cher à nombre de chefs adulés dans le répertoire romantique.

Un exercice courant aux XVIIe et XVIIIe siècles était d’adapter de la musique aux forces en présence. Bernard Labadie cultive depuis longtemps la passion de transcrire ou d’adapter Bach pour ses Violons du Roy. Il limite l’univers aux cordes (et clavecin pour le continuo), parfois renforcées par un orgue positif et un archiluth.

Exercice révélateur

L’exercice est légitime. Lorsqu’il est bien réalisé, il peut même être révélateur. Bien des auditeurs qui ne s’intéressent pas à la musique d’orgue peuvent découvrir la puissance extraordinaire de la Fantaisie BWV 572 et de la Passacaille et fugue BWV 582 grâce à l’orchestre.

Deux options s’offrent au transcripteur : La fidélité stylistique (qui guide en général Bernard Labadie) ou l’appropriation du texte musical dans un univers propre. Le plus génial exemple dans cette seconde catégorie est à mes yeux la transcription d’Anton Webern du Ricercar n° 2 de L’offrande musicale de Bach.

Bernard Labadie a placé en première partie les transcriptions les plus fidèles, allant jusqu’au fulgurant parachèvement de la fugue finale de L’art de la fugue, complétée d’après l’édition de Davitt Moroney. Le retour du thème — que la partition inachevée laisse en suspens — est bouleversant. En seconde moitié, nous étions davantage dans le registre des arrangements. Celui de la Passacaille et fugue a été réalisé pendant les mois de souffrance : « C’est un arrangement qui ne se veut pas historiquement exact, contrairement à ce que j’ai fait dans les Variations Goldberg, mais qui cherche à mettre en valeur les musiciens des Violons du Roy. Je n’avais pas énormément d’énergie, mais le peu que j’avais je le mettais là-dessus », nous disait le chef en janvier.

Non content de nous servir ces habiles adaptations, marquées par des alternances entre concertino et ripieno (variations d’effectifs) et souvent révélatrices (Fantaisie, Art de la fugue, Offrande musicale), Bernard Labadie les a longuement présentées et contextualisées. Ce concert didactique a ainsi duré 2 heures 30, mais nous ne nous en plaignons pas. En totale maîtrise de son sujet, le chef transcripteur fut constamment pertinent et passionnant, notamment dans son explication de la symbolique des nombres cimentant l’art de la fugue.

Labadie, un retour sur Bach

Arrangements et transcriptions d’oeuvres de Jean-Sébastien Bach par Bernard Labadie. Trois chorals de Leipzig (BWV 651, 660, 655). Fantaisie pour orgue BWV 572. Sonate en trio pour orgue n° 1, BWV 525. Contrapunctus XIV de L’art de la fugue. Ricercar à 6 de L’offrande musicale. Variations Goldberg (Aria et Variations 8, 14, 16, 17, 26, 28 et 29). Passacaille et fugue en do mineur BWV 582. Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Salle Bourgie, le 26 février 2016.

1 commentaire
  • Louis - Inscrit 1 mars 2016 22 h 31

    Merci pour les Violons du Roy :

    Mr. Labadie sans vous la musique Classique ne serait pas la même
    au Québec, vous nous avez donné un ensemble musical d'autoriété
    dans la musique baroque en fondant les Violons du Roy et la merveilleuse
    Chorale la Chapelle de de Québec.

    Isabelle Faust qui enrégistra le concerto pour violon de Beethoven
    et le concerto d'Alban Berg -qui a toute une histoire- avec Claudio Abbado
    disait dans Diapason que la maladie l'avait transformé,
    que jamais elle avait vue un chef aussi attentif à l'avis de son soliste et des membres de son orchestre sur la façon d'interprèter ces oeuvres.

    Ce que l'on entend depuis votre retour est dans les même sens,
    c'est vous que l'on ressent dans votre façon de dirigé avec votre Être.

    Dites vous que si Mr. Chritophe Huss a tant apprécié
    un grand nombre ont du aussi être émerveillés, votre travail
    durant votre maladie sur l'Art de la Fugue BWV 1080, c'est la ''fibre'' de Bach
    Alors Merci pour tout.