Méchant party et poings levés, encore et toujours

Il y a toujours un fond de colère dans la joie des Cowboys Fringants, du méchant à sortir, de nouvelles raisons de s’indigner.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Il y a toujours un fond de colère dans la joie des Cowboys Fringants, du méchant à sortir, de nouvelles raisons de s’indigner.
Quelque chose d’une partie des Canadiens (en éliminatoires, supposons). Quelque chose de la fervente ambiance d’un rassemblement politique (un soir de victoire, disons). Quelque chose d’encore plus fort qu’un accueil délirant pour show de tournée d’adieu de Black Sabbath (exemple récent d’un triomphe de groupe légendaire au Centre Bell, mettons). Tout ça et plus dès l’entrée, pour les Cowboys Fringants. Une frénésie partie pour durer un gros deux heures et demie : ainsi se passent les premières minutes époustouflantes et essoufflantes de la première montréalaise du spectacle de l’album Octobre, en ce Métropolis où le groupe n’a pas joué « depuis au moins dix ans » (d’après le chanteur Karl Tremblay tout cravaté pour l’occasion).

J’avais oublié que c’était à ce point-là l’exutoire, un show des Fringants. Ça faisait longtemps, je ne compte plus les fois, sur plusieurs continents, mais la dernière remonte à loin : comme beaucoup d’observateurs de longue date, j’avais laissé le groupe à ses fans, qui continuaient de remplir les salles sans qu’on en parle. Injustice : la durabilité même du succès a fait passer les Cowboys Fringants sous le radar, comme si, de triomphe en triomphe, ça ne nous concernait plus. Mea culpa.

Ce vendredi soir, il faut voir et entendre cette foule qui chante en bondissant, et bondit en chantant. Qu’il s’agisse de la toute récente Pizza galaxie ou de La manifestation — élevée au rang d’hymne national —, le répertoire est plus que familier : intégré, sous-cutané, totalement partagé. Et il y a dans ce Métropolis vingt ans de familiers des Fringants, l’expérience est de l’ordre du passage de flambeau. Oui, il faut « encore » chanter En berne, parce que « rien n’a changé » du côté des « grosses corporations » : à se demander si, par-delà la fête, le groupe ne trouve pas sa force de frappe dans ce combat jamais fini. Il y a toujours un fond de colère dans leur joie, du méchant à sortir, de nouvelles raisons de s’indigner. Et pour survivre aux désillusions, aux découragements, un surcroît d’énergie.

Rage ravivée

Du programme sans répit de la soirée, citons La la la, une chanson de l’album Octobre (à ne pas confondre avec une chanson d’Octobre, le groupe), sans doute l’album le plus politiquement rentre-dedans depuis la première époque du groupe, rage ravivée chez l’auteur-compositeur Jean-François Pauzé : « Quand la corruption fait le plein / À même les institutions / Que tout l’monde est aux barricades / Pour dénoncer la mascarade / On s’dit qu’la mémoire collective / Est pour le moins très sélective / Quand on sait qu’le troupeau d’moutons / Va réélire les mêmes bouffons… »

Ce ton-là. Dans Les vers de terre, dans Louis Hébert, la même volonté de ne pas laisser la flamme s’éteindre, envers et contre tout. Avec ce qu’il faut de tristesse et d’évocation du temps passé, dans Les feuilles mortes (non, pas celle que vous pensez, une chanson du dernier album aussi) : « Toutes ces images / Un peu abîmées / De par mes naufrages / Et le poids des années ». C’est aussi ça les Fringants : la fibre sensible, d’autant plus sensible qu’après vingt ans, les spectateurs de générations successives mesurent le poids des mots.

La deuxième partie se veut plus rassembleuse encore, pigeant dans les albums les chansons à la fois les plus personnelles et les plus universelles : ça ne bondit pas moins, ça ne chante pas moins à tue-tête, mais ça se prend à bras-le-corps, ça s’étreint, les gens se font du bien les uns les autres. Marie-Annick Lépine enlace tout le monde d’accordéon et de violon (entre autres instruments, elle joue de tout), Jérôme Dupras tient le fort, Pauzé tournoie, Tremblay mène la claque, les musiciens complémentaires complémentent vigoureusement, on est en grande famille.

Les retrouvailles virent au clownisme : ballounes et nez rouges au centre de la scène. C’est permis, tout est permis si ça procure de la joie, même le kick-boxing de ballounes. Après tout, la fin s’en vient et le Métropolis va exploser. D’accord pour l’épisode ludique ! Les gens en redemandent, Karl les admoneste à la Plume Latraverse : « Calmez-vous, ciboire, on se croirait à Soirée canadienne… » Frannie Holder (de Random Recipe) s’amène le temps d’un duo à deux mille personnes : La marine marchande. Ça sent la grande salve finale de rappels, et c’est l’heure d’envoyer ce texte au journal. C’est agréable, partir quand le plaisir commun s’approche du paroxysme dans un spectacle des Fringants : on en apporte un peu chez soi, et on s’endort avec le sourire. Et des « étoiles filantes » dans la tête.
1 commentaire
  • Réjean Martin - Abonné 28 février 2016 06 h 58

    on n'entend pas les parole des chansons

    moi, je viens d'aller voir ce show à Baie-du-Fèvre samedi soir 27 fév et j'en suis sorti déçu. Ce n'est pas paroles & musique; c'est simplement musique. Alors, les Frnguants passent à côté de leur «mission» qui est de nous dire quelque chose...