Le cheminement vers la sérénité de Maria João Pires

Mozart a accompagné Maria João Pires toute sa carrière.
Photo: Felix Broede / DG Mozart a accompagné Maria João Pires toute sa carrière.
La pianiste portugaise Maria João Pires se produira plusieurs fois au Québec dans les jours à venir, avec l’OSM et Kent Nagano dans le 3e concerto de Beethoven, jeudi et samedi, puis en récital, dimanche 6 à Montréal et lundi 7 mars au Club musical de Québec.
 

La carrière de Maria João Pires a débuté sur disque avec Mozart peu avant le milieu des années 1970. La pianiste aux cheveux courts, née à Lisbonne en juillet 1944, enregistrait les sonates de Mozart pour le naissant label japonais Denon (Nippon Columbia) et campait un Mozart vif et net, découpé comme Friedrich Gulda révélait 20 ans auparavant les arêtes des Sonates de Beethoven à Vienne. Ces enregistrements, devenus un temps très rares, ont désormais été repris sous licence par Brilliant Classics.

Mozart a accompagné Maria João Pires toute sa carrière, et le compositeur autrichien est un parfait témoin de la manière dont cette artiste, en sédimentant des couches de sagesse, a raffiné son art.

 

Un parcours limpide

Dans les années 1970, Maria João Pires est devenue la grande pianiste de l’étiquette française Erato. Menée artistiquement par le producteur Michel Garcin, Erato avait alors des relations suivies avec l’Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne. Ceci permit à Pires d’enregistrer dans son pays et dans les meilleures conditions quatre disques de concertos de Mozart et de Bach. Plus tard, dans Mozart, chez DG, ses partenaires seront Claudio Abbado et l’Orchestre de chambre d’Europe. Sur l’unique disque de sonates de Mozart qu’elle grava en 1984 pour Erato (Sonates K. 284 etK. 457 ; Fantaisie K. 475), Pires arborait pour la seule fois une chevelure en forme de pin parasol. À l’intérieur des sillons, le discours se détendait considérablement, en quête d’une nouvelle respiration.

C’est avec le projet d’une nouvelle intégrale des Sonates de Mozart que Deutsche Grammophon attira dans son giron la pianiste portugaise. Elle l’enregistra entre février 1989 et août 1990. Une mutation vers la sérénité s’était indéniablement engagée. Une sérénité qui passait désormais par la recherche sonore, quitte à refréner les élans, comme dans le Rondo alla turca de la Sonate K. 331. Ce n’est pas pour rien qu’un documentaire qui lui est consacré s’intitule Discovering Sound.

Chopin, Mozart et Schubert (dont la Sonate D. 960 parue en 2013) dominent le répertoire gravé par cette précieuse pianiste, qui semble nous inviter dans son intimité.

 

L’intransigeante

Consciente du pouvoir intense qu’il y a à être soi-même (l’une de ses sages paroles dans Discovering Sound), Maria João Pires se situe depuis bien longtemps en marge du « music business ». La carrière la concerne peu et elle met en garde les jeunes artistes devant une notoriété trop précoce : « Il faut être plus attentif à l’essence de l’être humain et ne plus être seulement concentré sur […] la seule valeur commerciale de la musique et du talent », disait-elle en 2013 au magazine Pianiste.

On joue comme on est. La vie façonne l’artiste. D’autres l’ont dit, tel Ivan Moravec faisant l’éloge de Walter Gieseking. Le public l’expérimente parfois sans s’en rendre compte, comme la semaine passée, tant dans l’ouverture du Freischütz de Weber dirigée par Ivan Fischer que La valse de Ravel par Charles Dutoit.

Maria João Pires avait engrangé dans la campagne portugaise un projet de formation par les arts pour enfants défavorisés. Après l’échec de l’initiative, dû au manque de soutien, elle a quitté son pays. Elle partage désormais ses expériences à la Chapelle musicale Reine Élisabeth de Belgique. Dans sa quête des sons, elle prêche pour la conscience du corps et l’attention portée à la respiration. « Les gens passent leur vie à être en dehors d’eux-mêmes, en dehors de leur corps. Ils ne sont pas présents. Leurs pensées sont ailleurs », disait-elle dans l’entrevue précitée.

C’est un artiste rare qui nous visite et sa venue nous est précieuse.

Maria João Pires en concert

À l’OSM. 3e concerto de Beethoven avec Kent Nagano jeudi 3 et samedi 5 mars à 20 h. En récital avec Pavel Kolesnikov dimanche 6 mars à 14 h 30. Au Club musical de Québec. Récital lundi 7 mars à 20 h. Au disque : The complete Erato Recordings. Warner 17 CD 08256463110654. The complete DG Solo Recordings. DG 20 CD 479 2690. The complete DG Concerto Recordings. DG 5 CD 479 4370.