La môme Zaz et ses pavés à Wilfrid-Pelletier

C’est gagnant, Wilfrid quasi plein en témoigne en ce mardi soir de Montréal en lumière. Épatant et gagnant. Bondissant, épatant et gagnant. Ce serait méchamment bouder son plaisir que de ne point bondir avec Zaz au trépidant rythme de son Paris, spectacle basé sur l’album de même appellation contrôlée, le plus joyeux lot imaginable de rengaines parisiennes pas tuables — « immortelles » n’est pas un vain mot. Eh ! C’est qu’elle a tout ce qu’il faut, la gamine trentenaire, le chien, la gouaille, le timbre estampillé d’origine de chanteuse marrante et réaliste qui lui permet de se la jouer Piaf autant que Trenet : she’s got pezazz, that Zaz, ajouterions-nous en anglais dans le texte, tellement ce spectacle est d’international potentiel.

Gagnant ? Son groupe d’accompagnateurs manie le jazz manouche comme si le Django se transmettait par intraveineuse, ça swingue intense, par moments on se croirait au Tabou si ce n’était tellement fait exprès pour qu’on se croie au Tabou, trompinette borisvianesque au rendez-vous. Gagnante, la souriante ? Elle sait tellement y faire qu’on répond à tous les coups, on est à son gré tout un Wilfrid de choristes, et on se lève quand elle crie : « Debout, là-dedans ! » Elle sautille, tournoie, twiste, virevolte, pianote dans les airs au-dessus du thérémine (magique instrument !), Zaz est une tornade, et on est dans son tourbillon. Toute la salle manifeste sa joie, et ce n’est pas parce qu’elle fait semblant : de joie, elle irradie, effectivement.

N’empêche que moi, tout à l’extrémité de ma rangée, j’avoue un certain soulagement quand, après un gros trois-quarts d’heure de folle gaieté parisienne, elle revient à son répertoire des deux albums studio d’avant son Paris, l’éponyme de 2010 et le Recto verso de 2013: sa chanson pop, fut-ce en traitement débranché jazzy, me semble infiniment plus personnelle que son catalogue parigot si exportable. Lorsqu’elle aligne Port Coton, La fée, On ira, Laissez-moi, on perce le personnage Zaz et on a accès à Isabelle Geffroy, la joie sans fard derrière la joie exacerbée. Et le public, me semble-t-il aussi, la suit encore plus dans ces chansons qui lui appartiennent et qu’elle défend… autrement. C’est pendant La fée qu’elle s’exclame : « Libérez vos émotions des dix dernières années ! » Comme si c’est pour elle, précisément, un moment de liberté dans un spectacle parfaitement calibré pour cartonner partout où Paris sera toujours Paris. Calibré comme un carcan.

J’aurais vécu sans les vocalises du quatuor a cappella québécois Qw4rtz dans la ballade arrache-coeur Éblouie par la nuit : encore là, je suis sans doute seul à ronger mon frein à mon bout de rangée, ç’aura été la chanson la plus ovationnée jusqu’à ce que je le quitte pour écrire ces lignes. Ma tombée tombe bien, j’ai peu de patience pour la suite. Quelques cuivres en plus, ça repart vers Paris façon big band et le car du voyage organisé s’arrête devant le Moulin Rouge et je débarque en même temps que les touristes ravis et en profite pour m’esquiver en douce. Nul doute que la fête n’a pas fini de pétiller, ni Zaz de bondir. Et qu’à la fin, c’est écrit, c’est au programme, pas de spectacle à la gloire de Paris sans que ça se boucle en triomphe. Pour ne pas dire sans Arc. De.