Dans leur maison de chansons

Mélanie et Stéphanie Boulay
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Mélanie et Stéphanie Boulay

Au-dessus d’elles, de petites maisons, tel un village suspendu. Faute d’être bien au chaud à la maison gaspésienne de l’enfance, Mélanie et Stéphanie Boulay s’en sont construites, des maisons, tout un assortiment. Maisonnettes qui les surplombent, comme si elles chantaient dans leur sous-sol et dans les nôtres en même temps. Et on se réchauffe ensemble. « Dis-moi qu’les murs ont pas craqué/Qu’en dessous, le plancher/Tient assez fort/Dis-moi qu' le coeur a pas bougé/Que dessous le plancher/Y bat encore », résument-elles dans Les couteaux à beurre, la chanson qui ouvre cette première montréalaise de leur nouveau spectacle, en ce jeudi soir à La Tulipe.

La chanson est la maison, comprend-on, et contient tout ce qu’il faut. Il y a le manque, assumé. Il y a les harmonies qui font du bien. Et la guitare électrique de Mélanie et les percussions de Stéphanie : c’est une maison habitée. Et par extension, toute la salle est un habitat. On va se coller, on va être bien dans ce lieu, dans ces chansons, avec les Soeurs Boulay. « C’est une maison juste pour nous deux », ajoutent-elles dans cette autre chanson qui parle d’une maison de rêve d’amoureux et qui s’intitule tout simplement Maison.

La chanson d’après ? 4488 de l’amour. Une autre maison. C’est ce qu’on appelle couler des fondations. De là, on peut tout se dire, on se sent protégés. On peut chanter toutes les paroles, on est entre nous. Mine de rien, des musiciens entrent par la porte de côté : il y avait déjà Gabriel Gratton qui jouait un peu de tout, mais avec Renaud Gratton au trombone, et Philippe Legault au sousaphone, ça vire au party de cuisine, et la fière Lola en confiture ne manque pas de joie pétaradante. La délinquante Sonne-décrisse non plus, à deux guitares acoustiques et une batterie. Par le chignon du cou, guitare-ukulélé-grosse caisse, s’entonne sans y penser. Ça va de soi. Le fun est dans la place.

L’intimité entre les murs, la liberté hors les murs

La maison de chansons est solide, les émotions plus nues y sont en sécurité, bonnes à partager : le désir irrépressible dans Ôte-moi mon linge, la tristesse démaquillée dans Mappemonde et Prière. On a le droit d’être à fleur de peau avec Steph et Mel : il y a des chambres pour ça dans leur maison. Une sorte de sentiment d’intimité à plusieurs : chacun pense à ses propres histoires.

Dans ce lieu sans censure, on peut même chanter du Jean-Jacques Goldman, avec tendresse pour Céline Dion : Pour que tu m’aimes encore. Magnifique relecture en harmonies qui lèvent haut.

De là, tout est possible, on peut aller partout, et s’amuser franchement : fou-rire de Stéphanie au début d’Andaman Islands, fou-rire de Mélanie au début de Gab des îles, c’est le lâcher-prise. Un spectateur est réquisitionné, le temps d’un solo de pipeau dans T’es ben mieux de les ouvrir tes yeux.

La salve finale est plus que festive, sur scène comme dans la salle, on est libres : Où la vague se mêle à la grand’route, Des shooters de fort sur ton bras, Fais-moi un show de boucane, chaque chanson respire fort. La maison de chansons est là et bien là, on peut partir n’importe où et vivre des aventures, on sait qu’on la retrouvera. Belle et intacte, fenêtres et portes grandes ouvertes.