Les Chiens répondent à l’appel du riff

«Mais Les Chiens, ça peut pas mourir, c’est mon groupe de base», reconnaît Éric Goulet (à gauche sur la photo), qui joue de la musique avec Marc Chartrain et Nicolas Jouannaut depuis de nombreuses années.
Photo: Marie-Claude Meilleur «Mais Les Chiens, ça peut pas mourir, c’est mon groupe de base», reconnaît Éric Goulet (à gauche sur la photo), qui joue de la musique avec Marc Chartrain et Nicolas Jouannaut depuis de nombreuses années.

Le plancher vibre, ne sentez-vous pas que ça tremble sous les pieds ? Il y a du bon gros son dans les environs. Cette semaine, on a obtenu 10 $, le premier morceau d’Ultramarr, le nouvel album inespéré de Fred Fortin en solo, sortie prévue le 18 mars. Et voilà que dès maintenant, sur iTunes autant que Bandcamp, Éric Goulet crinque son ampli Vox avec Les Chiens : minialbum de cinq titres lancé comme un bel os à moelle avec de la viande autour.

« C’était dû, décrète Goulet au bout du fil. On avait faim, je pense. Quand j’ai fait écouter des rough mix, la réaction était physique : ah, ça fait du bien, du rock ! » On ne les attendait plus, Les Chiens. Ça commence à compter, onze ans depuis Rösk, neuf depuis l’anthologie qui ne s’intitulait pas pour rien Le long sentier : une anthologie, c’est une sorte de fin, même s’il y a des shows de loin en loin. Et puis Goulet en a eu tellement sur le feu. Ses deux albums country, des réalisations à gauche et à droite, des escapades avec Les Ringos, le volontariat de la joie à la plupart des soirées de L’Open Country des Mountain Daisies, sans oublier la réunion de Possession Simple aux Francos de 2013, on peut dire que ça occupe (et que ça fait vivre) son homme.

« Mais Les Chiens, ça peut pas mourir, c’est mon groupe de base. Ma colonne vertébrale, la continuité de mon band de secondaire 5, avant Possession Simple. Jouer de la guitare électrique fort, t’échappes pas à ça… » Oui, l’appel du riff est irrésistible. « Ça vient te chercher. Nico [Nicolas Jouannaut, le bassiste], ça fait quasiment 30 ans qu’on joue ensemble. Marc [Chartrain, le batteur], 10-12 ans déjà. On se dit qu’on va répéter, et puis ça sort tout seul, l’unité se refait. S’agit juste de saisir l’occasion. »

Rapatriement des ouailles

L’occasion, ce coup-ci, c’est le rapatriement des ouailles : roulement de tambour, les disques d’Éric Goulet — sous toutes appellations — sont à nouveau disponibles, à tout le moins par téléchargement. « Ça fait des années que je travaille sur mon “ back catalogue ”, que je cherche à ressortir mes affaires disparues du chemin : par exemple, Pleurer la mer morte, par Monsieur Mono, ça ne se trouvait plus depuis pas loin d’une décennie. Là, tu peux acheter les deux premiers Possession Simple, et les albums des Chiens, et Pleurer la mer morte… Ça fait un méchant bout de temps que je frustrais : quand ta production disparaît du marché, c’est comme si toutes ces années-là avaient pas eu lieu. »

« Et puis, chuchote-t-il, je voulais relancer mon stock avant que tout le monde s’emballe pour le projet 7 jours en mai. » Rappelons la proposition, qui sera l’événement du printemps : tout un album produit en sept jours par sept de nos grands auteurs-compositeurs, interprètes et musiciens, à la T-Bone Burnett. Dont Éric Goulet. « On a fait 21 chansons en quatre jours, on a choisi les 14 meilleures et on les a enregistrées en trois jours. Pas juste guitare-voix. Produites. Une expérience assez extraordinaire, merci. »

Autant rappeler au monde qu’Éric Goulet fait son rock le plus brut avec Les Chiens. Des chansons qui se réfugient dans la nuit, dans le rêve, des chansons de survie. « Ferme les yeux écoute-moi / Je veux te parler une dernière fois », chante-t-il avec ses compagnons dans La chambre des tempêtes : « Ils ont perdu, ceux qui se taisent pour éviter la guerre / Ils sont perdus, ceux qui s’abaissent en espérant la paix. » Du bon bruit, des riffs, des preuves d’existence. « Les Chiens ont leur territoire, et c’est bon qu’on le marque de temps en temps. »

Les Chiens

Les Chiens L-Abe. Disponible sur iTunes et Bandcamp.