Le blues rock, l’isolement et les joies de la vie

L’artiste Cécile Doo-Kingué réfléchit sur le sort de l’humanité, et «Anybody Listening», le thème de sa présente trilogie discographique, le reflète bien.
Photo: Terry Hughes L’artiste Cécile Doo-Kingué réfléchit sur le sort de l’humanité, et «Anybody Listening», le thème de sa présente trilogie discographique, le reflète bien.

Chanteuse-guitariste consciente et polyvalente, Cécile Doo-Kingué lance Anybody Listening Part 2 : Dialogues, le deuxième disque d’une trilogie consacrée aux racines musicales et à tous les aspects de la vie. C’est le blues rock qu’elle développe plus que jamais et qu’elle métisse sur fond de l’humanité qui se perd, mais qui se retrouve aussi dans sa lumière. Après les monologues et le dénuement du disque précédent, voici de nouveau la Montréalaise entourée de plusieurs complices. La voix n’est pas criarde, plutôt sur le ton de la chanson, mais la parole est affirmée directement. Le blues est universel, contestataire, fondu dans le rock, le soul, le jazz, le folk, le roots, le sud du delta du Mississippi, les voix poignantes, la sensibilité afro et beaucoup plus encore.

« La trilogie est un exercice que je me suis donné pour voir comment évoluent mes chansons et mon interprétation, dépendamment de l’environnement, que je joue seule, accompagnée par d’autres ou en public », affirme Cécile, dont le prochain disque sera enregistré en public. D’un disque à l’autre de la trilogie, de nouveaux morceaux s’ajoutent, mais dans les Dialogues, la chanteuse-guitariste reprend six titres de ses Monologues de l’an passé. En les transformant de façon substantielle avec des musiciens qui sont parfois issus de Kalmunity, comme Fredy V., Malika Tirolien, Wayne Tennant et Nadia Bashalani, ou de l’extérieur de cette grande famille, comme Kim Richardson et d’autres. Elle se fait plaisir, comme dans cette reprise de Six Letters qu’elle interprète avec Daniel « DJ » Jospeh, une véritable légende du soul funk montréalais à la Stratocaster, et son grand frère JC « Dook » Doo-Kingué, celui qui lui avait donné sa première guitare.

Blues traditionnel

Pour ses Dialogues, Cécile place d’ailleurs plus que jamais la guitare en avant : « Sur les albums précédents, je cherchais plus à présenter les morceaux et les textes, mais ce coup-ci, je me laisse aller beaucoup plus et, dans ce contexte-là, ça devient beaucoup plus un album de blues traditionnel. » Blues traditionnel, dans l’essence et dans l’esprit, mais avec un son plus lourd et électrique : un blues qui devient aussi une ouverture : « Dans Pure Entertainment et Animal Kingdom, un côté jazz ressort. Je fais aussi quelques clins d’oeil : au latin jazz dans Sweet Talkin’ Devil et à Sly and the Family Stone au niveau des harmonies vocales dans Thankfull. » Également à Jimi Hendrix, dont elle interprète le Manic Depression. « Jimi a changé le cours de la guitare moderne », dit-elle. « On ne savait jamais où le classer. Est-ce que c’est parce qu’il avait un côté soul ? Mais il n’était pas reconnu comme un artiste soul. On le célèbre plus comme un guitariste de rock, mais il avait une base plus blues qu’autre chose. Et on ne mettait pas son côté jazz en avant. Dans ce sens, je me reconnais un peu dans sa trajectoire. »

Mais, au-delà de Jimi, ou de T-Bone Walker et de Freddie King, qui lui ont inspiré le blues, Cécile réfléchit sur le sort de l’humanité, et Anybody Listening, le thème de sa présente trilogie discographique, le reflète bien : « À notre époque de plus en plus connectée, on existe en tant que superstar de notre univers, mais on interagit de moins en moins avec le monde et cet isolement se vit dans le viol des droits de la personne. Ça peut être au niveau de la discrimination raciale ou religieuse. On le voit avec la montée de l’extrémisme religieux. Il y a beaucoup de déconstruction de l’esprit communautaire ou, à l’inverse, la communauté qui devient de plus en plus chauvine, au lieu d’être inclusive. Je m’inquiète aussi parce que je vois de plus en plus comment on est poussé à dépendre des machines. » Pour compenser, Cécile se donne aussi le droit de rire et de profiter de la vie. Pour compenser et vivre pleinement.


Cécile Doo-Kingué - Six Letters (avec JC Dook, Daniel Joseph et Jesse Jesse Padgent)

Anybody Listening Part 2 : Dialogues

Cécile Doo-Kingué CDK Musik, disponible sur les plateformes numériques Spectacle : O Patro Vys à Montréal, vendredi 4 mars.

1 commentaire
  • Benoit Thibault - Abonné 29 janvier 2016 10 h 30

    À savourer

    Merci pour cette découverte que votre article m'a permis.