Un antidote au spleen de l’hiver

Olga Goreas et Jace Lasek, binôme fondateur de l’orchestre, couple dans la vie comme sur scène
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Olga Goreas et Jace Lasek, binôme fondateur de l’orchestre, couple dans la vie comme sur scène

La nouvelle année musicale québécoise commence avec un chinook rock qui souffle le chaud jusqu’à nos oreilles. Le cinquième album de la formation rock montréalaise The Besnard Lakes, A Coliseum Complex Museum, brille de toutes ses guitares et ses vieux orgues, propulsant les airs les plus pop et les harmonies vocales les plus radieuses que le groupe nous ait offerts. Un disque qui sent aussi un peu plus le bonheur, nous racontent Olga Goreas et Jace Lasek, binôme fondateur de l’orchestre, couple dans la vie comme sur scène.

Lancé le vendredi 22 janvier au théâtre Plaza, A Coliseum Complex Museum nous a été envoyé lundi dernier, troisième du mois de janvier. Le « Blue Monday », ainsi qu’on l’a désigné : le jour le plus déprimant de l’année. Ça ne pouvait pas mieux tomber, ce disque est un véritable antidote au spleen. Langoureux, étonnamment chaleureux, aussi épique et inspiré des grands noms du rock seventies que les précédents. Ça s’écoute avec le sourire, cette fois, tranchant ainsi avec l’atmosphère du précédent album, Until in Excess, Imperceptible UFO (2013).

« UFO avait été difficile à concevoir, et pas seulement sur le plan musical, se remémore Jace Lacek, guitariste et chanteur. On a mis beaucoup trop de temps à le faire, passé beaucoup de temps en studio à fignoler le résultat. UFO était lourd jusque dans les thèmes, Olga venait alors de perdre son père… »

« Oui, ça a sans doute laissé une empreinte sur l’ambiance et la direction musicale de l’album, enchaîne la bassiste et chanteuse. Comme si ce disque lui-même en avait lourd sur les épaules. Normal que notre nouvel album soit beaucoup plus léger, plus lumineux. »

La chanson Golden Lion, moment fort de ce cinquième album, représente parfaitement cet état d’esprit libérateur qui caractérise A Complex Coliseum Museum : groove de basse façon Beatles aux cheveux longs, des guitares qui rugissent pour faire honneur à son titre, les voix aériennes du couple de rockeur, concentré en moins de quatre minutes de pur rock.

La concision des chansons est un autre aspect de cet album qui paraîtra novateur aux oreilles des fans, habitués à ces longs déploiements prog-rock qui ont fait la renommée de The Besnard Lakes. Lasek : « L’idée était de voir si nous étions capables de garder intacte cette intensité, cette idée de grandeur, qu’on a toujours privilégiée, mais dans un format de chanson plus court. On a adoré l’expérience, je crois qu’elle a fonctionné. »

Pour y arriver, Jace et Olga ont travaillé différemment : en composant d’avance les partitions pour arriver en studio avec un plan. Les premières épreuves de ces nouvelles chansons ont été réalisées six mois après la sortie du précédent album, durant leurs vacances au chalet du lac qui a donné son nom au groupe, situé à sept heures de route au nord de Regina, en Saskatchewan.

Certes, ce nouveau disque est le moins viscéral de la discographie de The Besnard Lakes, mais le plaisir est intact, surtout celui de se plonger tête première dans cette réalisation réglée au quart de tour, riche en détails et surprises. Ce souci du raffinement sonore, qui se savoure comme on contemple l’horizon dans les Prairies d’où est originaire le musicien, est au coeur de la démarche de The Besnard Lakes. Lasek, ingénieur et réalisateur, dirige le studio Breakglass, dans le quartier Mile-Ex, depuis une dizaine d’années. Ainsi, ce lieu où nous nous sommes donné rendez-vous pour l’entrevue est presque un membre à part entière du groupe.

« Enregistrer ailleurs ? Jamais, tranche Lasek. À cause du local. On l’entend, il est là, dans nos disques. Tu sais, plusieurs musiciens viennent enregistrer chez nous, certains pour le son de la batterie seulement. Il y a quelque chose dans la chambre de la batterie, je ne sais pas l’expliquer… on a été chanceux de tomber là-dessus en emménageant ici. Puis y’a l’équipement. Notre console de mixage Neve 1968, avec des transistors allemands, elle est unique. Nous sommes probablement les seuls en Amérique qui travaillent avec elle. Ainsi, il y a une unité de ton, de son, à travers nos albums, et c’est parce qu’ils ont été enregistrés ici. »

Très géographique, ce nouveau disque, finalement. Du lac au studio, en passant par… attendez, si on se fie au titre, votre disque, c’est un musée ou un colisée ? Jace, grand sourire fendu jusqu’aux lunettes : « Une sorte de musée fictif. C’est l’endroit que t’investis lorsque tu commences à écouter l’album. C’est aussi un peu une blague. Et non, sur la pochette, ce n’est pas une balle de ping-pong qui sort du lac, mais une boule extraterrestre qui crée dans le lac une ouverture, c’est l’entrée du musée. »

De l’humour dans la musique de The Besnard Lakes ? Voilà encore quelque chose que les fans auront à découvrir.