Billets en main, ou la saison de l’anticipation

Half Moon Run prendra d’assaut le Métropolis en avril.
Photo: Yani Clarke Half Moon Run prendra d’assaut le Métropolis en avril.

Les spectacles courus sont plus que courus : on s’y rue. Pas à corps perdu dans les rues, c’était dans l’autre siècle. Ça se vit à la vitesse du doigt sur le piton, la commande passe (ou pas), et zou ! On accède (ou non). On sait qu’on sera au Métropolis avec Half Moon Run le 1er, le 2, le 3 ou le 4 avril, selon la vélocité de l’index. Et tant pis pour les hésitants, qui se mordent les doigts. Pour les rapides de la gâchette, il n’y a plus qu’à se les tourner, les doigts, dans l’attente du lointain soir de la félicité.

Elles sont de plus en plus comme ça, nos rentrées des spectacles : de plus en plus décalées, billets achetés à l’automne pour exulter à l’hiver, au printemps, à l’été, voire à l’automne d’après (Adele, ce sera au Centre Bell les 30 septembre et 1er octobre). Les triomphes sont annoncés, ou alors prolongés. Ainsi, la célébration du grand retour sur scène de Jean Leloup se poursuit : à Paradis City avec ou sans l’orchestre, c’est plein en janvier, en février, et même aux FrancoFolies, en juin. Billets en main, ça piaffe.

Avec ou sans lancement

À l’opposé, pour la plupart des autres spectacles, les promoteurs vous le diront, les salles se remplissent de plus en plus lentement. Alors on fait comme on peut, stratégiquement. La formule du lancement-spectacle a la cote. Ainsi vivra-t-on les sorties des nouveaux Koriass, Radio Radio, Sarah Toussaint-Léveillé. Un Bernard Adamus présentera l’officielle première du spectacle Sorel Soviet So What en mars au Club Soda, mais il y a eu l’avant-première au dernier Coup de coeur francophone. Certains se protégeront des intempéries sous le grand chapiteau de Montréal en lumière : Thomas Hellman y proposera son Rêves américains : de la ruée vers l’or à la Grande Crise, Fred Pellerin son premier spectacle uniquement composé de chansons. Ils seront quand même plusieurs à oser la véritable première sans filet : Julie Blanche, Susie Arioli, Michel Cusson, Jordan Officer, Catherine Major, Coeur de pirate, et même un revenant souriant : René Simard. Et les « Forever Gentlemen », et Yoan le champion country local aux notes bââââssses, qui s’offriront rien de moins que le Centre Bell.

Soleil d’hiver

Montréal en lumière demeure le pôle d’attraction de la saison froide : que le temps vire au polaire ou pas, on sortira. La programmation extérieure n’est pas connue au moment d’écrire ces lignes, mais on sait déjà qui attire à l’intérieur. J’ai plus hâte à Zaz qu’à Lou Doillon, qui me suit le saura, mais on ira néanmoins vérifier ce qu’il en est sur scène : c’est là que ça se joue. L’affiche est franchement épatante côté anglo (ou chantant en anglais) : Thus Owls, Basia Bulat, The Seasons, Ron Sexsmith, Will Driving West, Foxtrott, Emilie Ogden, ça fait beaucoup de bon en peu de jours.

Mais la rentrée, là, maintenant, tout de suite ? Un certain calme, dirais-je. Il y a tout le temps de chouettes soirées dans les petits lieux, un Open Country de Mountain Daisies le deuxième mardi de chaque mois au Verre Bouteille, et de quoi se réchauffer au Divan Orange ou à l’indestructible Quai des brumes. N’empêche que pour ce qui est de la grande visite, c’est au compte-gouttes jusqu’au printemps, le calendrier du promoteur Evenko ne s’emballant vraiment qu’en avril.

Il y a bien le trio Muse, et l’idole Vance Joy, plusieurs soirs chacun en janvier au Centre Bell, et puis Blue Rodeo, Corb Lund et Black Sabbath en février, et j’en connais qui trépignent à penser qu’ils obtiendront les succès de Heart ET de Joan Jett et ses Blackhearts le même soir en mars, mais c’est à la fonte des neiges que ça déboulera. S’amèneront Iron Maiden, Rihanna, Duran Duran, Dream Theater et Hedley au Centre Bell, les cultissimes Saint-Germain et Father John Misty au Métropolis. De quoi tromper l’attente d’ici les grands festivals de l’été… et l’automne d’Adele.

Mais revenons à janvier. Tiens, je vous envoie au Corona, le 30 : Grand Baton et Lisa Fischer y seront. Lisa Fischer, formidable chanteuse soul, c’est la choriste parmi les choristes des Rolling Stones depuis des décennies, celle-là même qui oblige Jagger à se monter le Mick de plusieurs crans dans Gimme Shelter. Un show à elle, ça fera fondre les congères et tous mes congénères.