David Bowie, légende du rock, n’est plus

David Bowie de passage à Montréal en septembre 1997
Photo: Jacques Grenier Le Devoir David Bowie de passage à Montréal en septembre 1997

La légende du rock britannique David Bowie est décédée à 69 ans des suites d’un cancer, deux jours après la sortie de son 25e album, une nouvelle qui provoqué lundi la surprise et déclenché une pluie d’hommages à travers le monde.

«David Bowie est mort paisiblement aujourd’hui entouré de sa famille à l’issue d’un courageux combat de 18 mois contre le cancer», affichent les comptes Twitter et Facebook de la star britannique, dans un message daté de dimanche mais publié lundi.  

«Même si beaucoup d’entre vous partageront cette peine, nous vous demandons de respecter la famille pendant cette période de deuil», ajoute le message daté de Londres sans préciser où l’artiste, qui résidait à New York de longue date, est décédé. 

«Désolé et triste de dire que c’est vrai. Je serai déconnecté pendant un moment. Je vous aime tous», a confirmé son fils Duncan Jones en postant sur Twitter une photo en noir et blanc de lui bébé, juché sur les épaules de son père. 

Hommages

La mort de David Bowie est intervenue deux jours après la sortie vendredi de son 25e album, Blackstar, le jour de son 69e anniversaire. Véritable artiste caméléon, il montrait dans cet album qu’il était toujours décidé à surprendre, en se laissant aller à de séduisantes expérimentations jazz. 

Les hommages à l’exceptionnelle carrière de l’artiste pleuvaient lundi matin sur les réseaux sociaux, provenant aussi bien de ses fans, du monde de la musique que de personnalités politiques.

«J’ai grandi en écoutant et en regardant le génie de la pop David Bowie. Il savait se réinventer mieux que personne, il tombait toujours juste. Une énorme perte», a regretté le premier ministre britannique David Cameron sur son compte Twitter.

«David Bowie était l’une de mes principales sources d’inspiration, [il était] tellement courageux, tellement créatif, il nous a donné de la magie pour toute une vie», a estimé le rappeur vedette Kanye West, tandis que la chanteuse Madonna se disait «effondrée»

«Repose en paix, père de tous les fous. Jour extrêmement triste», s’est ému l’acteur américain Mark Ruffalo tandis que Russell Crowe tweetait: «J’aimais ta musique. Je t’aimais. L’un des plus grands artistes de scène à avoir jamais vécu.»

«Je viens juste de perdre un héros. Repose en paix David Bowie», a confié le présentateur Ricky Gervais, qui animait dimanche la cérémonie de remise des Golden Globes.

D’une famille modeste

Homme aux 1.000 visages -Né David Robert Jones le 8 janvier 1947 dans une famille modeste de Brixton, un quartier populaire du sud de Londres, David Bowie avait quitté l’école dès l’adolescence et accédé à la notoriété en 1969 avec Space Oddity, une balade devenue mythique sur l’histoire de Major Tom, un astronaute qui se perd dans l’espace.

Il avait ensuite multiplié les albums, changements musicaux et de personnages, s’amusant à se muer en homme aux 1000 visages en s’appuyant sur sa formation de mime et son goût pour le costume, la mode ou encore le théâtre kabuki. Bowie avait également fait plusieurs incursions dans le cinéma. 

Il avait enchaîné disques et tournées jusqu’au début des années 2000 mais un accident cardiaque en juin 2004 sur la scène d’un festival allemand avait mis fin à cette période très productive. 

Contraint alors à un long repos, il s’était fait rare dans les années suivantes mais avait récemment multiplié les projets: générique de série, comédie musicale, quelques apparitions comme sur le dernier album de The Arcade Fire, semblant redevenir celui qui dictait la mode dans les années 1970.

Après The Next Day, sorti en 2013, son 25e et donc dernier album, placé sous le signe d’une mystérieuse étoile noire (Blackstar), est traversé de batteries épileptiques, de coulées et d’explosions de saxophones - le premier instrument de Bowie - et d’une voix de velours diffusant tantôt la douceur tantôt une sourde inquiétude.

Album testament

David Bowie, jusqu'au bout, aura été inventif et décidé à surprendre avec son dernier album, Blackstar, mêlant rock sombre et expérimentations jazz, paru vendredi, seulement deux jours avant sa mort. 

«Je ne peux pas tout dévoiler» («I Can't Give Everything Away» chante celui qui a toujours entouré sa carrière d'un voile de mystère dans le dernier titre de ce dernier album paru le jour même de ses 69 ans. Un album pour lequel il n'a accordé aucune interview, illustré sur sa pochette d'une simple étoile noire sur fond blanc et accompagné d'un livret aux allures de faire-part, avec les textes écrits en noir brillant sur fond noir.

Son goût de la recherche et du contre-pied avait cette fois emmené Bowie du côté du jazz: ce disque ramassé (sept titres, 40 minutes environ), encensé par la plupart des critiques, est traversé de batteries épileptiques, de coulées et d'explosions de saxophones (le premier instrument de Bowie est omniprésent dans cet album) et d'une voix de velours diffusant tantôt la douceur tantôt une sourde inquiétude.

Bowie a pris plaisir à étirer et déstructurer ses morceaux, sans souci de s'en tenir aux trois ou quatre minutes du format pop-rock réglementaire. On y retrouve parfois certaines résonances avec des albums anciens, comme le singulier Low (1977) ou le cuivré Black Tie White Noise (1993) qui avait relancé l'artiste après des années 1980 difficiles pour lui.

Le titre Blackstar, morceau crépusculaire de dix minutes écrit par la star pour la série policière franco-britannique Panthers, donne le ton de l'ensemble du disque avec ses paroles sombres («Au jour de l'exécution/Seules les femmes s'agenouillent et sourient») et ses différentes ambiances, allant du free-jazz aux sonorités «orientalisantes» en passant par des allures de «messe noire».

Bowie, au soir de sa vie, n'a clairement pas visé le tube mais a gardé son goût pour la pop et le rock, sensible à travers certaines chansons plus accessibles. 

Il flotte ainsi dans l'intro de Lazarus un parfum de rock «cold wave» des années 80, quelques résonnances hip hop dans «Girls Loves Me» et une belle guitare mélodique dans le titre final, «I Can’t Give You Everything».

Avec Blackstar, l'idée n'était pas tant de faire un disque de jazz, mais «d'enregistrer un album de David Bowie avec des musiciens de jazz qui ne joueraient pas nécessairement du jazz», a récemment expliqué sur la radio américaine NPR Tony Visconti, producteur «historique» de la star.

«Il a eu dans son groupe un jazzman important pendant une ou deux décennies, Mike Garson, un pianiste de jazz très talentueux. Ainsi, il y a toujours eu une pointe de jazz dans certaines de ses productions antérieures. Et David connaît très bien les accords jazz», avait souligné son producteur.

Les fans pleurent

Au pied d'une grande fresque colorée figurant le visage de David Bowie à Brixton (sud de Londres), les fans de la star décédée, toutes générations et pays confondus, défilent lundi pour exprimer une tristesse et une admiration allant bien au-delà de sa musique.

«Tout le monde l'aimait. C'est un jour de tristesse», dit Julia, la petite quarantaine, venue en voisine de ce quartier populaire en voie de gentrification, où Bowie est né il y a 69 ans.

Elle prend une photo de la fresque, inspirée par l'album Thin White Duke, réalisée par l'artiste australien Jimmy C (James Cochran) peinte sur le mur d'un supermarché à Tunstall Road.

«Il est toute ma jeunesse, le défi aux stéréotypes sur le sexe. Pour les gays, c'était une lumière qui nous guidait et nous donnait de l'espoir. J'ai deux filles, et elles l'adorent», souligne Charlie Rice, 66 ans, lunettes fumées et écharpe colorée qui travaille pour une organisation caritative.

Nydia 45 ans, écrivaine anglaise, en pleurs, dépose fleurs et bougies, rallume celles qui sont éteintes. «Il était tout pour moi. Il a eu beaucoup d'influence sur ma vie, depuis l'âge de 11 ans. Si je n'avais pas eu David Bowie comme héros, je n'aurais probablement jamais été artiste», dit-elle.

Dagmar, 40 ans, graphiste, vient du Brésil. «Ce n'est pas seulement sa musique, ce sont ses actes, son style de vie, ce qu'il représentait pour chacun», dit-il.

Calvin Tsai, 23 ans, un étudiant taiwanais, renchérit: «Il est dans nos cœurs et on ne l'oubliera pas. C'est un grand musicien, je joue de la musique et il m'a beaucoup influencé.»

Clare Ronai 35 ans, comptable, a apporté des fleurs. Elle est en pleurs, avec son bébé dans la poussette. «Je l'ai découvert quand j'avais 12/13 ans, et on pense tous qu'on n'est pas normaux à cet âge. Et ils nous a aidés pendant toute cette période», raconte-t-elle.

Elle a habillé son bébé comme celui qui apparaît dans Labyrinth, le film où Bowie figurait le roi des lutins.

«Pour ma génération et celle de mes parents, c'est un tournant», souligne Julian Tung, 29 ans, gestionnaire de projet, bonnet enfoncé sur les oreilles, après avoir pris une photo.

Nell, la soixantaine, cheveux blancs et casque de vélo bleu à la main, est venue déposer un petit bouquet «C'était un génie», lâche-t-elle, débordée par une émotion qui l'empêche d'en dire plus.

New York

À New York, des larmes et des fleurs ont accueilli l’annonce de la mort de David Bowie, des fans émus venant se recueillir devant sa maison de Manhattan, et y déposer fleurs et bougies.

« Je suis désespérée, comme tout le monde » résume Pénélope Bagieu, 33 ans, une Française pleurant la légende britannique du rock décédée dimanche d’un cancer à 69 ans.

Certains étaient même arrivés avant l’aube, sitôt avoir appris la nouvelle. « J’ai réveillé mon mari, je lui ai dit " Steve, Steve, David Bowie est mort " », raconte Michelle Lynn, venue sur place avant d’aller travailler, avec des photos de David Bowie dans son sac à main. « J’étais une fan de toujours, mes amis aussi. On voyait bien sur les photos qu’il était émacié, on était inquiets, mais vous ne pensez jamais que ça puisse arriver… C’était un artiste génial à tout point de vue, toujours en avance sur son temps », ajoute-t-elle, en racontant qu’elle l’a vu souvent en concert, la première fois au Madison Square Garden. « J’avais été époustouflée », se souvient-elle.

Devant l’élégant bâtiment de brique rouge sur Lafayette Street à Soho, des dizaines de bouquets de fleurs, des bougies, des petits messages.

« Au revoir, David », dit sobrement celui de Pénélope, illustratrice venue de Brooklyn. « Merci David, que les Dieux nous bénissent tous », ajoute un autre, le premier déposé alors qu’il faisait encore nuit, avec un bouquet de roses blanches et une bougie près de la porte d’entrée.

Georgina Berrozpe, une Espagnole de 45 ans vit dans le quartier. Elle a écouté avant de venir une heure de sa musique. Elle se dit « extrêmement triste ». « C’était un musicien extraordinaire, entouré de gens excellents. J’ai grandi avec lui, il m’a fasciné depuis que j’étais petite » dit-elle, alors que des voisins vont et viennent, graves et sans un mot.

« Beaucoup copié, mais jamais vraiment égalé », résume un autre fan, sous le choc de la mort inattendue de cet « immense » musicien.

Remerciement de l'Allemagne

Le ministère allemand des Affaires étrangères a remercié David Bowie lundi dans un tweet d'avoir «aidé à faire tomber le Mur» de Berlin avec son titre mythique Heroes, un chanson phare de la Guerre Froide. 

«Au revoir David Bowie. Tu es maintenant parmi les #Heroes. Merci d'avoir aidé à faire tomber le mur», a écrit le ministère.

Cette chanson a été écrite alors que Bowie vivait à Berlin à la fin des années 1970 pour fuir sa gloire et sa dépendance aux drogues.

À cette époque, il avait observé au pied du mur de Berlin un couple d'amoureux s'embrassant, une scène qu'on retrouve dans Heroes comme un appel à l'amour pour surmonter les divisions : «Je me souviens, debout au pied du mur, et les fusils tirant au dessus de nos têtes, et nous nous embrassions comme si rien ne pouvait arriver.»

Il a aussi chanté ce titre lors d'un concert au pied du Reichstag, non loin du mur en 1987, si bien que des centaines de Berlinois de l'est ont pu l'écouter de leur côté du Rideau de fer.

Hommages à David Bowie

Voici les principales réactions au décès de Davie Bowie.

Paul McCartney, «David était une grande star et je chéris les moments que nous avons passés ensemble. Sa musique a joué un rôle décisif sur la scène musicale britannique et je suis fier en pensant à l’influence qu’il a eue sur la scène mondiale»
Madonna, chanteuse:«Je suis effondrée». «Talentueux. Unique. Génie. L'homme qui venait d'ailleurs. Ton esprit vit pour toujours.»

Kanye West, rappeur: «David Bowie était l'une de mes principales sources d'inspiration, (il était) tellement courageux, tellement créatif, il nous a donné de la magie pour toute une vie.»

Iggy Pop, chanteur punk-rock qui a collaboré avec David Bowie: «L'amitié de David était la lumière de ma vie. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi brillant. Il était le meilleur.»

Pharell Williams, chanteur: «David Bowie était un véritable innovateur, un véritable créatif. Puisse-t-il reposer en paix.»

Tim Peake, astronaute britannique, depuis la station spatiale internationale ISS: «Attristé d'apprendre que David Bowie a perdu sa bataille contre le cancer - sa musique était une source d'inspiration pour beaucoup.»

Russell Crowe, acteur: «J'aimais ta musique. Je t'aimais. L'un des plus grands artistes de scène à avoir jamais vécu.»

Brian Eno, musicien qui a collaboré avec David Bowie: «Les mots me manquent, repose en paix David Bowie.»

David Cameron, premier ministre britannique: «J'ai grandi en écoutant et en regardant le génie de la pop David Bowie. Il savait se réinventer mieux que personne, il tombait toujours juste. Une énorme perte.»

Boris Johnson, maire de Londres: «Terrible nouvelle que la mort de David Bowie, né à Brixton. Personne de notre époque ne mérite autant que lui d'être appelé un génie.»

Rick Wakeman, compositeur qui a beaucoup collaboré avec Bowie: «Comme vous pouvez l'imaginer, je suis dégoûté d'apprendre la mort David. Il a été une source d'influence et d'encouragement plus grande que je ne l'aurais jamais imaginé.»
Les Rolling Stones: «Nous sommes choqués et profondément tristes de la mort de notre cher ami David Bowie. C'était un homme à la fois merveilleux et gentil, et un artiste extraordinaire et original.»