Carotté, le punk trad à la ferme

Carotté trempe dans le punk, les reels et les airs de la tradition.
Photo: Anick Lafrance-Bolduc Carotté trempe dans le punk, les reels et les airs de la tradition.

Ils reprennent les reels et les airs de la tradition, mais les trempent dans le punk, et leur disque Punklore et trashdition fut réalisé au début de l’année par Vincent Peake de Grimskunk. Mais Carotté s’inspire également de la Bolduc et change parfois des textes qui sont interprétés par un chanteur à la voix éraillée et des répondeurs qui beuglent comme dans le métal. Ils sont bien installés dans la municipalité de Portneuf, même que Médé Langlois, guitariste et instigateur du groupe, est cultivateur maraîcher et producteur laitier à Neuville. Il est né dans le traditionnel et a grandi dans le punk. Swingez votre compagnie… avec de la distorsion pis de la grosse batterie sale !

« Les Langlois cultivent la même terre depuis leur arrivée en Nouvelle-France en 1667, raconte Médé. Je fais partie de la onzième génération. On fait des fruits et légumes, on a des vaches laitières et un magasin avec l’Économusée de la conserverie. Toute la famille cultive, et ça fredonne des reels. Mes oncles et mes grands-pères, ça jouait toute la gang. Même dans les années 1600, ça jouait. Le colon qui est arrivé icitte, c’était un cordonnier de Normandie, pis de père en fils, tout le monde a chanté, joué du violon, du banjo et de la guitare sèche. Icitte, ça a toujours joué de la musique depuis ces années-là jusqu’à aujourd’hui. »

Rencontre au marché

Un jour, Médé Langlois va vendre ses légumes dans un petit marché à Deschambault près de Neuville. Le groupe trad les Quêteux (à ne pas confondre avec celui du Lac-Saint-Jean) jouait sur le bord des tables. Le musicien-agriculteur leur propose de faire route ensemble. Carotté venait de naître, avec, d’un côté, Médé avec ses deux vieux complices du punk et son monde empreint de l’influence des Groovy Aardvark, Grimskunk, Bérurier Noir, Bad Religion et Nirvana.

À l’autre extrême, les membres des Quêteux, un trio issu du traditionnel : « On a commencé il y a environ huit ans, dit Étienne Bourré-Denis, le violoneux des Quêteux et de Carotté. Au début, on avait le groupe Tricoté serré de Saint-Ubalde avec mon oncle et le père et l’oncle des Lavallée, qui jouent aussi dans les Quêteux. On allait dans des jams traditionnels avec les vieux du “comté” et on a creusé pas mal là-dedans. On écoutait la Bottine Souriante, le Rêve du Diable et ce qui se faisait à ce moment. » Et quelles sont les principales influences d’Étienne comme violoneux ? « André Alain est au top de la liste, c’est le premier que j’ai écouté. C’était pas tout le temps propre. C’était joué un peu violent, brut. Il y a aussi Louis “Pitou” Boudreault. Tu retrouves une énergie métal là-dedans. Rythmiquement, ça cogne et c’est très rapide. André Alain était plus nuancé avec une sensibilité dans un jeu très rough. »

À cent milles à l’heure

Entre le trad et le punk, l’énergie brute est un fort point commun et le disque Punklore et trashdition le reflète bien. On joue à cent milles à l’heure comme dans le ska, on rentre dans le dash, on prononce à la québécoise, on construit des ponts de reels dans les chansons, on libère le violon et le banjo là-dedans, on chante a capella avant de plonger dans le plus heavy, on lance les chansons de party dans un joyeux esprit de simplicité et de déglingue avec un p’tit joint en fin de virée : « Tout le monde s’est présenté, pis on commence à s’amuser. Les musiciens vont s’accorder, les danseurs vont s’accoupler, pis c’est Médé qui va caller », chante-t-on dans Veillée chez Médé. Les textes sont parfois à l’avenant, mais il n’y a pas que ça. Dans Évolution, on traite de cet appétit dévorant qui nous aveugle trop souvent. Il s’en dégage du vrai.

Médé conclut : « Moi, ma guitare électrique, c’est vraiment ma guitare dans un son d’ampli pas de pédales. C’est du pur. On essaie d’aller chercher le vrai typique du punk et du trad.»

Carotté avec Les Gars d’ma Shop

Au Divan Orange à Montréal, dimanche 27 décembre à 20 h. À l’Anti à Québec, mardi 29 décembre à 21 h. Au Manoir de Pont-Rouge à Pont-Rouge, jeudi 31 décembre à 22 h.