Un concert en vagues et en ressacs

Le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin

Inutile de décrire à quel point nous attendions la 2e Symphonie de Rachmaninov par Yannick Nézet-Séguin après le massacre en règle de cette oeuvre par Yan Pascal Tortelier bousculant l’OSM en début de saison.

Dans une Maison symphonique archibondée, jusqu’aux places debout au balcon, le chef québécois a, en quelque sorte, remis les pendules à l’heure, mais sans que son interprétation apparaisse comme le miracle escompté. Si jamais il y avait un projet de disque à Philadelphie, il faudrait laisser s’écouler une période de maturation… et Dieu sait qu’avec Yannick Nézet-Séguin les choses évoluent vite (cf. sa vision de la 4e Symphonie de Mahler).

Si Yan Pascal Tortelier, avec brusquerie et outrance, avait voulu s’opposer à quelque chose, c’est probablement à ce type de vision très « profonde », mais finalement passablement doucereuse, de Rachmaninov. L’interprétation de Nézet-Séguin, un rien trop statique, est plus sculptée que faite de chair et de sang.

Rupture du flux

Le 1er volet synthétise toute la problématique. Quel est le flux ? Quel est l’ambitus des soufflets dynamiques (nuance de départ ; dynamique maximale atteinte) ? Quel sens donner aux nombreuses indications calando, c’est-à-dire une combinaison de diminution du son et de ralentissement ? Trop timoré sur l’intensité de l’avancée et les dynamiques, Yannick Nézet-Séguin exagère, au contraire, les passages calando, créant ainsi des ruptures du flux. C’est infinitésimal, mais fait une nette différence entre la « sculpture » susdécrite et l’intense expérience de vie du concert d’Ivan Fischer ici même ou du nouveau CD d’Andrew Litton, qui figurera dans quelques jours dans ces colonnes dans le top 10 des meilleurs disques de l’année.

Il y a aussi des tempos (lents au 3e mouvement) que l’on peut davantage se permettre avec les sonorités juteuses de Philadelphie qu’avec le Métropolitain, même très bien affûtés. Le point culminant de l’interprétation fut cependant le grand climax de cet Adagio.

Jan Lisiecki et Yannick Nézet-Séguin ont présenté une vision très personnelle et maniérée du concerto de Grieg, en succession de gros ressacs et emballements. Pour ma part je suis allergique à la préciosité dans l’interprétation de Grieg. La biographie de Lisiecki met en exergue une phrase du New York Times : « Un pianiste qui fait que chaque note compte. » Il ne faudrait pas en faire une sorte de « marque de fabrique » et, ainsi, oublier le compositeur et le style…

Jan et Yannick

Grieg : Concerto pour piano. Rachmaninov : Symphonie n° 2. Jan Lisiecki (piano), Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique de Montréal, dimanche 20 décembre.