Des montagnes, une île, une ville, des artères et même une adresse

Philémon Cimon
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Philémon Cimon
L’album instrumental électronique d’Organ Mood aurait pu se tailler une place dans le peloton de tête local, comme la chanson douce d’Ariane Zita ou de Félix Dyotte, le rock vintage de Marie-Pierre Arthur, ou les belles élucubrations de Philippe Brach et de Mehdi Cayenne. Mais il faut bien trancher. Ce qui ressort, c’est que par rapport à 2014, l’année qui vient de passer est moins rap, et plus pop et électro.

1. Les femmes comme des montagnes, Philémon Cimon. Le nouveau Philémon Cimon est arrivé comme un vent frais, avec ses refrains bonbons, ses mélodies qui s’incrustent. Et sous des airs d’été rétro se cachent des tourments, des dilemmes, des amours ambiguës et des textes rarement niais. On y plonge et replonge sans fatigue, même que plus on y va, plus le disque nous redonne. Stimulant, original, riche mais agréable, pop.




2. Une île, Jérôme Minière. Le vétéran de la chanson-électro livre sur Une île quelque chose comme la synthèse musicale de sa carrière, du plus doux au plus rythmé, du plus comique au plus personnel. On fait le tour d’Une île comme on regarde les rebondissements d’un film un peu bavard, mais qui nous remplit de plein d’émotions. ► Écouter «Bric à brac»


3. Peoplewatching, Socalled. Le sympathique rappeur juif montréalais est un habitué de ce palmarès. Son dernier disque rassemble encore plusieurs invités, dont Yves Lambert, et cumule les titres dansants et positifs. ► Écouter : Bootycaller ft. Josey Wales and Yves Lambert



4. 4488 de l’Amour, les Soeurs Boulay. Doucement, Mélanie et Stéphanie Boulay changent la direction de leur barque musicale commune. Des cuivres qui explosent, de la batterie plus marquée, et des mots qui touchent à d’autres sphères de l’émotif. La surprise du premier disque passée, les Soeurs Boulay restent ici pertinentes et touchantes.




5. Les grandes artères, Louis-Jean Cormier. Louis-Jean Cormier est un illusionniste. Pendant que l’on chante ses refrains velcro, qu’on se laisse porter par la vague d’émotion de ses pièces, lui nous lance des motifs de guitares complexes, des accords pas si simples, des structures pas banales, des orchestrations inspirées des grands de l’indie américain.




6. Little Mourning, Milk & Bone. Voilà une courte mais brillante bulle de 28 minutes proposée par les deux musiciennes Camille Poliquin et Laurence Lafond-Beaune. Leur monde est vaporeux, lent, et les rythmes électroniques se confrontent à leurs harmonies vocales impressionnantes. ► Écouter : Elephant



7. Joie d’être gai, Les Trois Accords. À coups d’albums sur les amours de tous acabits, Les Trois accords jouent, mine de rien, un rôle important au Québec : ils banalisent, voire glorifient la différence. Ici, l’homosexualité est un des prétextes pour faire rigoler et danser la compagnie. Ces chansons rock prennent un peu plus de temps à faire leur chemin que sur les précédents disques, mais ce disque plutôt grunge ne manque pas de mordant. Désolé aux voisins pour les chants sous la douche. ► Écouter : Dans le coin


8. À Paradis City, Jean Leloup. Disons ça ainsi : Leloup a connu une année plus magique que son disque. Un disque pas du tout mauvais, mais quand même pas sans failles. À Paradis City est hissé par quelques titres forts, mais qui tombent souvent dans la « formule Leloup », au demeurant très efficace. C’est la folie contrôlée de ces chansons qui les rendent si attrayantes, dans une époque musicale souvent beige.



9. Policy, Will Butler. Voici un disque de pur plaisir, qui se hisse ici parce qu’il stimule allégrement l’épiderme, bien plus que le cortex. Le Montréalais, membre d’Arcade Fire, s’est gâté pourri avec des chansons rock presque pastiches, qui ont du Talking Head ou du Violent Femmes dans le nez. On sourit, on swinge, on rebondit, on chante fort ! ► Écouter : Finish What I Started


10. A Taller Us, Foxtrott. Le premier disque de Foxtrott, alias Marie-Hélène L. Delorme, compte plusieurs chansons pop et électro qui n’ont rien à envier à plusieurs gros noms du genre. C’est efficace, simple, chaleureux et vraiment de son temps. ► Écouter : Beyond Our Means

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