En voyage intersidéral dans la musique de Patrick Watson

Patrick Watson : c’est de l’intelligence, de l’invention, de la musicalité extrême, de la beauté au superlatif, avec de l’habillage pour faire sourire.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Patrick Watson : c’est de l’intelligence, de l’invention, de la musicalité extrême, de la beauté au superlatif, avec de l’habillage pour faire sourire.

Magique Patrick, dit-on et redit-on toutes les fois où l’équipe à Patrick Watson foule une scène. Il nous a pris au mot, le gars dont le groupe porte son nom : un magicien s’amène (en l’occurrence Socalled), le temps de quelques tours. Et joue un peu de boogie au piano. Ça sourit dans le Métropolis : c’était le but. Attendre que ça commence, en souriant.

Et puis ça permet de distinguer magie et fantasmagorie. Ce n’est pas de la magie, du Patrick Watson : c’est de l’intelligence, de l’invention, de la musicalité extrême, de la beauté au superlatif, avec de l’habillage pour faire sourire. On retrouve au Métropolis de ce mardi soir sur la planète Terre les grandes ampoules sur longues tiges, et leurs froufrous, sortes de Rockettes extraterrestres pour le plaisir de l’étrangeté, qui avaient déjà envahi le Fairmount au spectacle d’essai de mai dernier, juste avant le lancement de Love Songs for Robots.

Je comprends à quel point c’est à la fois essentiel et accessoire. Le plaisir est dans la musique ET dans la possibilité de s’offrir en plus un décor out of this world (en anglais, c’est plus science-fiction). Pourquoi pas ? C’est ça, du Patrick Watson : le plein potentiel réalisé du pourquoi pas. Elles sont mélodieuses et ambitieuses en même temps, ces versions déjà réinventées des chansons de Love Songs for Robots et des autres albums : elles ont des choristes en plus (dont Marie-Pierre Arthur), et de l’amplitude dans les guitares de Joe Grass, et du groove soulful dans les lignes de basse de Mishka Stein, et ce cor français sorti de nulle part.

Chaque chanson un vaisseau

On se love dans ces arrangements comme dans un vaisseau spatial capitonné de tapis shag, on se surprend à reconnaître des airs prog, beatlesques et glam (la divine Grace a quelque chose de Sexy Sadie et de David Bowie époque Ziggy Stardust, ça fourmille de références exprès pour chatouiller le poil musical) : liberté de l’emprunt, joie de la reconstruction.

Hilare comme toujours, Pat de chez Pat Watson en chante une avec le picking acoustique de Joe Grass et une voix de choriste pour tout accompagnement (avec solo de scie égoïne, il est vrai). Oui, en faire moins, mais avec une touche singulière. Le bivouac d’après — Into Giants — est aussi tout simplement mené, mais avec un porte-voix, des harmonies complexes et du cor. La simplicité, c’est meilleur avec un surcroît de beauté.

À un moment, tout un tas de musiciens s’ajoute. Patrick Watson, c’est toujours ce grand luxe « d’amener du monde » pour que la musique déjà immense devienne encore plus vaste : des cordes ? Oui pour les cordes (les Mommies on the Run). On fera moins de profit, c’est tout, et la musique sera plus émouvante et plus fantastique. Et au milieu de la chanson immense, ça devient intime et flottant, ça se réduit à presque rien, caisse claire, ligne de basse, la voix de Pat, délicates cordes. Ça aussi, c’est permis.

Adventures in Your Own Backyard, avec les cuivres, les cordes, la cavalerie de Robbie Kuster à la caisse claire et les notes bâââsses de la guitare de Joe, est un véritable western spaghetti : la scène projetée dans les grands ballons n’en est pas moins bucolique et tendre. Tout peut coexister dans le vaisseau de Patrick Watson. Dans la poignante Know What You Know, il y a même Joe et Robbie dans leurs habits de lumière, tels des Elvis rayonnants : la délicatesse, les harmonies en canon n’empêchent pas l’éblouissement.

Et ça continue ainsi, sans jamais perdre la musique de vue : c’est l’étendue de la culture musicale du pianiste Pat Watson, l’incroyable cohérence du jeu de ces musiciens, qui permettent ces décollages, ces audaces, ces modulations extrêmes. Les effets ajoutent à l’amusement, n’enlèvent rien à ces constructions de génie. Ça va jusqu’au chaos, et puis ça revient à la douce mélodie, pas de problème : à ce degré de maîtrise, tout est possible. La preuve, l’instant d’après, Pat et Joe sont dans la salle, et Pat a son harnachement de lampes sur le dos (un peu comme à la place des Festivals, rappelez-vous). Tout le Métropolis fournit les choeurs, instants d’éternité.

Et ça repart en grand sur scène : je vous laisse là-dessus, tiens, tout ce spectacle n’a pas à être décrit, faut aussi le vivre. La prochaine fois, je vous raconte seulement le deuxième rappel.