Fred Pellerin, en dresseur de dragons

Au début de l’aventure, Fred Pellerin (ici lors du spectacle de 2013) avait « des connaissances très minces en musique symphonique », dit-il.
Photo: Pierre-Étienne Bergeron Au début de l’aventure, Fred Pellerin (ici lors du spectacle de 2013) avait « des connaissances très minces en musique symphonique », dit-il.

Kent Nagano et Fred Pellerin se rencontreront pour la troisième fois dans la semaine qui vient pour un concert de Noël. Ce rendez-vous biennal est très attendu : quatre représentations, dont une supplémentaire, se donneront à guichets fermés, et la magie sera transposée à l’écran grâce à la captation de la télévision de Radio Canada.

Fred Pellerin n’appréhende pas une quelconque difficulté à se renouveler. En entrevue avec Le Devoir, il juge l’expérience « très excitante ». « Comme c’est la troisième fois que nous collaborons, nous avons trouvé une façon de travailler ensemble. »

Pour lui, la première expérience, La tuque en mousse de nombril, présentait le défi de devoir « arrimer ces deux mondes ». « Je suis dans la spontanéité, dans des canevas dans lesquels j’improvise. Et à côté de cela, il y avait cette machine énorme qui vient avec des codes, des cadres, des partitions. » L’enjeu était de « ne pas faire deux spectacles en parallèle sous un même titre ». Pour cela, « il fallait écrire une forme de partition, qui allait inclure mes interventions, avec ouverture à l’improvisation, et celles de l’orchestre ».

Dans Le bossu symphonique, en 2013, la manière de coopérer étant établie, « nous avons pu pousser plus avant et savourer un peu mieux ». En 2015, partant « avec trois ou quatre marches d’avance », Fred Pellerin compte « pousser sur ce qui marche le mieux ».

 

La chose symphonique

Le dilemme menant à savoir ce qui prime entre musique et texte a été abordé par Salieri dans un opéra, Prima la musica, poi le parole (D’abord la musique, ensuite les paroles), puis par Richard Strauss dans son opéra Capriccio. Comme le personnage de Mozart dans Amadeus, Fred Pellerin s’oppose à Salieri, car ses spectacles reposent sur l’adage Prima le parole, poi la musica…

« J’arrive avec quelques histoires que je résume en cinq minutes. Nous choisissons l’histoire et ensuite, je construis un canevas élaboré, une architecture, avec des moments où l’on peut intégrer l’orchestre. » C’est à ce stade que débute l’interaction. « Là, l’OSM peut me dire : “Ce serait bien, aussi, d’illustrer ce sentiment-là avec telle musique.” Nous essayons des musiques. Je reçois quatre propositions pour tel ou tel moment et on en discute. » Parmi les critères, le choix des oeuvres comprend notamment la possibilité de faire imbriquer parole et musique, comme en un fondu enchaîné.

« Je suis fier des deux spectacles ; je m’en pète les bretelles, autant des lives devant public que des captations que Radio-Canada en a faites. Nous sommes arrivés à trouver une belle forme où les deux choses se sont rencontrées en produisant des flammèches nouvelles. Maintenant, on se met de la pression, parce qu’on n’a pas le goût de taper en dessous. »

Fred Pellerin a trouvé ses marques, mais reste réaliste quant à la liberté du conteur : « Je me suis aussi rendu compte, en côtoyant cet immense bateau qu’est la chose symphonique, que l’on ne peut jamais la conduire. C’est une bête trop immense pour l’atteler, mais je sais la côtoyer un peu mieux. Si j’étais dresseur de dragons, mon jeu ne serait pas d’empêcher le dragon de cracher du feu, mais d’apprendre à viser le feu à la bonne place. » Avant de conclure, philosophe : « Mais je sais que le dragon n’est pas méchant ! »

Mégabrosse

En présentant le millésime 2015, Il est né le divin enfin !, Fred Pellerin nous dévoile que « l’amorce est autour du fait que c’est le 150e anniversaire du village ». Mais il y a deux écoles de pensée : « Certains disent que c’est le 150e et d’autres disent que c’est le 149e, car il y a une année qu’on n’est pas sûrs si c’est arrivé ou non. » Pellerin va nous dévoiler « ce qui amène au flou historique autour de cette année-là, amnésie qui serait due à un réveillon de Noël qui aurait duré une année ; une brosse d’un an, en quelque sorte ».

Il n’est pas encore question d’exporter ce rendez-vous en France, mais le conteur trouve que « ce serait le fun de le montrer, car il y a une fierté d’avoir construit la façon de travailler et d’avoir créé la rencontre entre [s]on art oral et cette grande chose symphonique. » Cela pourrait marcher selon lui :« La musique franchit très bien les frontières, et mes histoires rencontrent les Français. Quand je raconte avec orchestre, l’image est rendue impressionniste. Quand je parle d’une tempête de neige et que l’orchestre nous fait une tempête de neige en musique, on dépasse le langage. »

Et dire qu’au début de l’aventure, Fred Pellerin avait « des connaissances très minces en musique symphonique ». « J’ai toujours été très honnêtedessus : “Je n’y connais rien, apprenez-moi tout !” Mais j’aime la musique et j’aime apprendre des choses. J’ai eu l’occasion immense d’avoir un guide, maestro Nagano, pour m’apprendre à aimer cette chose-là en étant assis parmi l’orchestre. » Et le bon disciple s’est rendu compte « qu’il y avait quelque chose d’ouvert qui poussait par en haut ».

Fred Pellerin apprécie la volonté de Kent Nagano « de nous apprendre à trouver le jus qu’il y a dans cette musique-là encore aujourd’hui ». Lui, qui écoute de la musique sur la route, se reconnaît surtout « dans les chopineries, les schuberteries, quand on se trouve devant un piano solo. J’aime ce dépouillement comme j’aime la Sérénade de Schubert dans une boîte à musique d’enfant ». Émerveillé, donc, comme en 2011, au premier jour de cette folle aventure.

Il est né le divin enfin !

À la Maison symphonique de Montréal. Mise en scène : René Richard Cyr. Les mercredi 9, vendredi 11 et samedi 12 décembre (le 12, à 14 h et à 20 h). 514 842-9951. Diffusion en direct le 12 décembre sur le site Web d’ICI Musique. Diffusion à la télévision, le 20 décembre à 20 h.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 5 décembre 2015 01 h 55

    Nous avons besoin de vous

    Pourquoi vous dites dresseur et pas dompteur, il est pourtant tellement gentils ce poete, je l'imagine mal en dresseur,ni meme en dompteur, il a raison d'éprouver de l'émotion pour tous ce qui est simple, pour l'enfant que nous sommes et demeurerons toute notre vie, de vouloir laisser a d'autres les grands délires, dans le fond il a tout simplement l'intelligence de retourner a l'essence de la musique, de la musique de nos origines, du murmure émergeant de notre inconscient, nous vous aimons poete de la simplicité et du beau, nous avons besoin de vous