La sculpture sonore de Foxtrott

Foxtrott est le projet de la Montréalaise Marie-Hélène L. Delorme, qui lance un premier disque complet après un minialbum célébré par la critique.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Foxtrott est le projet de la Montréalaise Marie-Hélène L. Delorme, qui lance un premier disque complet après un minialbum célébré par la critique.

Il y a des artistes incandescents qui, dès leur adolescence, plongent tête la première dans la musique et finissent par trouver leur véritable identité au fil des expériences. L’histoire du projet Foxtrott de la musicienne Marie-Hélène L. Delorme est complètement à l’opposé de ce cas de figure. À l’âge de 30 ans, après avoir longtemps travaillé dans le son et le cinéma, l’artiste apparaît avec A Taller Us, un premier disque complet de chansons pop-électro sur lequel la chanteuse dit avoir réussi à dépeindre « à 100 % » la musique qui la hantait.

Delorme n’est pas complètement une nouvelle venue sur la scène montréalaise. Les amateurs de Bernard Adamus se souviendront de son remix de la pièce Rue Ontario, alors signée sous le nom MHMHMH. Avançant à tâtons à coups de petits projets — elle appelle ça « une tranquille progression » —, Delorme a pris en 2012 la décision de lancer au grand jour son projet Foxtrott, avec un minialbum de trois titres qui a attiré beaucoup d’attention ici et aussi à l’international. A Taller Us en est l’aboutissement, et est lancé sur l’étiquette One Little Indian, la même que Björk.

Lorsqu’elle était petite, ses parents aimaient bien le jazz et la musique classique. Mais elle a plutôt créé son propre chemin de mélomane, en dehors des influences de ses amis, un peu en vase clos. Elle pigeait dans les vieux vinyles de soul que ses parents n’écoutaient plus (elle voue encore un culte à Stevie Wonder et à son Songs in the Key of Life). Puis dans son walkman, elle s’est gavée de rap, Tupac en tête, de dancehall et de vieux reggae, dont elle garde surtout les textures dans sa musique aujourd’hui.

Sur ses pièces, Foxtrott réussit à faire la quadrature du cercle. Elle offre des titres accrocheurs, qui ont la structure de chansons très pop mais qui sont issus d’un monde électronique. Pour ajouter à l’exploit, A Taller Us dégage une chaleur étonnante pour ce genre musical.

« Des fois, les gens disent que je fais de l’électro, mais ça veut rien dire au fond, dit-elle, installée dans la bulle accueillante de son studio de la rue Van Horne. Ce que je sais, c’est que c’est relativement accessible, et je pense que c’est aussi rythmique que mélodique, c’est pas vaporeux. Dans tout ce que j’ai fait, j’ai travaillé la chaleur, j’étais tannée de l’électro froid, éthéré. J’avais besoin de chanter avec quelque chose qui vient plus du coeur. »

Simplicité et géométrie

Chaud, rythmique, mélodique, voilà qui résume bien A Taller Us. Et on pourrait ajouter simple, car Delorme n’a pas multiplié les épaisseurs de sons et les arrangements riches. Selon sa philosophie musicale, il vaut mieux avoir le bon son que de les multiplier. « J’ai travaillé beaucoup là-dessus, pour garder ça efficace. Si le son est vraiment beau et à sa place, et qu’il transporte la bonne énergie, t’as besoin de rien d’autre. »

C’est d’ailleurs souvent elle qui crée ses propres échantillons, en les enregistrant, puis en les modifiant de mille et une façons, jusqu’à ce que le moindre « bip » lui plaise. « Je peux passer autant de temps sur un son de tambourin que sur les paroles. J’imagine que ça vient de mon background, j’ai un rapport au son important, je peux les manger, les sons ! Je les vois dans l’espace, je vois leur personnalité, leur style. »

Et ils apparaissent en couleur aussi ? « Non c’est plus des formes ! avoue-t-elle en rigolant. C’est comme des sculptures en mouvement. Souvent j’ai dessiné mes chansons avant de les écrire. Quand je pense à des arrangements, je vois un triangle qui bouge, puis deux cylindres qui font ça. Et je sais exactement comment les reproduire quand j’arrive devant mon bureau. »

C’est un peu la raison pour laquelle la trentenaire chante en anglais. Oui, ses vies professionnelles et amicales se déroulent dans les deux langues depuis longtemps, mais les chansons qu’elle voyait dans sa tête demandaient ces fréquences de chant, ces formes géométriques. « Si je chantais en français, ça sonnerait différemment. Je ne pourrais pas reprendre une des instrumentales et changer la langue. Pour moi, c’est comme changer de pinceau. Mais j’aimerais faire l’exercice, par contre ! »


Beyond Our Means - Foxtrott

A Taller Us

Foxtrott, One Little Indian

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