Révélation de l’année? Philippe Brach se révèle tout le temps!

Que le dernier Gala de l’ADISQ l’ait bombardé Révélation de l’année, pris au pied de la lettre, ravit Philippe Brach tout en le faisant rigoler.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Que le dernier Gala de l’ADISQ l’ait bombardé Révélation de l’année, pris au pied de la lettre, ravit Philippe Brach tout en le faisant rigoler.

Il y a un moment dans Né pour être sauvage, la première chanson de l’album Portraits de famine, après l’intro, où ça explose. Jusque-là, ça n’avance pas énervé, et puis, comme dit Philippe Brach, « ça clenche ». Un solo de dément. Pas longtemps. Juste assez pour que « sauvage » ne soit pas un vain mot.

«C’est Louis-Jean [Cormier, réalisateur de l’album et amateur de modulations extrêmes depuis Karkwa] qui s’est lâché, on a gardé la première take. C’était ce que ça prenait. C’est en plein dans la vision de la chanson. Pas trop de retenue, pas trop de doutes. Louis-Jean n’a pas réfléchi, il a joué. Né pour être sauvage, c’est l’instinct qui clutche, t’as pas à te poser de questions, tu vis ce que t’as à vivre. »

Ça en dit aussi long sur Cormier que sur Brach. Sur l’importance chez l’un comme chez l’autre du relief dans le paysage d’une chanson. Relief accidenté, relief accidentel. « Ça représente pas mal qui on est. Lui et moi, mais pas juste nous autres. Dans la vie, personne est à l’abri de péter une coche. Et une chanson est pas à l’abri d’un gros solo ben garage, en plein milieu. Une chanson, c’est une représentation de la vie quand elle est vécue à plein. »

Tout l’album — le deuxième de Brach, après un minidisque en 2012 — est ainsi extrême : extrêmement insaisissable dans Né pour être sauvage, extrêmement tendre dans Alice, extrêmement pas bien dans Monsieur le psy, extrêmement gelé dans Héroïne, en extrême sevrage dans D’amour, de booze, de pot pis de topes, extrêmement conscient de l’impuissance devant la maladie dans L’amour aux temps du cancer, extrêmement désabusé dans Divagation parlementaire… Et ainsi de suite. Pas de tiédeur, jamais. « Des chansons où je me plains que je trippe pas sur ma vie, c’est cool, mais sept de suite ? Pour moi, c’est normal que mon album, tu puisses pas l’écouter en mangeant, à moins de toujours te lever pour aller skipper une toune. J’aime que ce soit ça, c’est représentatif de ma personne. »

Brasser les gens

« Je suis composé de tout ça, continue-t-il. La chanson la plus impertinente comme la plus pertinente, c’est moi. Même quand je joue un personnage, où quand je raconte une histoire qui est pas la mienne, c’est encore moi qui me révèle. »

Que le dernier Gala de l’ADISQ l’ait bombardé Révélation de l’année, pris au pied de la lettre, ça le ravit tout en le faisant rigoler. « Je fais rien que ça, me révéler ! » À prendre ou à laisser. C’était déjà vrai quand je l’ai vu pour la première fois, aux demi-finales des Francouvertes, en 2014 (j’avais raté les chapitres précédents, Cégeps en spectacle, sa participation pourtant remarquée aux auditions de Star Académie) : je l’avais trouvé trop échevelé, le frisé. Rebutant de liberté trop assumée ? « T’as pas été le seul ! Je suis quelqu’un qui peut être assez trash, et des fois ça flirte avec l’arrogance. J’aime assez l’idée de brasser un peu les gens dans leur confort d’écoute. »

On se dit qu’au beau milieu de la grande fête de l’ADISQ, l’autre dimanche, avec Galaxie et Louis-Jean Cormier le temps d’un grand coup de pied dans le confort télévisuel ambiant, il était parfaitement à sa place. Non seulement c’était dans le prolongement naturel de l’album — où il y a non seulement Louis-Jean, mais aussi Pierre Fortin, le batteur de Galaxie, et Pierre Girard, le preneur de son attitré de tout ce joli monde —, c’était littéralement sa famille de musique. « C’était une grosse tape dans le dos, de la part de musiciens qui ont été importants pour moi et qui me traitent pas comme un ti-cul. Pas de farce, j’étais sur la scène de l’ADISQ avec Fred Fortin ! Fred ! C’est de là que je viens, moi. Je viens de Fred Fortin ! »

Ça fait du bien d’être à plusieurs, en ces temps où les artistes sont en mode survie. « Tu te dis forcément : tant qu’à pas vivre de ça, je vais faire ce qui me fait tripper sans concession. Mais je suis sans limites de toute façon. »

À la première montréalaise de jeudi au National, on est avertis : il peut se passer n’importe quoi. « Je fonce tête baissée. Si ça se passe pas, c’est pas plus grave que ça. »

En spectacle au National, jeudi 19 novembre, à 20 h 30.