Le doux cocon de Saratoga

Sans tambour ni trompette, Saratoga a multiplié les concerts depuis mars. Ils termineront l’année avec une cinquantaine de spectacles derrière la cravate.
Photo: Flamme Sans tambour ni trompette, Saratoga a multiplié les concerts depuis mars. Ils termineront l’année avec une cinquantaine de spectacles derrière la cravate.

C’est tout délicat dans nos oreilles, Saratoga. C’est seulement deux musiciens et leur instrument acoustique, deux coeurs qui palpitent ensemble, sur disque, sur scène et aussi dans la vie. C’est tout petit, mais c’est un doux cocon folk où il fait bon passer du temps.

Saratoga, c’est le projet de la chanteuse et guitariste Chantal Archambault et du chanteur et contrebassiste Michel-Olivier Gasse, qui joue entre autres avec Dany Placard et Vincent Vallières. Deux musiciens qui vivent ensemble, et qui, pour remplir le temps entre les concerts et les concerts, ont décidé de plonger ensemble dans une autre aventure musicale.

« À la base, ça se voulait juste un prétexte, raconte Gasse au bout du fil. C’était une espèce de gage, de défi. On est-tu game de faire de quoi de vraiment tout nu ? » Parce qu’au-delà de leurs voix mélangées et de leurs instruments, il n’y a rien d’autre dans Saratoga. Pas de batterie, pas de clavier, pas de violons. De la chanson folk toute nue, pas de bas.

Ce qui demande une certaine dose de courage. Les deux ont décidé de plonger, tard un soir au motel Turf Spa à Saratoga, en chemin vers New York. C’est d’ailleurs dans ce même lieu hôtelier que se déroule l’histoire de la pièce Saratoga, tirée de leur premier minialbum paru il y a quelques mois. « Ta beauté en cadeau de bienvenue à Saratoga / Un mirage qui s’offre à moi comme un rest area / Comme un bar ouvert / Qui sait recevoir / Comme la promesse d’un moment qui pourrait finir tard. »

Paroles d’amour qui pourraient presque s’appliquer à la création de leur groupe. Parce que pour l’instant, les choses pourraient « finir tard » pour Archambault et Gasse, qui sans tambour ni trompette ont multiplié les concerts depuis mars. Ils termineront l’année avec une cinquantaine de spectacles derrière la cravate, compte Michel-Olivier Gasse, la plupart donnés dans de petits lieux de diffusion, des bars ou même des maisons.

« On a la chance inouïe d’avoir deux voix qui vont très bien ensemble. Et cette surchance encore plus inouïe que les gens en aient quelque chose à crisser de nous autres, rigole celui qui est aussi auteur et qui a publié deux livres aux éditions Tête première. Dans le sens où les tounes à Chantal parlent de ses histoires d’amour, moi je raconte mes affaires… tu es quand même avec deux des personnes les moins mystérieuses en ville ! Mais les gens viennent, acceptent et en redemandent, moi je trouve ça renversant. »

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Si leur minialbum ne fait que cinq chansons, Saratoga a déjà du matériel suffisant pour faire un concert complet. Chantal a pigé dans son répertoire, Michel-Olivier a refait quelques titres de son autre groupe, Caloon Saloon, et quelques titres originaux trouvent leur place sur scène, comme une reprise d’une chanson de Sunny Duval.

« À partir du moment où ça se passe entre nous deux, et qu’on se rend au bout de la toune, c’est que c’est rendu un morceau de Saratoga. On choisit aussi selon l’esthétique et les thématiques, ça ne peut pas parler de motocross, genre. Mais c’est vraiment une affaire de feeling, de confort. On veut que le monde soit bien, que les gens repartent un peu amoureux, mais sans que ce soit cheezy. Tu ne taperas pas des mains, mais peut-être du pied, ou tu hocheras la tête. »

Les tourtereaux n’ont pas voulu trop jouer la carte du couple, d’une part pour éviter les dérapes sirupeuses, mais aussi pour se protéger, en quelque sorte. « Ça peut être très dangereux, mais c’est en même temps ben stimulant, dit le contrebassiste. En fait, ç’a été de l’essai et erreur. Notre deuxième spectacle a été désastreux. Ç’a n’a pas été si pire pour le public, mais nous, on en a eu pour cinq jours sans vraiment se parler après ce show-là. Mais on apprend beaucoup. Et ce qu’on apprend dans le groupe est super bénéfique pour le couple, et ce qu’on apprend en tant que couple, qui passe le cap des trois ans, c’est bénéfique pour le groupe également. »

Les mois d’hiver serviront à la création, chez les Archambault-Gasse, qui viennent de quitter leur Villeray chéri pour un petit village sur la rivière des Outaouais, loin du bruit et des tentations. Lui veut donner une suite à sa série de romans, elle doit enregistrer un disque pour son projet solo, et les deux veulent aussi s’attaquer à un album complet de Saratoga.

« Je m’en vais justement faire une soumission pour un poêle à bois et une cheminée, qui sont brisés dans notre nouveau chez nous. Gageons que je passerai beaucoup de temps devant ce feu-là pour inventer des affaires. » Y’a rien comme un cocon pour en créer un autre.

Saratoga

En concert au Verre bouteille dimanche 15 novembre, 20 h, 12 $.

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