Lynda Thalie, au-delà de l’image

Au Rialto, Lynda Thalie interprétera quelques-uns de ses classiques, mais aussi des coups de cœur de jeunesse et de ses chansons qu’elle n’a jamais interprétées.
Photo: Crila Au Rialto, Lynda Thalie interprétera quelques-uns de ses classiques, mais aussi des coups de cœur de jeunesse et de ses chansons qu’elle n’a jamais interprétées.

Lynda au Festival du monde arabe (FMA), c’est un peu le retour aux sources de la décennie précédente. À l’époque, elle était la chanteuse « communautaire » au talent brut, à la voix puissante et au lyrisme maghrébin. Elle a depuis, parcouru le monde entier en oscillant musicalement entre la chanson pop franco, l’euro dance, l’Afrique du Nord et la Méditerranée. La voici ce vendredi au Rialto dans une véritable ode à la femme, accompagnée par le groupe montréalais OktoEcho sous la direction de Katia Makdissi-Warren. Au-delà de l’image de la femme orientale sensuelle, l’artiste pourrait surprendre.

« On n’enlève jamais la communauté de l’origine, mais je suis toujours dans cette ligne entre le mainstream et l’underground. J’ai l’impression que ma mission artistique est de trouver l’équilibre là-dedans, ce qui n’est pas toujours le cas, je l’avoue. Avant, j’étais très Radio-Canada, puis j’étais du côté de Québecor avec [l’étiquette] Musicor, et cela a fini par se balancer. Moi, je suis toujours la même fille, à mélanger mes origines et mes acquis. »

Cette année, Lynda est l’interprète d’Hilarus delirus, la chanson thème du FMA. Elle se plonge dans un délire vocal nouveau pour elle. Cela annonce-t-il une autre facette de sa personnalité pendant le concert ? « Ce qu’on a vu de moi, et c’était peut-être travaillé ainsi, c’est tout le mystère de l’Orient. On dirait qu’il y a toujours eu une certaine sévérité dans l’approche, et les gens m’ont dit que j’avais l’air inatteignable, mais dans la vie, je suis un véritable clown, je n’ai pas peur du ridicule, j’ai un instinct très rebelle et je doute terriblement de tout. J’ai des moments de folie où je plie bagage et je pars en voyage. Donc, oui, les gens vont découvrir une fille qui ose dans la vie, la fille volontaire en arrière de tout ça. »

Le FMA n’est pas un lieu d’exotisme, et les thématiques annuelles qu’il a soumises depuis ses débuts (Razzias, Prophètes rebelles, Harem, Charabia, etc.) apparaissent comme autant d’idées fortes dont l’objet est de provoquer et de faire réfléchir. Cette année, l’affiche du Harlequin décapité jouant du violon avec un sabre, la tête hilare sur le plancher, a suscité nombre de remous. Comment Lynda a-t-elle réagi à cela ?

« Lorsque j’ai vu l’affiche, ça m’a fait peur, mais il faut choquer un peu. L’art a toujours été porteur de ce vent de changement. Quand on a un micro à la bouche ou un pinceau à la main, on pourrait ne dessiner que des fleurs et dire que tout va bien ou on pourrait choquer et changer le monde. On pourrait être un peu Picasso. On pourrait déformer, être subjectif. C’est sûr que là, ça a été très fort et tout le monde est un peu choqué de voir la tête du clown par terre, mais avec tous les Charlie et tout ce qui se passe dans le monde au niveau des droits de la personne, c’est bien qu’on puisse rire de nous-mêmes, que les Arabes puissent rire d’eux-mêmes. »

Au Rialto, Lynda la rose des sables interprétera quelques-uns de ses classiques, mais aussi des coups de coeur de jeunesse et de ses chansons qu’elle n’a jamais interprétées ; cela avec piano, oud, contrebasse et percussions pour mettre en valeur des textes qui ont plus d’importance qu’il n’y paraît. « En fait, dans chacune de mes chansons, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de coup de poing », dit-elle. « Prends une chanson qui paraît complètement légère, comme Big Bang. Pour moi, c’est vraiment aller à la naissance de l’univers. On parle de religion, mais moi, je suis agnostique. De porter cela dans la chanson, c’est comme si je disais ce que je pense de la naissance de l’humanité. Pour un musulman qui a connu la guerre religieuse, le mot big bang a une autre signification. De dire le mot, rien que ça, c’était porteur pour moi. Au fil du temps, en réécoutant mon répertoire, j’ai l’impression que j’ai été beaucoup plus revendicatrice que ce que les gens ont compris de moi. »