Les bulles de Rosie Valland

«J’habite dans un 2 et demi, alors mes chansons commencent là, et la seule affaire que je veux, c’est de remplir ma pièce, d’être bien là-dedans », raconte la chanteuse Rosie Valland.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir «J’habite dans un 2 et demi, alors mes chansons commencent là, et la seule affaire que je veux, c’est de remplir ma pièce, d’être bien là-dedans », raconte la chanteuse Rosie Valland.

Des bulles, on dirait qu’il y en a un peu partout dans le parcours musical de la jeune Rosie Valland, 24 ans, qui a fait paraître il y a deux mois un premier disque complet de folk-rock, Partir avant. Bulle de création, bulle en écoute. Et aussi bulle sur scène pour celle qui partage l’affiche du Lion d’Or avec Safia Nolin, ce soir, dans le cadre de Coup de coeur francophone.

C’est elle qui l’a dit dans la première phrase de notre discussion, elle veut « partager cette bulle-là ». Partir avant est effectivement un monde uni, enrobant, planant et assez sombre, chanté avec un je ne sais quoi de granuleux. On pense rapidement à Salomé Leclerc et à Peter Peter, maîtres de ce genre d’énergie. Valland, qui fait coïncider le début de son parcours artistique avec ses dix mois passés à l’École de la chanson de Granby, y raconte une rupture amoureuse difficile.

« Ce qui est fou, c’est que d’habitude, un premier album, c’est fait de chansons que tu traînes depuis six ans. Là, c’est pas ça pantoute, j’ai écrit l’album dans une période de deux mois. C’est fou comment les tounes arrivaient. Il fallait que je le fasse. Je dis toujours que c’est un dialogue qui ne s’est pas passé, c’était une coupure. J’avais plein de choses à dire. »

Jeune, Rosie Valland a d’abord appris le piano. Elle a d’ailleurs un long tatouage de clavier sur l’avant-bras droit. Mais pour la création, elle a préféré délaisser son instrument de prédilection pour la guitare. « Au piano j’étais vraiment dans les patterns très classiques, toujours en train de rationaliser. Mais à la guitare, je pouvais juste me laisser guider par ce que j’entendais, ce que j’avais envie de faire et de dire, et de ne plus penser. J’habite dans un 2 et demi, alors mes chansons commencent là, et la seule affaire que je veux, c’est de remplir ma pièce, d’être bien là-dedans. »

Pour Partir avant, Valland a continué sa collaboration avec le multi-instrumentiste Jesse Mac Cormack, qui avait déjà participé à son minialbum lancé en 2014. « Avec le EP, ç’a été difficile avec lui parce que j’avais peur que ça lui ressemble trop. Là, je savais qu’il allait rien me “voler”, c’étaient mes tounes. Quand il arrivait avec une idée, je ne mettais pas le pied sur le frein. Go, on y va ! »

Le cocon du disque se poursuit sur scène pour Valland, qui a décidé de proposer une formule où elle ne parle pratiquement pas, et où le public plonge avec elle pour n’en ressortir qu’une fois le spectacle terminé. « C’est ce qui me fait triper dans la vie quand je vais voir des shows, dit la chanteuse. Des fois, je trouve ça dur à respecter, parce qu’on n’est pas encore habitués au Québec à ça. Les gens peuvent me dire “parle-nous !”, mais non, pas parce que je ne veux pas, pas parce que je suis snob, mais c’est parce que je veux proposer une bulle. Et quand je réussis, je trouve que le spectacle est encore plus fort. Je suis tellement au début, que si je commence à faire des compromis là-dessus maintenant, je vais me faire pogner dans un coin. »

Rosie Valland raconte, un peu amusée, que son public est surtout masculin. « En live, on n’est pas dans la dentelle, et c’est plus des métalleux qui viennent me voir ! On en rit souvent, je trouve ça cool, ça m’étonne, mais finalement, quand tu y penses, y a quelque chose de très musical, et je suis pas là pour m’excuser, c’est pas naïf. » Amour anarchie, comme disait l’autre.

Les gens peuvent me dire “parle-nous !”, mais non, pas parce que je ne veux pas, pas parce que je suis snob, mais c’est parce que je veux proposer une bulle. Et quand je réussis, je trouve que le spectacle est encore plus fort.

Partir avant

Rosie Valland Duprince, au Lion d’Or, ce soir, 20 h.