Gilles Bélanger, sa vie, son Miron, ses amis rapaillés

À vrai dire, jeudi soir, au Théâtre de Quat’Sous, le spectacle est devenu spectacle à l’arrivée de Michel Rivard.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir À vrai dire, jeudi soir, au Théâtre de Quat’Sous, le spectacle est devenu spectacle à l’arrivée de Michel Rivard.

Avec la version symphonique, on pouvait dire que c’était fini. Que la grande aventure des 12 hommes rapaillés avait vécu. Après le premier album, déjà, c’était mission accomplie pour Gilles Bélanger et sa belle équipe. Au-delà des plus déraisonnables attentes, les mots de Gaston Miron avaient retenti loin et fort, portés par des chanteurs de plusieurs générations, sur les musiques si simplement folk de Bélanger. Série de spectacles après série de spectacles, deuxième album, réinvention pour grand orchestre, apothéose à la Place des festivals, album de La symphonie rapaillée, c’était bel et bon. Et suffisant.

Et pourtant, nous nous retrouvions ce vendredi soir au Théâtre de Quat’Sous pour une sorte de rappel, un prolongement sous forme de chronique rapaillée : Prélude aux 12 hommes. Prélude ? Quelque chose qui s’apparente à un « Miron et moi », par Gilles Bélanger : pas loin de la conférence, pas loin non plus d’un épisode de la série Storytellers de VH1, avec des projections et des chansons. Un peu beaucoup le parcours de Bélanger, gars de Nouvelle, fils et petit-fils de forgeron, chansonnier de bars très influencé par Dylan, avec du Miron ça et là en chemin. Jusqu’à la genèse même du projet, né de musiques écrites sur les mots de Miron pour être chantées par Chloé Sainte-Marie, et relancé par une rencontre « sur une piste cyclable » avec Louis-Jean Cormier.

Bélanger... puis Rivard

Une heure de Bélanger par Bélanger, de Dylan par Bélanger, de Miron par Bélanger, et puis ensuite, pour la dernière demi-heure, un Rapaillé invité. Jeudi soir, c’était Michel Rivard. Il y en aura un par représentation (Martin Léon, Yann Perreau, Daniel Lavoie, ils ont tous dit oui) jusqu’à la fin finale du 19 novembre, avec tout le monde.

Ce qui fait beaucoup de Gilles Bélanger. Lequel était forcément le moins visible des 12 hommes rapaillés lors des grands spectacles, moins interprète que compositeur, pas aussi reconnaissable qu’un Vallières ou un Richard Séguin : je me disais vendredi soir qu’il est juste que ça lui revienne, que place lui soit faite le temps de cette résidence au Quat’Sous, histoire de souligner à quel point ce sont ses mélodies à la fois si belles et pas emberlificotées qui ont permis aux poèmes de Miron d’être si clairement entendus. Je me disais aussi qu’il en a sans doute besoin, et que ses Rapaillés ont également besoin de lui dire merci, chacun à son tour.

En avons-nous besoin autant que lui, autant qu’eux ? Je me posais aussi cette question, pendant la moitié très autobiographique du spectacle. J’avoue, malgré tout le mérite de Bélanger, que j’attendais un peu Miron, par moments, et j’attendais aussi Rivard. Oui, on comprend mieux l’intention, on entend les mélodies des Rapaillés à travers Don’t Think Twice, It’s All Right, mais est-ce bien nécessaire à la joie et à la pertinence des chansons que sont devenues Mon bel amour, Je marche à toi, Je t’écris pour te dire que je t’aime ?

À vrai dire, le spectacle est devenu spectacle à l’arrivée de Michel Rivard. L’interprète interprétait (les siennes, Lune d’automne, L’oubli, autant que celles de Miron-Bélanger, Le mémorable, Oh secourez-moi !), et Bélanger l’accompagnait joliment, à l’harmonica, aux harmonies. Ou alors Rivard s’offrait de jolis solos à l’acoustique, entourant Bélanger. Complicité, rigolade, on était avec eux, et avec Miron. C’était la rencontre souhaitée, pour ça qu’on était là. Et si le Rapaillé invité arrivait plus tôt, les autres soirs ?