Un hommage à Jacques Hétu

Le compositeur Jacques Hétu, en 2010, alors qu’un hommage lui était rendu à l’occasion de la remise des prix Opus.
Photo: François Pesant Le Devoir Le compositeur Jacques Hétu, en 2010, alors qu’un hommage lui était rendu à l’occasion de la remise des prix Opus.

Samedi à Pointe-Claire et dimanche à Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, le Métropolitain achevait une semaine de tournée dans les arrondissements avec un concert, Patriotes du monde, rendant hommage au grand compositeur québécois Jacques Hétu à travers une création confiée à quatre compositeurs. Nous sommes allés voir ce concert lors de sa présentation, vendredi, à la Maison symphonique.

Premier constat : même si la salle n’était pas pleine à craquer, le Métropolitain, dans un concert sans « blockbuster », sans soliste connu et sans Yannick Nézet-Séguin, avec un programme joué cinq fois ailleurs, parvient à remplir de manière plus que notable la Maison symphonique. C’est un motif d’intense satisfaction pour l’institution qui brille grâce à un homme, mais qui existe désormais, aussi, en dehors de lui.

La première personne surprise de l’hommage à Jacques Hétu, était sa veuve, qui jusque très récemment n’avait pas été mise au fait du projet ni du thème choisi, une mélodie de hautbois extraite d’Antinomie. Les grands anciens de l’orchestre étaient, eux, surpris du peu de passerelles faites par l’actuelle direction, notamment sur la place de Jacques Hétu dans l’histoire de l’orchestre et le fait qu’Antinomie fut la première oeuvre enregistrée par le Métropolitain. Effectivement, le chef en était Serge Garant et l’oeuvre (plus magique que les dérivés qui en ont été tirés) figure dans le coffret Anthologie de la musique canadienne.

 

Plaisante variation

Les Variations ne sont pas inintéressantes : ce sont quatre tableaux, dans quatre styles. La plus proche de la dualité tumulte-sérénité et des textures d’Hétu est Emily Hall. La variation de Denis Dion, très plaisante, est une sorte de musique urbaine à la Daugherty, dans laquelle le thème émerge à la fin comme une apparition. Dharmoo joue dans une cour très éloignée de celle de Jacques Hétu ; il y a beaucoup d’étranges atmosphères (entre insectes et miaulements) tout en cordes et harpes. Mais, dans le genre, c’est bien troussé. Champagne est fidèle à lui-même : une scène orchestrale roborative, qui évoque cette fois les Métamorphoses d’Hindemith.

Il aurait été fascinant d’écouter juste après une oeuvre « à tableaux » d’Hétu lui-même, par exemple Sur les rives du Saint-Laurent, ou l’un de ses nombreux concertos. Mais nous avons eu Yolanda Bruno, qui s’est vu remettre un prix par le Conseil des arts du Canada. Pas plus que lors de sa prestation avec l’OSM, je ne comprends ce qui fait l’attrait de cette artiste. De nombreuses petites scories émaillent son jeu (on en avait notre lot, vendredi, dans le 1er volet de la Fantaisie écossaise), le son projette peu (et c’est un Stadivarius à cinq millions !) et le jeu est peu vertébré.

Peu à dire sur les trois extraits de Ma patrie, à part le fait que c’est une bonne idée de jouer Sarka et Par les prés et bois de Bohème. Il y avait un peu trop de clarinette au début de La Moldau et d’excellentes flûtes un peu partout. Le hautboïste, aussi, s’était illustré dans les variations.

Patriotes du monde

Emily Hall, Denis Dion, Gabriel Dharmoo et Éric Champagne : Variations sur un thème de Jacques Hétu. Bruch : Fantaisie écossaise. Smetana : Sarka, Par les prés et bois de Bohème, La Moldau, extraits de Ma Patrie. Yolanda Bruno (violon), Orchestre Métropolitain, Julian Kuerti. Maison symphonique de Montréal, vendredi 23 octobre 2015.

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