Le concept est mort, vive Leloup

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

J’ai presque lu toutes les entrevues que Jean Leloup a données pour parler de la série de spectacles qu’il livre dans les prochains mois pour défendre son plus récent disque, À Paradis City, écoulé à quelque 85 000 exemplaires. Et puis bien franchement, je n’avais pas vraiment compris où le trublion s’en allait avec ses histoires.

On sait qu’il en fera quelques-uns seuls avec sa guitare, à Wilfrid-Pelletier, au Grand Théâtre à Québec et au Centre national des arts d’Ottawa, mais avant, il se plongeait avec orchestre dans le concept Splendeur et chute de Paradis City. Batterie, clavier, contrebasse et quatre cordes étaient sur la scène décorée de grosses marguerites, d’un soleil en carton et d’un escalier qui avait des allures de tremplin.

Il avait parlé à qui voulait l’entendre de cette ville inventée, de choc numérique, avec une approche presque de science-fiction, un monde peuplé de personnages. J’ai lu ça le sourcil froncé. Et puis jeudi soir, devant la bête, tout cet enrobage était franchement invisible et plutôt futile. Ce qui n’est pas du tout un problème en soi. Parce que Leloup a fait ce qu’il sait faire : jouer de la guitare. Et ce, sans répit, sans pause, sans parler au public, sans sparages… Exit le concept.

Splendeur et chute ? C’était peut-être les deux actes de ce spectacle donné devant une salle comble ? En tout cas, dans la première partie de la soirée divisée par un entracte, Leloup a misé sur ses gloires anciennes, ses bombes. Barcelone et Isabelle dès le début comme deux coups sur la margoulette du public, bim, bam ! Bon, il était un peu nerveux et a bien sauté quelques mots et raté quelque accords sur ces deux titres — qui ne sont pas simples à livrer, n’importe quel gratteux de guitare vous le dira —, mais tout est rentré dans l’ordre après, avec des titres comme Le dôme, Edgar, et un peu plus tard Le monde est à pleurer et Faire des enfants.

Avec lui, le quatuor à cordes a teinté ses chansons de différentes façons. Manière « Cowboys fringants » au début, souvent un peu arabisante, mais aussi avec une approche presque disco à la Bran Van 3000, sur Paradis perdu, entre autres. Sinon, c’est sur les épaules de Leloup que reposaient beaucoup de choses, car il était seul guitariste sur scène.

Mais plus la foule criait, plus il en donnait. « Encore ! Encore ! » a-t-il d’ailleurs dit au public, extatique, après une formidable Les fourmis, dans la deuxième partie de la soirée.

Au lever du rideau, le soleil du décor était devenu lune, et Leloup allait miser sur davantage de pièces d’À Paradis City. Est-ce ce qu’il considère comme la chute ?

Ce deuxième acte a en fait été à l’image du premier volet de la soirée. Les chansons se sont encore enfilées sans pause, Leloup guidant ses troupes d’un regard, d’un mouvement d’épaule, avant de transformer la fin d’un titre en début d’un autre. Peut-être savait-il que s’il commençait à jaser, il pouvait s’embourber ? En tout cas, avec son chapeau vissé sur la tête et son allure juste assez crackpot, il grattait, il grattait, réussissant à mêler lignes mélodiques et accords rythmiques, comme sur cette version fuzzée de Voyager, où il s’est permis un autre « Encore, encore ! ».

Encore ? De nouvelles supplémentaires ont été annoncées pendant le spectacle : il sera de retour au Métropolis les 5 et 6 février.

1 commentaire
  • David Cormier - Abonné 23 octobre 2015 09 h 22

    Leloup, dur à suivre

    J'ai acheté ce printemps le nouveau disque de Leloup et j'ai été agréablement surpris. Enfin, le bon vieux John The Wolf avait un peu retrouvé ses esprits après les errements des dernières années : "suicide" scènique de Jean Leloup, métamorphose en Jean Leclerc donnant lieu à un album très moyen, sortie d'un autre album assez moyen (Mille excuses Milady) après un retour à son nom d'artiste, projet The Last Assassins, puis hospitalisation pour surmenage, toutes ces étapes ayant été accompagnées de diverses entrevues brouillonnes dans les médias... Vraiment, je croyais que le bonhomme était fini et qu'il avait définitivement sombré dans l'abîme du rêve.

    Mais son nouvel opus m'a redonné confiance et j'ai enfin retrouvé un Leloup qui était un peu retombé sur terre. Son album m'a beaucoup plu, et J'ai donc décidé de me procurer des billets pour son spectacle, que j'irai voir en février. Depuis, j'ai de nouveau eu des doutes sur sa lucidité et j'ai comme presque regretté mon achat de billets : j'ai lu une entrevue dans La Presse où Leloup était retombé dans un délire total et où il expliquait le concept de son spectacle (franchement, je n'ai rien compris). J'espère que ce délire n'était que de la frime pour faire capoter les journalistes.