Concerts classiques - Bel effort sans conséquence

La VIIIe Symphonie de Bruckner est en soit en monument qu'à tout âge on appréhende et continue à découvrir. Il faut bien la diriger une première fois quand on est chef, surtout hors des grands circuits où l'on pourrait se voir trop sévèrement jugé, avec un orchestre relativement sympathique à sa cause et qui ne saura pas trop quoi redire de votre vision de l'oeuvre car il ne l'a pas encore montée, surtout sous des baguettes expérimentées. Voilà ce qui teinte cette présentation de début d'hiver de L'Orchestre métropolitain du grand Montréal (OMGM).

Cela veut dire qu'il y a des réserves au concert d'hier soir, beaucoup, mais qui se voient toutes teintées d'une sorte de joie qui consiste à savoir que, malgré la difficulté de l'Himalaya à conquérir, et le chef et l'orchestre se sortirent bien d'affaire. Car cette symphonie reste un phare du répertoire et qui s'y frotte risque de s'y piquer.

Disons que Nézet-Séguin s'y est frotté et bien piqué. Comme toujours à l'OMGM en ce moment, il faut oublier que le chef en herbe veuille faire pardonner bien des choses par un appel au «spirituel». Pour nous, simple public, la musique prime sur tout, car seulement à partir d'elle pourront nous aboutir en d'autres lieux. Cela ne s'est pas réalisé.

Les bonnes intentions abondent, on l'entend sitôt le premier mouvement commencé; même l'OMGM sonne relativement bien. Pourtant, on cherche déjà, un peu en vain, où les notes nous mènent. Durant toute la symphonie, le chef va tout mettre assez bien en place et s'efforcer de rendre éclatants les tutti, sans encore trop savoir comment s'y rendre et articuler les périodes successives qui enflent le discours, s'attachant plus au phénomène qu'à sa source et à son aboutissement. Le premier mouvement offre donc des plages efficaces, mais guère de réussite.

Dans le Scherzo suivant cela devient laborieux, sinon pénible. Cela vient du fait que l'orchestre pourrait sonner mieux que ce que le chef sait en tirer; peu importe ce purgatoire, pour la plupart nous sommes venus entendre l'Adagio, le plus beau de Bruckner. Ce qui reste étonnant dans ce mouvement c'est qu'on sent les musiciens prêts à tout et que le chef n'ose que fort peu. Que se soit dans les épanchements harmoniques (ah! ces passages toujours plus profonds où la harpe ouvre les entrailles de l'Être comme du Ciel), voire dans les moments où l'abstraction se fait sentiment, on passe sur le bon rendu sans pouvoir aller chercher ce qui en fait le sang. La VIIIe, en ces conditions, devient belle, certes, mais ordinaire.

Alors on glisse sur le finale dans lequel encore une fois l'OMGM s'avère en forme sans avoir le son requis pour ce type de musique et où le chef se contente — ce n'est pas un défaut, mais une lacune — de tout tenir en place sans savoir résoudre les problèmes. On a entendu mieux ailleurs et, aussi, surtout, ici.