Le joyeux ras-le-bol des Cowboys Fringants

Les vétérans musiciens des Cowboys Fringants, Marie-Annick Lépine, Karl Tremblay, Jean-François Pauzé et Jérôme Dupras
Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir Les vétérans musiciens des Cowboys Fringants, Marie-Annick Lépine, Karl Tremblay, Jean-François Pauzé et Jérôme Dupras

Après avoir levé le pied dans la création de chansons politiques et sociales depuis leur album La grand-messe, les vétérans musiciens des Cowboys Fringants pointent à nouveau leur lorgnette sur le Québec, les Québécois et les politiciens qui viennent avec. Et le constat qui ressort de ce neuvième disque, Octobre, est sombre comme l’automne.

Ce nouvel album de la bande composée de Jean-François Pauzé, Karl Tremblay, Marie-Annick Lépine et Jérôme Dupras a bien ses habituelles pièces comiques, ses portraits de famille et ses titres amoureux, mais le noyau d’Octobre gratte des soucis de société, dépeint un Québec qui file un mauvais coton, et où les projets communs et la solidarité ont perdu de leur vernis.

Au bout du fil, le principal parolier et compositeur du groupe, Jean-François Pauzé, n’a d’autre choix que d’admettre la tendance un peu déprimante de ce dernier-né. « Les dernières années au Québec et dans le monde, c’est pas tout le temps jojo, et y a des petits constats à faire. Et, bon, je viens d’avoir 40 ans, je me pose des questions sur plein de choses, et j’essaie d’avoir le regard le plus lucide possible. Et c’est pas toujours rose. »

Clairement, Pauzé est déçu de ce qu’il voit, est déçu des Québécois. Des exemples ? Sur La la la : « D’vant la télé dans nos fauteuils / Les yeux pareils à des trente sous / On est des milliers de chevreuils / Aveuglés par un dix-huit roues. » Sur Les vers de terre : « Les vers de terre se terrent dans les artères / Jammés dans l’tunnel été comme hiver / Ils avancent comme des automates / Dans une conformité triste et plate. »

« Je trouve qu’il y a un effritement identitaire assez palpable au Québec, dit Pauzé. Un moment donné, tu te demandes s’il y a encore des repères, quand, en 2008, tu votes massivement pour le Bloc, en 2011 pour un parti de gauche, et en 2015 pour un parti de droite ! On sait-tu ce qu’on fait ? Au Québec, est-ce qu’on a encore des idées, une identité, est-ce qu’on a encore une âme ? »

Dansant pour la scène

Paradoxalement, Octobre, illustré par une toile de Marc Séguin, comporte son lot de musiques à tendance irlandaise, de chansons à boire, et même une chanson de marin, Marine marchande, faite en duo avec Frannie Holder de Random Recipe.

« Un moment donné, t’explores, rigole Pauzé. J’ai toujours été un fan des Pogues, de Dropkick Murphys, ces affaires-là. Et le côté irish est là au Québec, avec tout ce qui est chanson à boire, fiddle et reel de violon. C’était cool d’explorer ça aussi, bien qu’on l’avait fait à notre manière jadis. Là, on l’a un peu remanié avec des nouveaux instruments, comme la vielle à roue. »

Depuis leur dernier disque, c’est en pensant à la scène que les Cowboys composent, et ce, après avoir eu du mal à faire vivre en tournée leur album L’expédition, plus calme et travaillé. « Parce que les Cowboys, ç’a toujours passé par la scène, on s’est fait découvrir là, et c’est aussi beaucoup ça notre force, le côté énergique et débridé. »

 

Essayer du nouveau

On ne peut pas dire que le groupe s’est vraiment réinventé musicalement depuis ses débuts, mais les quatre amis ont tranquillement peaufiné leur son, enrichi l’instrumentation, en partie grâce à la violoniste Marie-Annick Lépine. Et pour Octobre, les Cowboys ont pour la première fois fait appel à des réalisateurs extérieurs, confiant leurs nouveaux titres au duo Gus van Go et Werner F., qui a travaillé entre autres avec Les Trois Accords, Xavier Caféïne et Les Vulgaires Machins.

« Ça nous tentait d’aller voir ailleurs, de sortir de notre zone de confort, raconte Pauzé. On a fait ça en partie à New York. Mais en tant que tel, sur le plan du travail, c’est des spécialistes des harmonies vocales, et c’est un dossier qui a toujours été une de nos faiblesses, on n’a jamais été des Beau Dommage, et on a travaillé beaucoup là-dessus avec eux. »

Les deux réalisateurs ont aussi demandé à Lépine de ne pas trop travailler les arrangements, pour laisser un peu de place à la spontanéité. « Ç’a permis d’aller un peu ailleurs, de moins remplir les vides, d’épurer certaines chansons. »

Durer et s’amuser

Les Cowboys Fringants ont déjà quelques dates prévues à l’agenda, mais les musiciens ne commenceront pas la tournée « sur les chapeaux de roues », et prendront le mois de novembre pour tout mettre en place, d’autant que le chanteur Karl Tremblay et Lépine viennent d’avoir un deuxième enfant. « On part avec un ou deux shows par semaine jusqu’au printemps, et après, ça va s’intensifier. Et c’est correct aussi, on est peut-être moins carriéristes qu’à l’époque, on a déjà fait 200 spectacles par année, mais c’est un peu intense, et on n’est plus dans ce mood-là. »

Patience et longueur de temps, donc. Et Pauzé, qui a conscience que son groupe est privilégié de pouvoir vivre de son art, aimerait que l’aventure se poursuive aussi longtemps que possible. « Si ça pouvait durer encore trente ans, j’aurais pas de mal avec ça. Je suis allé voir Plume cet été ; le bonhomme a 70 ans et il est encore toujours d’actualité, il est encore cool sur scène. Et moi, je trouve ça toujours aussi cool de faire ce métier-là, de prendre une bière avec mes chums et de rire dans les loges ! »


Les cowboy fringants - La la la

Octobre

Les Cowboys Fringants, La Tribu, en magasin depuis le 23 octobre