Wiley-Haimowitz: la rencontre

Professeur au Curtis Institute de Philadelphie, Peter Wiley fut le violoncelliste du Beaux-Arts Trio de 1987 à 1998 et du Quatuor Guarneri de 2001 à sa dissolution en 2009.
Photo: Fondation Arte Musica Professeur au Curtis Institute de Philadelphie, Peter Wiley fut le violoncelliste du Beaux-Arts Trio de 1987 à 1998 et du Quatuor Guarneri de 2001 à sa dissolution en 2009.

Choix a priori cornélien, mercredi soir, entre l’OSM, affichant Bramwell Tovey et Rafal Blechacz, et ce « petit concert » Schubert. Pourtant à bien y regarder, la décision était vite prise, car le bonheur de pouvoir écouter, l’un à la suite de l’autre, les deux grands quintettes de Schubert est rare et précieux. Et pour cause : ce programme chambriste mobilise en fait huit musiciens. La truite requiert un contrebassiste et un pianiste, le vertigineux Quintette à cordes D. 956 un second violoniste. Seuls le 1er violon Axel Strauss, l’altiste Douglas McNabney et le violoncelliste Peter Wiley jouent les deux oeuvres.

Le concert s’affilie à deux séries : un cycle Schubert, qui nous a valu la venue récente de David Fray, et le concept « Jeunes et Pros ». La pianiste Qiao Yi Miao Mu, élève d’André Laplante, présent dans la salle, le violoniste Joshua Peters, élève d’Axel Strauss et le contrebassiste Raphaël McNabney sont dans le camp des jeunes. Peters a joué aussi bien que son professeur le D. 956. McNabney s’amuse visiblement à donner un soubassement très bondissant à La truite. Par contre, je ne peux prédire le futur exact de Qiao Yi Miao Mu, solide, rythmiquement cadrée et juste, mais d’une uniformité de toucher qui semble l’écarter de la profession de pianiste de concert.

Parmi les « pros », la vedette du jour est Peter Wiley. Ce professeur au Curtis Institute de Philadelphie fut le violoncelliste du Beaux-Arts Trio de 1987 à 1998 et du Quatuor Guarneri de 2001 à sa dissolution en 2009.

S’il existe des chambristes nés, Peter Wiley en est un. Il ne dépasse jamais du cadre et assure une présence chaleureuse et rassurante, tendre et poétique, avec un son d’un soyeux admirable. La truite est d’écoute agréable, à défaut d’un caractère plus ludique au piano. Le professeur Strauss surprend son monde en s’emmêlant dans l’intonation de certaines variations du fameux 4e mouvement. On comprendra ensuite, à entendre sa solidité dans le Quintette à cordes, que ce fameux chant du cygne l’intéresse probablement davantage que le poisson frétillant.

Ce Quintette D. 956 tient du grand moment, illuminé par la grâce à partir d’une séquence, au début du 1er mouvement, où les deux violoncelles dialoguent. Cette étincelle magique entre Wiley, se situant dans la coulée de l’oeuvre, et Haimovitz, hyperactif empêcheur de tourner en rond, propulse dans une autre sphère cette interprétation partiale mais fascinante, avec un 2e violoncelle survitaminé, mais aussi des moments de temps suspendu, écoutés par un public bouche bée.

Mercredi, on aurait entendu une mouche voler à la salle Bourgie et l’attention des auditeurs me rappelait celle du public de l’époque des grands récitals de Lieder de la Société musicale André-Turp. J’espère que les interprètes ont fêté cela dignement après le concert. Des moments comme celui-là, un musicien n’en connaît qu’une poignée par an.

Pleins feux sur Schubert

Quintette pour piano et cordes, « La truite » (1819). Quintette à cordes en do majeur D. 956 (1828). La truite : Axel Strauss (violon), Douglas McNabney (alto), Peter Wiley (violoncelle), Raphaël McNabney (contrebasse), Qiao Yi Miao Mu (piano). D. 956 : Axel Strauss et Joshua Peters (violons), Douglas McNabney (alto), Peter Wiley et Matt Haimovitz (violoncelles). Salle Bourgie, mercredi 7 octobre 2015.

À voir en vidéo