Quand la claque ramène à l’essentiel

Sur son deuxième album, Francis Faubert propose des textes sombres, souvent poignants.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Sur son deuxième album, Francis Faubert propose des textes sombres, souvent poignants.

Il y a des claques en pleine face qui sont plus bénéfiques que d’autres. Après avoir été victime il y a deux ans des déboires de son étiquette de disque flouée par un dirigeant véreux, Francis Faubert a vu son espoir d’enregistrer un deuxième disque s’évaporer en même temps que l’argent dans les coffres. Une fois le choc encaissé, le guitariste a quitté Montréal pour se réfugier dans son bled natal de Duclos, en Outaouais, question de se sauver du grand fracas de la ville et de la scène musicale, en plus de réfléchir à son métier. Le revoici finalement avec un disque tout neuf, fait de chansons davantage à son image, imaginées sans compromis.

C’est d’abord avec une approche plutôt folk et country que Francis Faubert s’est fait remarquer, à l’école de la chanson de Granby, au concours des Francouvertes et sur son premier disque. Mais sur ce nouveau-né intitulé Maniwaki, ses réflexions ainsi qu’un précédent minialbum fait avec le plutôt corrosif Fred Fortin ont porté Faubert vers le rock, les amplis, la distorsion et même les solos de guitare.

« Mais à la base je ne pensais même pas faire de disque, j’étais un peu tanné, raconte le père de famille. À Duclos, j’ai un ami qui a une espèce de garage qu’il a transformé en local de répétition-studio, et j’allais faire des petites maquettes là, guitare, voix, batterie. Et je jouais vraiment ce que je voulais entendre d’un disque, j’y suis allé sans compromis. Tsé moi, je suis plus Led Zeppelin et Hendrix que Hank Williams. »

Ce Maniwaki — aussi le nom de la pièce racontant la dure vie de son père — est donc plus électrique, plus mordant mais sans être brusque. C’est une petite révolution que Faubert a fomentée avec son acolyte Dany Placard, qui joue sur le disque en plus de le réaliser. « On prenait une bière ensemble, on parlait de ce qu’on écoutait et on était pas mal dans les mêmes choses. J’étais pogné sur les nouveaux albums de Jack White, et les projets que Dan Auerbach [des Black Keys] réalise. Ce qu’il fait c’est bon, ça “tone”, ça laisse de la place au texte. Placard aussi était là-dessus. J’ai juste dit : “On fera ce disque-là ensemble.” Il a dit : “Mets-en, je jouerai de la basse et on verra. »

Le « on verra » est tout simplement devenu réalité comme ça, sans tambours ni trompette, mais avec un batteur tout de même, en la personne de Mathieu Vézio. « Et je t’avoue que l’album, c’est la version mixée de notre session chez Placard. On s’est dit qu’on ne pourrait jamais refaire cette performance-là. On était tellement dans le présent ! Mathieu ne connaissait pas tant les tounes, il jouait tellement sur les dents et sur le bout de son siège, je pensais qu’il voulait me sauter dessus, il jouait avec le mors aux dents ! Les gars ont du gaz, et ça s’entend sur le disque. »

Encre noire

 

La claque en pleine face semble avoir forcé une autre petite révolution chez Faubert, dans les textes cette fois. Jadis porté sur l’engagement social et politique et sur les chansons qui font sourire, le musicien trempe maintenant sa plume dans une encre plus noire, d’où sortent des textes sombres, plus courts et mieux ficelés, souvent poignants.

« En fait, ç’a été écrit comme un film. C’est vraiment l’histoire du monde du village de Duclos, où je me suis enfermé pendant un an. Et dans le lot y’a des tounes qui sont vraiment sur moi. Mais j’avoue que c’est un peu misérable aussi comme album, c’est pas l’yâbe ! »

À coups de chansons, Maniwaki fait donc le portrait d’humains sur le bord du ravin, qui ont souvent vécu un avant et un après, ou qui sont en train de vivre cette transition-là. Même les verbes des textes oscillent souvent entre le passé et le présent. « C’est vrai, il y a quelque chose qui brasse, dit Faubert. Et c’est peut-être aussi comment j’étais quand je l’ai fait. »

Le voici maintenant déménagé à Montebello, un peu plus proche du fracas de Montréal, avec, finalement, un deuxième disque complet en poche. « C’est la première fois que j’entends quelque chose de moi que j’aimerais entendre comme auditeur, peu importe la langue. Je suis fier de cet album-là et j’aimerais le faire vivre en show, je veux que la fête continue. On a la même fougue, le même “enrageage ! » À votre tour, peut-être, de recevoir la claque.


Francis Faubert - Horizon

Maniwaki

Francis Faubert, Coyote Records, en vente le 9 octobre 2015

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