La déesse radiophonique du jazz s’appelle WBGO

Phil Woods, ici au Festival d’Antibes en 1998, est décédé le 29 septembre dernier.
Photo: Alain Fulconis Agence France-Presse Phil Woods, ici au Festival d’Antibes en 1998, est décédé le 29 septembre dernier.

Yio, « l’hein-terre-nette », comme dit le Parigot, ça fait souvent le lit du mauvais, de la malveillance financière en particulier. Prenez les tauliers des lieux, les Twitter, Google et « Faces de bouc », il s’appliquent méticuleusement à contrer le droit à l’oubli et autres balises garantissant le droit du citoyen au plein exercice de son libre arbitre. Bon. Cela étant et non cela dit puisqu’on est à l’écrit, il y a aussi beaucoup de bons côtés. Par exemple, on peut suivre l’évolution du Dow Jones en temps réel et… on peut mieux marteler que le « plus meilleur » du merveilleux de la Toile a pour nom propre : WBGO.

Ces quatre lettres constituent la raison sociale d’une station radiophonique dont la raison d’être est le jazz ! Oui m’ssieurs dames, le jazz et rien que le jazz. Ils ne font ni dans l’ambiance, ni dans le jazz « pété » ou jazz rock ou autres sangsues musicales, chez WBGO. Les programmateurs et animateurs de WBGO ont fait de WBGO la meilleure, et de loin, radio jazz dans l’est de l’Amérique du Nord. On précise la géographie, car dans l’Ouest, il y a une excellente radio communautaire jazz située à San Francisco. Mais comme il y a décalage horaire… Déclinons.

En 2008, à la suite d’un changement de propriété au sein de WBGO et WQCD, la première est devenue la seule radio jazz de la très grande région new-yorkaise. En fait, si leur antenne est située en plein coeur de Nueva York, tout le reste se fait à partir de Newark au New Jersey. Quoi d’autre ? Elle fait partie de l’irremplaçable réseau NPR, le pendant radio de l’incontournable PBS. Faut confesser qu’on est fanatique des deux.

Mises à part les émissions courantes ou de facture classique, WBGO vaut pour l’écoute de ses hebdomadaires en direct du Village Vanguard, de ses productions en partenariat au Lincoln Concert et d’autres spectacles retransmis d’ici et de là. WBGO vaut également pour ses blogues et surtout pour la richesse incroyable de ses archives, notamment les entrevues effectuées pendant des décennies par la pianiste Marian McPartland. Une grande dame.

Quoi d’autre ? Moyennant un minimum de 5 $ par mois, on peut être membre de WBGO et bénéficier de services d’information sur leurs programmes, d’avantages divers, dont, par exemple, des billets de faveur permettant de rencontrer les musiciens qui se produisent à New York, Boston, Saratoga ou Albany. Vive WBGO. Vive NPR et vive PBS.

 

Eh zut ! Le très incisif saxophoniste alto Phil Woods, le magnifique Woods, est décédé le 29 septembre. Il avait 83 ans. L’étrange dans cette affaire est que la mort n’aura pas patienté longtemps avant de réclamer son dû. En effet, le 4 septembre, sir Phil avait annoncé en public qu’il prenait sa retraite. Le lieu ? Pittsburgh, où il avait été invité à rendre hommage à Charlie Parker, son mentor, son idole, en compagnie de l’orchestre symphonique de cette ville.

À l’instar de Sonny Stitt, on plaqua à Woods l’ombre de Parker avec d’autant plus d’insistance qu’il maria sa veuve et hérita de son saxophone. Pour se débarrasser de cette poisse, pour gommer le surnom dont on l’avait affublé, soit New Bird, il s’exila en Europe. En Suède d’abord, à Paris ensuite, à Londres… en fait un peu partout. Surtout, il se libéra du fantôme Parker en montant un extraordinaire orchestre baptisé European Jazz Machine avec le Britannique Gordon Beck au piano, le Français Henri Texier à la contrebasse et le Suisse Daniel Humair à la batterie. Avec eux, Woods fut un des acteurs incontournables du jazz très aventureux qui distingua le jazz des années 60 et 70.

À son retour, il deviendra naturellement l’un des chefs de file du jazz postbop, qui n’est rien de moins que le jazz classique des trente dernières années. Chapeau !

 

Oyez, oyez, braves amateurs de la note bleue : l’acteur Don Cheadle vient de présenter son film Miles Ahead, sur Miles Davis évidemment, au Festival du cinéma de New York. La critique du New York Times est si élogieuse qu’elle conclut en disant que cette production mériterait les Oscar de meilleur film et de meilleur acteur en… 2017 ! Il paraît que la prestation de Cheadle est exceptionnelle. Dès qu’il y aura du nouveau, on y reviendra.

 

Le disque affranchi du temps ? American Songbook par le Phil Woods Quintet sur étiquette Kind of Blue avec notamment le pianiste Bill Charlap et le trompettiste Brian Lynch.

 

La vidéo de la semaine ? La composition All Blues de Miles Davis interprétée par Phil Woods au Duc des Lombards, très beau et bon club de Paris.

À voir en vidéo