«Nouvelle chanson française» - À l'école de la scène

Paris — Loin d'être une génération spontanée, la «nouvelle chanson française», qui rassemble des artistes aussi différents que Vincent Delerm, Benabar, Thomas Fersen ou les Têtes Raides, s'est patiemment forgée une réputation à l'école de la scène, le bouche à oreille lui assurant un public toujours plus nombreux.

Dans un contexte économique difficile, qui a vu les ventes de disques en France reculer de 13,5 % sur les neuf premiers mois de 2003, le concert apparaît plus que jamais essentiel pour asseoir une notoriété.

«Depuis une dizaine d'années, on assiste à une explosion du concert. Même les lieux les moins médiatisés affichent complet», souligne Colette Chardon, déléguée générale du Prodiss, qui regroupe 240 producteurs, diffuseurs et salles.

La Fedurok, Fédération des lieux de musiques amplifiées actuelles, observe de son côté que «de plus en plus de lieux accueillent de la chanson française».

Dans ce contexte, la «nouvelle scène» se distingue particulièrement. À l'instar de Bénabar, 34 ans et 3 albums à son actif, qui, après quatre concerts parisiens complets à l'automne, se produira à guichets fermés en février, à Paris de nouveau, dans une salle de près de 3000 places. Un engouement qui l'a déjà convaincu d'ajouter une date dans l'immense Zénith (4000 à 6000 places), en novembre.

Sacré à 26 ans «révélation de l'année» 2003 pour son premier album (400 000 exemplaires vendus), Vincent Delerm s'installera en novembre dans une salle moyenne (1400 places), mais pour 13 dates, et «un quart des places a déjà été vendu, sans aucune publicité ni véritable actualité», souligne sa maison de disques.

Chanson réaliste, pop-rock, folk, reggae, bossa, swing manouche ou électro: tous les genres sont représentés par ces artistes qui partagent l'amour des mots et un regard souvent acerbe sur le quotidien.

Pour le comédien et chanteur Serge Hureau, directeur du Hall de la Chanson, «cette nouvelle chanson est avant tout une nouvelle façon d'être chanteur». «Les Sanseverino, Delerm, Biolay ou Benabar sont des gens extrêmement cultivés, qui savent d'où ils viennent, tout en refusant d'être enfermés dans des cases.»

«Ce ne sont pas des gens qui se bercent de nostalgie, mais qui se plongent avec gourmandise dans un répertoire pour le revisiter. C'est ainsi qu'un dialogue s'instaure entre Salvador, Greco, Keren Ann et Benjamin Biolay», relève-t-il.

C'est aussi une génération qui a dépassé le clivage entre un rock forcément en anglais et un français synonyme de variété, comme en témoigne l'emploi régulier de l'acordéon, symbole d'une musique jugée ringarde il y a moins de dix ans. «Des artistes qui n'ont pas honte de se réclamer à la fois d'Elvis et de Piaf», résume Frédéric Drewniak, responsable du Centre d'information rock, chanson et musiques électroniques.

«Le succès public est aussi une réaction face aux produits préformatés fabriqués par les "majors" du disque et les chaînes de télévision, qu'il s'agisse des tubes de l'été ou des groupes issus des émissions genre Star Academy», ajoute le journaliste spécialisé Didier Varrod.

Décomplexée, la nouvelle chanson française commence à séduire à l'étranger. «Nous assistons actuellement à un vrai phénomène», note Jean-François Michel, directeur du Bureau Export de la musique française. Carla Bruni fait figure de «révélation de l'année», avec plus de 300 000 exemplaires de son premier album vendus hors de l'Hexagone (plus d'un million en France).

«Avec le succès à l'international de la "french touch" en électro et des musiques du monde, les productions françaises ont acquis une reconnaissance, qui profite aujourd'hui à la chanson», souligne-t-il.