Empreinte culturelle, quotas et gros party

Le gala de la SOCAN ? C’est d’abord, dirais-je, un rare moment grégaire entre créateurs. Une soirée pour se sentir nombreux, pas tout seul à créer sur son îlot. Sorte de preuve d’existence par la rencontre et les retrouvailles (et les joies à partager, et les doléances réciproques à ventiler). C’est une remise de prix pour saluer « le succès commercial des oeuvres », mais aussi leur « valeur qualitative », a rappelé Geneviève Côté, qui gère pour le Québec la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SOCAN).

Le gala se veut également une tribune, occasion à saisir pour se faire entendre : l’heure est au combat pour le maintien des quotas radiophoniques, et l’on n’a pas manqué l’appel au ralliement des troupes, qui monteront à Québec sous peu.

Tout ça, et un party. À plus forte raison ce lundi, alors qu’on avait déménagé les pénates de l’habituelle salle de réception d’hôtel du centre-ville au Métropolis. Gros changement, après 25 ans au même endroit.

« Un premier gala SOCAN dans une salle de spectacles », s’est exclamé Dumas, bombardé animateur d’un soir. Ça voulait dire : une vraie scène, du bon son, de vrais éclairages. Entendez : la possibilité, la tentation irrésistible de s’offrir, entre les remerciements des créateurs honorés, un spectacle qui en jette.

Festival de relectures

Ainsi a-t-on eu droit à un festival de relectures des « Classiques de la SOCAN » : Alexandre Désilets, Marie-Mai et une petite foule d’autres s’y sont appliqués, Dumas s’est offert Le privé (de Michel Rivard et Marie Bernard), l’orchestre dirigé par Alex McMahon a savamment assuré les liens, et ça s’est fini façon La voix, tout le monde en haie d’honneur, chantant et dansant sur Les bombes. Plus tard, notre Pag national, allant glaner sa plaque encadrée pour ladite chanson, a souri : « Voir du monde danser là-dessus, je trouve ça drôle… »

Pas mal de performances ont ainsi ponctué la soirée, certes dynamiques (Sass Jordan est encore une vraie rockeuse…), mais au point d’enlever pas mal de lumière aux lauréats : drôle d’affaire. On en venait à regretter la salle de réception, où les gens appelés au podium n’étaient pas en compétition avec l’inévitable rumeur de fond de salle de spectacles. À l’hôtel, ça écoutait, et parfois même ça réagissait de la salle, il se passait des choses, entre artistes. Lundi soir, c’était à qui savait s’imposer : un Patrice Michaud, un Daniel Lavoie le font naturellement, les artisans de musique de télé et de film beaucoup moins, et en pâtissaient. J’avouerai : on y perdait plus qu’on y gagnait.

Pierre Létourneau le doux

Il me semble que Pierre Létourneau, à qui l’on décernait le prix « Excellence » pour l’ensemble de son oeuvre, aurait mérité le plus beau des silences : c’est un doux, il a donc remercié tout doucement son ami guitariste Michel Robidoux et bien d’autres.

Le grand promoteur Donald DKD Tarlton n’a pas aidé sa cause en lisant des pages et des pages de remerciements : qu’à cela ne tienne, on aurait dignement patienté dans une salle de réception.

Évidemment, quand Gilles Vigneault s’est amené, pour recevoir en son nom et celui du compositeur de Gens du pays, le pianiste Gaston Rochon, le tout premier prix « Empreinte culturelle », on s’est tu jusqu’au fin fond du Métropolis. Et tout le monde a pu entendre notre grand poète chansonnier dire l’essentiel de l’impact profondément populaire de cette chanson qui a remplacé depuis 20 ans le Happy Birthday dans la grande famille québécoise, une chanson « pour décoloniser un tout petit moment dans la journée de la vie de chaque Québécois ». Comme quoi, pour laisser une « empreinte culturelle », il faut savoir se faire entendre.

La liste complète des lauréays peut être consultée à l’adresse socan.ca.