Retour à la source manouche

Le guitariste Biréli Lagrène devant une image célèbre de Django Reinhart. «Sa musique demeure une grande influence», dit le Français.
Photo: Claudia Vasquez Le guitariste Biréli Lagrène devant une image célèbre de Django Reinhart. «Sa musique demeure une grande influence», dit le Français.

De son vivant, Babik Reinhart, le fils de Django, a affirmé que Biréli Lagrène était l’héritier de son paternel, mais le principal intéressé voyait Django comme celui qui l’a aidé à aller voir ce qui se passe ailleurs. Enfant prodige de la musique manouche, puis transgresseur et véritable caméléon pouvant s’adapter à plusieurs formes de jazz et au-delà, Biréli est à la fois flamboyant et lyrique, improvisateur instinctif avec un méchant sens du swing, ambianceur aux accents nostalgiques, maître de la respiration et guitariste à la vélocité vertigineuse.

Il revient au Québec en quatuor pour un concert à l’esprit acoustique dans la tradition de Django. Rendez-vous ce vendredi au Club Soda à Montréal et le lendemain au Palais Montcalm à Québec.

Le Gypsy Quartet est une idée de l’excellent guitariste montréalais Denis Chang : « Ce groupe est constitué pour la tournée canadienne », explique Biréli Lagrène joint par téléphone, en route pour Toronto. « C’est la première fois que je rencontre Denis. Plusieurs Manouches le connaissent et m’ont parlé de lui depuis quelques années. Il joue souvent avec le contrebassiste Paul Van Dyk que je ne connais pas encore, mais qui fait aussi partie du projet. Nous nous produirons aussi avec le saxophoniste Frank Wolf, avec qui je partage beaucoup de projets depuis 2004. Dans le Gipsy Project, il avait remplacé Florim Niculescu qui faisait le violon lors de la fondation du groupe. »

Le Gypsy Quartet est donc dans la lignée du Gipsy Project, le projet acoustique qui fut marquant au début du millénaire. Mais, pour le guitariste, l’année 2015 est ponctuée d’électrique et d’acoustique : « Je continue de faire des concerts du Gipsy Project de temps en temps avec Frank Wolf, mais je travaille aussi avec le contrebassiste Eddy Gomez, le batteur Lenny White et le super pianiste italien Antonio Farao. Cet hiver, on fera paraître un disque en trio acoustique avec Stanley Clarke et Jean-Luc Ponty, mais il n’y a pas de sortie de prévue en mon propre nom, je préfère prendre mon temps avant de signer avec une maison de disque. »

La parution de Mouvements, son plus récent album, remonte à 2012. L’artiste y propose, autant par des saturations que par de l’élégance, une plongée dans un son qui rappelle l’esprit des années 1960, en explorant une formule avec orgue, tambours et saxophones.

« Le disque n’est pas si particulier que ça », raconte Lagrène. « C’était surtout l’envie d’enregistrer quelque chose de plus moderne. C’est un disque très électrique qui représente toutes les influences que j’aime écouter depuis l’âge de 15 ou 16 ans. Quelques pièces sont même inspirées par Jean-Sébastien Bach. Celui-là, c’était un jazzman et il nous sert bien en tant que musicien de jazz. J’ai écouté beaucoup de musique classique avec mon père, que ce soit Mozart, Bach, Stravinsky ou Shostakovich. Évidemment, les deux derniers sont moins présents dans ma musique », rigole-t-il.

Dans une entrevue à Jazz Magazine en 2012, il disait préférer « aller vers la bonne note au bon moment, plutôt qu’en déballer trois cents autres qui ne veulent rien dire ». Est-il encore dans le même esprit ? « Finalement, j’ai changé d’avis. Je préfère maintenant jouer plusieurs notes, mais il faut qu’elles soient toutes bonnes. Comme musicien, on vit des cycles et bien sûr qu’en règle générale, plus on prend de l’âge, plus on se calme et on va vers des choses plus importantes que le nombre de notes. Mais, je me suis rendu compte que ça me manquait, les notes. Finalement, l’important est d’aimer soi-même ce qu’on fait. »

Une dernière note sur Django ? « J’ai ça dans le sang. Sa musique demeure une grande influence, même si je ne la rejoue pas souvent depuis quasiment vingt ans. »