Musique classique - Le ménestrel de Dieu

Il dédia sa 3e Symphonie à Wagner et sa 9e à Dieu: Anton Bruckner était un compositeur ostensiblement tourné vers deux modèles. Sa 8e Symphonie, que Yannick Nézet-Séguin dirigera lundi soir à la tête de l'Orchestre métropolitain, est, avec la 5e, sa plus monumentale.

Cette aspiration vers le divin du compositeur Bruckner a été parfaitement mise en mots par François-René Tranchefort: «On a parfois sous-titré la Huitième "symphonie du destin" par analogie avec la 5e Symphonie de Beethoven. Il n'y faut voir qu'un abus d'épithète: Beethoven est rempli de l'Homme qui, sur le mode épique, affirme finalement sa victoire. Bruckner est rempli de Dieu: l'homme — l'artiste — a pour mission de révéler une vérité divine, et lutte pour cette révélation.» La Huitième est bien une lutte, mais avec un sentiment de victoire possible, comme en témoigne la coda en ut majeur. Cette illusion de victoire sera laminée dans la Neuvième, comme le suggèrent si bien les effrayants fragments du finale révélés notamment par Nikolaus Harnoncourt dans un enregistrement récent (RCA).

Ce n'est donc pas un hasard si Yannick Nézet-Séguin a choisi pour cette élévation musicale l'église Saint-Jean-Baptiste. Mais le chef aura à résoudre une intéressante problématique. D'une part, l'écriture de Bruckner est beaucoup plus horizontale et motorique que ne le suggèrent un certain nombre d'interprètes, dont, au premier chef, Herbert von Karajan. D'un autre côté, sachant que l'acoustique d'un lieu dicte le tempo d'une exécution musicale, la réverbération naturelle de Saint-Jean-Baptiste devrait l'inciter à adopter un mouvement assez mesuré. Saura-t-il conjuguer grandeur et allant? En tout cas, le souvenir de la dernière Huitième montréalaise en date, avec Claus-Peter Flor à la tête de l'OSM, sera très difficile à effacer.