À la vitesse de sa vie

Pour la première fois, Bernard Adamus, a véritablement bossé sur ses chansons, multipliant les répétitions et passant « des temps “foudroyamment” heureux » chez son réalisateur Éric Villeneuve.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pour la première fois, Bernard Adamus, a véritablement bossé sur ses chansons, multipliant les répétitions et passant « des temps “foudroyamment” heureux » chez son réalisateur Éric Villeneuve.

Sur son deuxième disque, finement nommé No 2, Bernard Adamus avait le blues triste, la chanson déchirante, le coeur magané, le jeu de guitare plutôt lent. Mais la longue et dense tournée des dernières années — et la vie folle qui vient avec — a laissé sa marque sur les nouvelles compositions du grand chanteur à la riche voix de gravelle. Son tout nouvel album, Sorel Soviet So What, nous aspire dans un tourbillon décoiffant où son mélange de rap et de folk prend des allures jive, big band, voire boogie-woogie. C’est du Adamus la pédale au plancher.

« Tout Brun [son premier disque] et No 2 sont plus intimistes, mais en show, ça explosait, nous raconte Bernard Adamus. Quelque part, mon subconscient a computé, comme on dit. Je ne voulais pas me retrouver au studio et que tout redevienne petit soudainement, que ce soit des petites tounes. J’peux-tu avoir de l’input, j’peux-tu péter un plomb avec un band et que ça y aille ? C’est ça qui est arrivé. »

Il y a bien un peu de doux parmi ces dix nouvelles chansons de celui qui a été nommé « révélation de l’année » au gala de l’ADISQ en 2011, et récompensé du prix Félix-Leclerc la même année. On y retrouve le premier extrait aux allures hawaïennes, Hola les lolos, et la belle Les étoiles du match, mais sinon, il y a du mordant un peu partout.

« Il y a moins de nostalgie dedans, c’est plus un album du présent, confie le chanteur né en Pologne, mais arrivé au Québec en bas âge. C’est un album qui va vite, parce qu’il s’est passé tellement d’affaires dans les trois ou quatre dernières années. Ça reflète ça. À tous les niveaux. Beaucoup de shows, beaucoup de monde dans ma tête, partout, du monde, du monde, du monde. Au début, t’as l’impression que tu reviens toujours à la maison [après un concert], mais c’est plus ou moins vrai. Quand tu fais 125 dates dans une année, tu fais juste passer par la maison. [Le disque], c’est le reflet de tout ça, tout ce qui est extérieur à la maison. »

Le travail et l’expérience
 

Adamus, 38 ans, perçoit son Sorel Soviet So What comme le début de quelque chose pour lui, un nouveau cycle où le musicien a fait d’une passion un métier. Le guitariste sent que l’expérience le sert, autant dans l’écriture que dans la composition. « Le premier disque avec Éric [Villeneuve], on l’a fait dans l’ignorance et la joie, et c’était ben parfait. Celui-là, on est revenus avec la connaissance et la joie ! » lance-t-il avant d’éclater d’un de ses rires puissants.

Pour la première fois, l’auteur de La question à 100 $ a véritablement bossé sur ses chansons, multipliant les répétitions. « J’ai passé des temps “foudroyamment” heureux et longs chez [son complice et réalisateur] Éric Villeneuve et sa blonde, à jaser de tout et de rien. On réécoutait les répètes comme un coach check une game des fois. “Ce bout-là est bon”, “là, y a un flat”, “OK, là, on devrait partir de cette idée-là.” »

Ensemble, ils ont pigé dans leur collection de disques pour extérioriser ce qu’ils entendaient pour ce disque. Au fil de l’entrevue, Adamus ne laissera glisser qu’une référence à Otis Redding, résumant ses influences à « plein d’affaires ». « Y a tellement de choses qui me sont passées dans la tête. Y a une part de moi qui est Stéphane Lafleur, mais y a une part de moi qui est Die Antwoord. C’est vrai ! J’aime autant l’énergie des deux. Je peux être ému dans un show d’Avec pas d’casque quand la foule murmure les paroles, autant que je me suis pété un time au Métropolis à chanter “I think you’re freaky but I like you a lot” avec 2500 personnes les bras dans les airs. »

Le travail d’équipe

Autre méthode nouvelle : les musiciens ont pris du galon dans la construction des chansons. Adamus n’est pas arrivé avec des titres finis devant son groupe, mais leur a plutôt donné vie avec eux. « C’est un album qui m’a donné le goût de faire des albums. C’est un album où j’ai réalisé que je pouvais présenter un embryon à une gang d’amis musicaux, et qu’à force de travailler ensemble, on pouvait en faire une toune. »

Son noyau était composé de Benoît Coulombe à la basse, Tonio Morin-Vargas à la batterie, et des claviéristes Alexis Dumais et Dominic Desjardins, qui se sont séparé le travail. Ensemble, ils ont enregistré les chansons, tous ensemble, en rond dans la même pièce.

Se sont ajoutés à l’équipe de base les musiciens de saxophone ténor Jeannot Bournival et de clarinette basse Guillaume Bourque. D’abord invités pour une seule chanson, les deux musiciens ont laissé leur marque sur quatre titres du disque. « Ils devaient juste faire Blues pour flamme, mais ça s’est tellement bien passé qu’on a aussi enregistré Les pros du rouleau, Donne-moi-z’en et Cadeau de Grec, avec eux autres. Les gars se sont assis — c’est des scolarisés, eux autres, ça a fait le Conservatoire et McGill — et ça prenait forme dans ma face. Ce jour-là, on a tapé trois tounes ! » Quand la vie va vite…


Bernard Adamus - Donne-moi-z'en

Sorel Soviet So What

Bernard Adamus, Grosse Boîte, En magasin