Quand l’année Jean Leloup est aussi l’année Louis-Jean Cormier…

Le dernier album de Jean Leloup, <em>À</em> <em>Paradis City</em>, est sorti en janvier 2015.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le dernier album de Jean Leloup, À Paradis City, est sorti en janvier 2015.

Dès janvier 2015, lorsqu’on a retrouvé Jean Leloup au bout de la grande marche qui l’a mené à l’album À Paradis City, on s’est dit : à lui l’ADISQ. Et puis, à la mi-mars, quand Louis-Jean Cormier a arpenté avec Les grandes artères les avenues et déconvenues des relations de couple de sa génération, on s’est dit : à lui l’ADISQ.

Et comme de fait : à eux l’ADISQ. Leloup et Cormier sont à égalité sur la piste de départ du gala tripartite de l’industrie (l’industriel au Club Soda et « l’Autre gala » au Métropolis le 27 octobre, et la grande bringue iciradiocanadienne du dimanche 8 novembre à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA). Six « nominations artistiques » chacun, a-t-on appris mardi au Club Soda lors du dévoilement des prétendants au Félix. Autrement dit, Leloup et Cormier sont pressentis dans presque toutes les catégories où ils pouvaient être nommés. S’ajoute une mention pour la pochette dans le cas de Cormier (on appelle ça une « nomination industrielle en lien avec l’artiste ou le projet artistique »). Ce qui, dans l’absolu, grossit pour lui le chiffre à sept.

Il y a ainsi des artistes d’une telle importance dans notre paysage chansonnier que les années où ils offrent du neuf sont des années à leur enseigne. Mais il est rare qu’il y en ait deux concurremment, également incontournables, à la fois tellement différents dans la manière et néanmoins frères dans la transparence émotionnelle de la proposition. C’est dire à quel point le jeu des prédictions quant à la distribution des statuettes devient aléatoire : comment voter pour l’un plutôt que pour l’autre ? Et si ça divisait le vote, comme on dit en ces temps électoraux ?

Pas seuls en lice

Car nos champions de la chanson puissamment sensible ne sont pas seuls en lice. Un Patrice Michaud, une Ariane Moffatt, voire une Isabelle Boulay, ou encore l’Alex Nevsky grand gagnant de l’an dernier, pourraient bien se faufiler : Michaud, au cumul des récompenses artistiques, industrielles (dans son cas : scripteur de l’année) ou industrielles « en lien avec l’artiste », est présent sept fois dans le peloton de tête (ce qui n’étonne pas, avec la bonne tête qu’il a).

Les Barr Brothers, Marie-Pierre Arthur, Salomé Leclerc sont presque aussi bien positionnés dans la grille. Et Galaxie ! Victoire en soi que les trois nominations pour le groupe des Fortin et Langevin : le Félix est à leur portée pour l’« album de l’année — alternatif », « album de l’année — choix de la critique », ainsi que pour le « groupe ou duo de l’année ». Cela étant, il ne faut jamais oublier une Marie-Mai dans l’échiquier : le public est très fidèle, les membres votants aussi.

On ne fera pas ici l’énumération des 276 nominations telles que réparties en 55 catégories, et on ne s’attardera pas non plus aux inévitables étrangetés de la distribution : Marie-Pierre Arthur côtoyant Marc Hervieux pour l’« album de l’année — adulte contemporain », un Philippe Brach auprès d’une Valérie Lahaie parmi les révélations, Yoan dans la même courte liste que Patrick Watson et Leonard Cohen pour les albums anglos, etc. C’est toujours ça, l’ADISQ ayant pour but de refléter la diversité de la donne.

Catégorie de prestige

Penchons-nous plutôt sur les « auteurs ou compositeurs de l’année », catégorie de prestige, où il s’agit autant de signaler de grands créateurs en devenir que d’honorer des vétérans encore tonifiants.

La nomination, en cela, est déjà un message fort : s’y retrouvent forcément Leloup et Cormier (avec ses collaborateurs Daniel Beaumont et Martin Léon), mais également Pierre Flynn, Fanny Bloom (avec Étienne Dupuis-Cloutier), et Guillaume Beauregard. Guillaume qui ? Beauregard. L’album s’intitule D’étoiles, de pluie et de cendres. Vous avez encore quelques semaines pour en écouter d’ici la grand-messe célébrée pour la 10e fois par Louis-José Houde.

Et notez, parlant d’animation, que l’Autre gala sera mené par Olivier Robillard Laveaux à la place des Denis Drolet : un journaliste musical pour parler musique, voilà peut-être le fait saillant de l’année 2015 à l’ADISQ. Avec le match Leloup-Cormier. À tous égards, on peut affirmer ceci : la chanson a déjà gagné.

1 commentaire
  • Gilbert Turp - Abonné 23 septembre 2015 12 h 14

    Deux accomplissements

    Cet adisq a malgré tout quelque chose de déchirant pour moi. J'espère qu'ils gagneront ex-aqueo tous les deux. Leloup et Cormier nous ont donné des disques magistraux, d'un grand accomplissement. On parle ici d'artistes, avec un grand A.