Un concert fervent

Le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin
Photo: Jan Regan Le chef d'orchestre Yannick Nézet-Séguin

En plongeant avec une intense concentration dans la sombre transcription orchestrale de l’air « Viens, douce mort » de Bach, Yannick Nézet-Séguin a remis en cinq minutes sur de bonnes bases une saison musicale 2015-2016, qui a débuté, partout ailleurs, de manière plutôt frustrante.

L’entrée en matière était aussi une « entrée en concentration » pour les Rückert-Lieder de Mahler dont le dernier lied, Ich bin der Welt abhanden gekommen (Je suis perdu pour ce monde) est un monument de l’histoire de la musique. Pour la seule dernière strophe, aussi sublime dans l’émotion et la ferveur de la voix de Dorothea Röschmann que de la texture des cordes, ce concert valait le détour.

Contrairement à Yannick Nézet-Séguin ou à Bernard Labadie, je ne suis pas un inconditionnel de Dorothea Röschmann. C’est une chanteuse dont j’admire la maîtrise et l’intelligence, mais qui d’habitude ne me touche pas. Cette sensation m’a gagnée plusieurs fois, notamment quand Röschmann passe d’une sorte de texte dit à un texte chanté avec épanouissement. Dans la phase plus intimiste, elle tend à aigrir les voyelles « i » et « e ». C’est là une finasserie, qui m’empêche personnellement de vibrer, d’autant que, dans ce cycle, je préfère une mezzo-soprano à l’aise dans les aigus à une soprano avec des graves. Mais l’approche était admirable de finesse, tant vocale qu’orchestrale, avec de superbes interventions de Lise Beauchamp au hautbois.

La seconde partie du concert était consacrée à la présentation et à l’enregistrement par Atma de la 2e Symphonie de Bruckner. J’admire la foi de Yannick Nézet-Séguin, qui semble vraiment y croire. En la matière, je suis plutôt de l’école de Günter Wand, qui refusait de réenregistrer l’intégrale Bruckner que lui demandait RCA pour ne pas avoir à se coltiner une nouvelle fois les Symphonies n° 1 et 2, qu’il considérait comme négligeables.

Yannick Nézet-Séguin a choisi la version Haas de la partition. J’aurais aimé qu’il se penche sur les solutions alternatives pour la fin du 4e mouvement, solutions proposées par le musicologue William Carragan dans diverses révisions dont l’une avait été présentée par Herbert Blomstedt à l’OSM il y a quelques années. On s’étonnait aussi de ne pas voir les rideaux du balcon tirés comme pour la 10e Symphonie de Mahler : l’enregistrement discographique de cette 10e bénéficiegrandement de cet aménagement de la salle.

Le chef québécois a livré une 2e Symphonie très posée et précise. On note les progrès du chef et de l’orchestre dans la manière de donner du poids aux interventions de cuivres, dont les attaques sont désormais tranchantes, mais nobles et bien sculptées. La présence de Louis-Philippe Marsolais comme premier cor s’est aussi avérée un bon choix.

Ce sera certainement un très beau disque d’une symphonie qui n’est, à mes yeux, qu’un passage obligé dans la réalisation d’une intégrale, mais n’offre aucun attrait.

Dorothea Röschmann et Yannick Nézet-Séguin

J.-S. Bach : Komm, süsser Tod, komm selge Ruh. Mahler : Rückert-Lieder. Bruckner : Symphonie n° 2. Dorothea Röschmann (soprano), Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin.

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