Les plages bienfaisantes d’Eleni Mandell

Tout l’album d’Eleni Mandell respire un bonheur léger (une fois les doutes déballés), un détachement sain.
Photo: Laura Heffington Tout l’album d’Eleni Mandell respire un bonheur léger (une fois les doutes déballés), un détachement sain.

Sur Instagram, en août dernier, pas bronzée sous son chapeau de paille, en égoportrait à Folly Beach, Caroline du Sud, Eleni Mandell semblait la première étonnée de se trouver si rayonnante sous les rayons. « Turns out I’m a beach town person », écrivait-elle.

Ce qui est quand même un comble, lui dis-je à mon bout du fil, quand on est une California Girl comme dans la chanson des Beach Boys, née à Los Angeles, le Pacifique dans l’arrière-cour. « Quand nous étions enfants, explique-t-elle, ma mère nous traînait de force à la plage tous les jours. Moi, je voulais regarder la télé, c’était presque une punition ! » Elle rigole comme une gamine. « Quand j’ai commencé à jouer de la musique, je ne vivais même pas de jour : mon Los Angeles n’existait qu’à la tombée du soleil. » Elle donnait alors dans l’équivalent chanson du film noir, et chérissait son teint laiteux. « Lips much too red and hair too dark, that was me », chante-t-elle dans Someone to Love Like You, charmante bluette à propos de ses rêves d’adolescente, l’une des chansons très ensoleillées de son dixième album au titre éloquent : Dark Lights Up.

« Disons que depuis Rex et Della [ses jumeaux, nés en 2010], j’ai changé de fuseau horaire… » Et puis elle relativise : « Folly Beach n’est pas Los Angeles : c’est l’ambiance balnéaire de petite ville qui me plaît, je pourrais y vivre ma future vie de vieille dame, avec beaucoup, beaucoup de lotion solaire et mon grand chapeau… » Retour à l’album : il y a justement une chanson intitulée Old Lady, p’tit boogie acoustique pas énervé, où elle aligne ses espoirs et ses craintes quant au grand âge. « I’ll be an old lady some day / With strawberry hair or grey if I dare / Counting my blessings away / Will you come and see me ? »

« Je pense beaucoup à l’âge avançant. Du fait d’être une femme dans la business de la musique, la question surgit tôt ou tard. Sur l’album, j’ai une chanson rigolote mais non sans fondement qui dit ce qu’il faut faire pour qu’on vous embrasse, If You Wanna Get Kissed : je me suis demandé si c’était encore un sujet pour moi. Sur scène, le rouge à lèvres trop rouge est-il encore de mise ? Mais d’une certaine façon, je réponds à tout ça dans les chansons, et je m’assume. Je suis encore une jeune fille dans mon coeur, et puis voilà. Et mes enfants me suivent partout en tournée. »

Le bonheur léger, les instruments aussi

 

Tout l’album respire un bonheur léger (une fois les doutes déballés), un détachement sain. I’m Old-Fashioned s’amuse à inventorier des joies pas si périmées : lire son journal papier (on apprécie !), décrocher le téléphone mural pour parler à une amie, placer l’aiguille sur le disque de vinyle, s’envoyer des cartes postales. What Love Can Do exalte les bienfaits de l’amour, qui a le don de rallumer des lumières que l’on croyait à jamais éteintes. Ce ton-là. Sur une musique sans grand poids non plus : guitare acoustique, contrebasse, piano droit, presque rien d’autre, avec toute la place nécessaire à la douce voix d’Eleni, et encore plus de place pour ses vignettes adorables : qui d’autre qu’elle pourrait écrire China Garden Buffet, Magic Pair of Shoes ?

« Je voulais un disque sans instrumentation électrique depuis des années. Quelque chose comme un disque de Roger Miller, ce chanteur country pas ordinaire qui faisait des disques merveilleux mais sans se prendre au sérieux, capable d’écrire une ballade sérieuse telle Husbands and Wives autant qu’un truc aussi craquant que Chug-a-Lug. Je veux cette liberté, cette légèreté. Peut-être est-ce le fait de chanter aussi avec The Living Sisters [un groupe basé sur les harmonies, trois albums à ce jour] : puisqu’il semble que j’aurai toujours un parcours un peu à côté du succès, autant y être heureuse. »

Avec Rex et Della, tout le temps. « C’est une belle vie, la route avec eux. Une aventure que nous partageons, chaque jour de nouveaux endroits, des gens que l’on rencontre, d’autres que l’on retrouve, vous tous à Montréal, et mon ami Gourmet. » Comme dans Gourmet Délice, le patron de Bonsound, qui présente le spectacle de ce samedi sur le toit d’Ubisoft, dans le cadre de Pop Montréal. « Ça me terrifie, jouer sur un toit, on ne risque pas de tomber ? » Je la rassure. En plus, il fera beau et encore très chaud. « Oui, bientôt chez vous, ce sera aussi chaud qu’à Los Angeles, où tout aura brûlé… »


Eleni Mandell - Someone To Love Like You

Eleni Mandell et Lee Ranaldo sur le toit d’Ubisoft (Pop Montréal), samedi à 18 h.

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