«Madame Butterfly», pourquoi s’en priver?

L’Américaine Melody Moore aura la rude tâche de succéder à Hiromi Omura dans le rôle de la jeune Cio-Cio-San, connue sous le nom de Butterfly.
Photo: Yves Renaud L’Américaine Melody Moore aura la rude tâche de succéder à Hiromi Omura dans le rôle de la jeune Cio-Cio-San, connue sous le nom de Butterfly.

Le célèbre opéra de Puccini Madame Butterfly prend l’affiche ce samedi à l’Opéra de Montréal pour cinq représentations. Avec sept productions en 36 saisons, c’est, aux côtés de La traviata, l’ouvrage le plus monté à la compagnie.

En mai 2008, Hiromi Omura gagnait les coeurs de tous les mélomanes montréalais avec son incarnation de Cio-Cio-San dans Madame Butterfly à l’Opéra de Montréal. La dernière représentation avait même été diffusée sur grand écran sur l’esplanade de la Place des Arts. Dans quelques mois, elle sera Desdémone ici même, le rôle dont elle avouait rêver alors : quel cheminement vocal !

Le souvenir d’Omura dans la production de Moffatt Oxenbould, partagée avec Opera Australia, est si présent que nous ne nous étions pas rendu compte de la nécessité de vouloir l’effacer. Mais la gestion d’une maison d’opéra entraîne des exigences de résultat que cet opéra aide à atteindre.

« Un beau jour, nous verrons un panache de fumée au-dessus de l’horizon. Et le navire apparaîtra », chante Cio-Cio-San en attendant le retour de Pinkerton, l’homme qui, si j’ose dire, l’a menée en bateau. Il s’agit là de la traduction littérale. Dans sa version poétique française, cet air Un bel dì, vedremo est le fameux Sur la mer calmée, popularisé par l’album des aventures de Tintin Les cigares du pharaon. Il permet à Tintin de retrouver l’égyptologue Philémon Siclone, qui le fredonne dans les fourrés.

Une écologie de la programmation

 

Un beau jour aussi, on rêverait à Montréal de voir un opéra de Britten, de Janacek ou de Wagner. Mais le panache de fumée n’est pas attendu au-dessus de l’horizon. L’équipe de l’Opéra de Montréal doit opérer en bon père de famille dans des conditions que l’on est très loin de pouvoir qualifier d’optimales. La salle Wilfrid-Pelletier, assurément inadéquate pour programmer Mozart ou des opéras baroques, donne peu de marge de manoeuvre en fait de programmation, et le goût du public est des plus conservateurs, centré sur le répertoire italien romantique et, à la rigueur, français.

Un coup d’oeil sur les préréservations des spectacles du Metropolitan Opera dans les cinémas offre un aperçu édifiant sur l’esprit peu aventureux des spectateurs. La projection de la géniale mise en scène d’Elektra par Patrice Chéreau, en avril, vend deux à trois fois moins que la reprise de la Madame Butterfly d’Anthony Minghella. Tous les opéras italiens et Les pêcheurs de perles sont pleins.

Sur quatre productions annuelles, l’écologie de l’Opéra de Montréal se décline désormais en une production actuelle, a priori risquée en matière de box-office (cette saison, la création des Feluettes), d’une production d’un opéra de répertoire non italien (Elektra dirigé par Yannick Nézet-Séguin) et de deux superproductions, qui seront cette année Madame Butterfly et Otello. À noter, pour les amateurs de comparaisons, que Butterfly, Otello et Elektra sont communs aux saisons de l’OdM et du Metropolitan Opera au cinéma.

Gageons qu’en vertu de cette nécessité de remplir quatre ou cinq fois une salle de 2850 places, le tour d’une nouvelle Carmen, qui n’a pas été à l’affiche depuis 10 ans, devrait ne pas tarder, d’autant que nous avons, avec Michèle Losier et Mireille Lebel, deux postulantes crédibles pour le rôle-titre.

Nouveaux visages

 

La Butterfly de 2015 ne sera pas la même que celle, australienne, de 2008, que chacun peut retrouver chez soi, car elle est documentée en DVD. Nous aurons droit, ce soir et dans la semaine qui vient, à une production de l’Opéra de Montréal mise en scène par François Racine, dans des décors de Roberto Oswald, habillée des costumes d’Anibal Lapiz, sous des éclairages d’Anne-Catherine Simard-Deraspe.

L’OdM annonce que « trois étoiles montantes de la scène lyrique mondiale feront leurs débuts à la compagnie dans cette nouvelle production ». Ces chanteurs ont pour noms Melody Moore, Demos Flemotomos et Morgan Smith.

L’Américaine Melody Moore aura la rude tâche de succéder à Hiromi Omura. Le profil vocal de cette Butterfly semble très différent de celui d’Omura en 2008. Melody Moore vient en effet de chanter Lady Macbeth et possède à son répertoire les rôles de Carmen et de Senta (Le vaisseau fantôme), sans parler de celui de Gutrune dans le Ring.

Le ténor Demos Flemotomos, interprète de Pinkerton, est auréolé du second prix et du prix du public lors de l’édition 2009 d’Opéralia ; quant au baryton américain Morgan Smith, qui incarnera Sharpless, il a chanté Escamillo à Vancouver et Figaro dans Le barbier de Séville à Leipzig. La mezzo-soprano canadienne Allyson McHardy revient à Montréal dans le rôle de la servante Suzuki et l’Orchestre Métropolitain sera dirigé par James Meena. À noter que pour des raisons de santé, Demos Flemotomos sera remplacé par le jeune ténor québécois Antoine Bélanger pour les deux premières représentations.

Madame Butterfly

Opéra en trois actes de Giacomo Puccini (1904). Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Une production de l’Opéra de Montréal présentée à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, les 19, 22, 24, 26 et 28 septembre 2015 à 19 h 30. Billets : 514 842-2112.

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