La famille «loca»

La Gypsy Kumbia Orchestra est un «big band» qui fait flèche de tout bois partout où il passe.
Photo: André Ch. La Gypsy Kumbia Orchestra est un «big band» qui fait flèche de tout bois partout où il passe.

C’est une expérience auditive, visuelle et sensorielle qui dure depuis trois ans. Ici, « Gypsy » renvoie à une image de liberté et non à l’ethnicité, alors que « Kumbia » s’écrit avec un « K » pour marquer à la fois l’attachement à la cumbia et la volonté de s’en démarquer. Accolés à « Orchestra », ces deux termes incarnent une formidable révélation, celle d’un big band qui fait flèche de tout bois partout où il passe, en créant à partir des rythmes afro-colombiens et des sonorités de la fanfare Roma, mais dans une perspective multidisciplinaire en intégrant joyeusement la danse, des éléments de théâtre, de littérature et de cirque. La Gypsy Kumbia Orchestra lance enfin Revuelta Danza Party, son premier disque complet, au Club Soda ce samedi. Tomás Jensen y sera et cela tombe très bien, puisque l’atmosphère déglinguée de la Gypsy s’apparente aussi à celle des regrettés Faux-Monnayeurs.

« Le titre Revuelta Danza Party révèle plusieurs jeux de mots, et on aime ça que ce soit un mélange de langue aussi », révèle Carmen Ruiz, codirectrice artistique du big band montréalais. « En plus de signifier la révolte, “Revuelta” vient de “revolver”, “remuer”, “brasser”. C’est une invitation au mélange, à la révolte et aux racines. C’est de l’art qui invite au mouvement et au changement. »

La Gypsy est également art de mystère. Dans Tres cosas, la pièce du début de l’album, le chanteur-animateur Juan Mejia « Perditi » affirme ironiquement qu’il y a trois choses à savoir : la première est que les superhéros sont très sexy, la deuxième, que les superhéros sont très forts, mais la troisième demeure en suspension. Explication de Carmen Ruiz : « On veut que ça soit vraiment les gens qui finissent par tisser des liens et faire leurs propres conclusions. On ne veut diriger personne, mais on parle de cet espace de liberté. » Et de cette volonté de créer librement : « Aqui, on n’est pas tous des artistas, nous sommes des êtres, mais en tant qu’êtres, on a besoin d’être ARTISTAS », clame la Gypsy dans Maxicumbia.

Questionnement sur le pouvoir

 

Ses membres causent aussi de justice et d’équité, de ré-évolution, de dieux de profits et de guerres, de mère Terre, de transformations écologiques violentes, puis de renaissance. L’âme est aux démunis ? Carmen acquiesce : « C’est clair. L’album ressemble beaucoup à The Power Fool Show, la deuxième pièce de notre trilogie. C’est un questionnement sur le pouvoir et une invitation à penser à la collectivité, à la solidarité, des valeurs qu’on veut répandre. On parle ici de superhéros, on croit qu’ils ont la réponse magique, mais encore une fois, est-ce que c’est vrai ou pas ? On apportera des pistes de réponses dans la troisième partie de la trilogie, qui est en création ».

Pour la première, la Gypsy avait créé Makondo, une pièce inspirée par Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez et qui porte sur la condition d’un nomade qui arrive dans une communauté, la transforme et se laisse aussi transformer par elle. Cela vaut pour la musique de l’orchestre qui d’un côté porte plusieurs rythmes afro-colombiens, et de l’autre explose par les rutilements de ses cuivres. Entre les deux : violons, accordéon et kaval bulgare trouvent leur place. « On explore à partir de traditions qui sont ancestrales. On ne veut pas s’approprier l’une ou l’autre, mais s’inspirer de la force que ces deux cultures conservent à travers leurs musiques et leurs danses pour parler de ce qui nous préoccupe. On va ailleurs, ça devient autre chose. La Gypsy a un esprit qui reflète beaucoup ce qui se passe à Montréal. On fait aussi grandir cette idée de la revuelta. » La musique de l’orchestre devient celle de l’orchestre et non pas simplement un collage de cultures. Une musique exubérante, originale, ouverte, lyrique, théâtrale, foraine, free, pour cette famille completamente loca.


Gypsy Kumbia Orchestra - Septimo dia

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